« La République » est, selon Wikipedia, un texte dans lequel Platon (il y a environ 2 500 ans) : « fait la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie à cause de l’attrait qu’exerce le prestige du pouvoir. Il s’agit de l’ouvrage le plus connu et le plus célèbre de Platon en raison, entre autres, du modèle de vie communautaire et de la théorie des Formes que l’auteur y expose et défend. »

Il y a environ onze ans, le philosophe Alain Badiou commence une traduction et une relecture de ce texte fondateur pour en offrir une version contemporaine. Ainsi, il intègre au texte original sa « propre réflexion alimentée par les évolutions, les révolutions, les interrogations qui ont traversé l’histoire de la pensée philosophique et politique bien après Platon ». Dans une des interviews qu’il a données, il explique dans le détail sa méthode : « Pendant plus de cinq ans, je me suis attelé tous les jours à cette lecture-écriture. Je lisais le texte, je m’appliquais d’abord à en comprendre la structure syntaxique et littérale, mais immédiatement après j’écrivais mon propre texte. C’est donc une œuvre à deux auteurs, le second réécrivant le texte du premier. »

Alain Badiou est un philosophe, auteur et dramaturge français, également connu pour son engagement politique, sa défense du communisme et des travailleurs étrangers en situation irrégulière. Militant au Parti socialiste unifié (PSU), dirigé alors par Michel Rocard, il prend par exemple part, en 1969, à la création de l’Union des communistes de France marxiste-léniniste, groupe maoïste dont il fut un des dirigeants jusque dans les années 1980. En 1999, il devient professeur à l’École normale supérieure (ULM), puis professeur émérite. Pour le théâtre, il écrira plusieurs pièces : « L’Écharpe rouge (romanopéra) » en 1979, « Ahmed le subtil » en 1984, « Ahmed philosophe » et « Ahmed se fâche » en 1995, « Les Citrouilles (comédie d’après « Les grenouilles » d’Aristophane) » en 1996, « L’Incident d’Antioche, Tragedie en trois actes » en 1982 et « Le second procès de Socrate » en 2015. En 1994, Christian Schiaretti met en scène « Ahmed le subtil », version moderne des « Fourberies de Scapin » et donne le rôle principal à Didier Galas. Fin 2013, Grégoire Ingold, adapte « La République de Platon » pour la scène, au théâtre Nanterre-Amandiers. Lors du festival d’Avignon 2015, il est proposé des lectures quotidiennes de « La République de Platon », mises en scène par Valérie Dréville, Grégoire Ingold et Didier Galas. La première originalité de la représentation à laquelle j’ai assisté était la présence d’Alain Badiou lui-même en tant que citoyen - lecteur. La seconde originalité résidait dans le thème du jour « Philosophie et politique », en fait le chapitre 10 du livre. Le hasard fait bien les choses.

En tout cas un bon moment (50 minutes !), de réflexion et parfois de rire, tant les accroches (par Alain Badiou) des propos de Platon à la réalité de notre temps sont vraies. Permettez-moi cet extrait du livre pour vous en convaincre :
« Si les ouvriers, les employés, les paysans, les artistes et les intellectuels sincères ont du mal à croire à la puissance de notre Idée, c’est à cause des faux philosophes qui ont pignon sur rue et qui, serviteurs de l’ordre dominant, mettent toute une rhétorique au service de cet ordre en déversant sur les politiques d’émancipation, telles que la philosophie les valide au nom de l’Idée du communisme, leurs injures conventionnelles : utopie ! Vieillerie ! Totalitarisme ! Idéalisme criminel ! »

J’en veux tous les jours des spectacles comme celui-là !

Distribution :

  • Texte et adaptation : Alain Badiou.
  • Mise en lecture : Valérie Dréville, Didier Galas, Grégoire Ingold.
  • Dramaturgie : Michel Corvin.
  • Coordination artistique : Didier Galas.
  • Avec une quarantaine de citoyens et les élèves comédiens de l’Ensemble 22 de l’ERAC : Valentine Basse, Julie Cardile, Sophia Chebchoub, Théo Comby Lemaitre, Gregor Daronian Kirchner, Morgan Defendente, Nina Durand-Villanova, Fabien Gaertner, Marianna Granci, Florine Mullard, Paul Pascot, Thibault Pasquier, Laurent Robert et la comédienne Hermine Yollo Mingele.
  • Production : Festival d’Avignon en partenariat avec l’École régionale d’Acteurs de Cannes.
  • Avec l’aide du CENTQUATRE-Paris.
  • Résidence à la FabricA du Festival d’Avignon.