Elle s’inscrit dans le « plan national d’action contre la pollution des milieux aquatiques par les micropolluants », mais est également conforme aux exigences du « Plan National sur les Résidus de Médicaments dans les Eaux ». Plus précisément, son objectif était de définir une liste des substances les plus pertinentes à surveiller de manière régulière dans l’avenir, de repérer les polluants émergents et de consolider la liste de substances visées par le plan ECOPHYTO. Enfin de faire ressortir les « lacunes » et améliorer les connaissances sur les effets toxiques et écotoxiques de ces substances..

D’emblée, les auteurs prennent des précautions discursives et affirment qu’elle « ne constitue pas non plus le reflet exhaustif de la contamination des milieux aquatiques en France par les micropolluants. » Il est vrai que nous pourrions nous inquiéter des résultats publiés ! Pour autant, le nombre de mesures faites (80 000), le nombre de substances recherchées (182) et le nombre de points de mesure (158) répartis entre cours d’eau et plans d’eau (à la fois dans l’eau et dans les sédiments), représentatifs de notre territoire (agricole, urbain et industriel) le tout à des saisons hydrologiques différentes (printemps, été et automne) nous donnent une idée de la qualité du travail conduit.

Cette liste de 182 substances comprend essentiellement des molécules à usage professionnel ou domestique. On y trouve par exemple : des produits de soin corporel, des plastifiants, des résidus de médicaments, des pesticides et biocides, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des retardateurs de flamme, des tensio-actifs (encore appelé surfactants), des alkylperfluorés, des antioxydants, des additifs d’essence, des organo-étains, des molécules industrielles diverses (naphtalène et anilines), etc.

Les résultats donnent à réfléchir :

  • Dans l’eau, 73 % des substances recherchées (soit 60 molécules) ont été trouvées au moins une fois dans les cours d’eau et 28 % (soit 23 molécules) au moins une fois dans les plans d’eau.
  • Dans les sédiments, 63 % des produits recherchés (soit 85 molécules) ont été quantifiés au moins une fois dans les cours d’eau et 44 % (soit 59 molécules) au moins une fois dans les plans d’eau.
  • Dans l’eau, 34 substances peuvent être qualifiées « d’omniprésentes » puisque trouvées dans tous les bassins au moins une fois. Une grande partie des catégories d’usage est représentée : 1 additif d’essence, 1 molécule industrielle type naphtalène, 1 HAP, 4 produits de soins corporels, 12 pesticides et biocides, 9 résidus de médicaments, 5 plastifiants et 1 alkylperfluoré.
  • Dans les sédiments, plus de 40 produits qualifiés « d’omniprésents » sont retrouvés au moins une fois. La quasi-totalité des catégories d’usage est représentée : 2 retardateurs de flamme, 2 métabolites d’additifs d’essence, 3 molécules industrielles (naphtalène et organo-étains), 3 résidus de médicaments, 18 HAP, 7 pesticides, 2 plastifiants, 1 antioxydant, 5 surfactants.


Parmi les molécules omniprésentes dans l’eau (entre 99 et 100 %), on trouve 3 composés de parabène (soins corporels) et un plastifiant à base de phtalates.

  • Les 3 parabènes : l’éthyl-parabène (100 %), le propyl-parabène et le méthyl-parabène (99,7 %). Du fait de leur activité effective antibactérienne et antimycosique, ces produits se retrouvent dans plus de 80 % des produits d’hygiène et de toilette, dont des shampooings, des crèmes hydratantes, des mousses à raser et gels nettoyants. Le problème, c’est que les parabènes sont considérés comme des perturbateurs endocriniens !
  • Le diisobutyl phtalate est lui trouvé dans 99,7 % des cas. Il s’agit d’un additif utilisé pour accroître la flexibilité et la souplesse des plastiques (plastifiants), souvent en combinaison avec d’autres phtalates. Il est couramment utilisé dans les plastiques en nitrocellulose, les vernis à ongles ou encore la laque.

Si l’on en croit l’AFP, « d’ici fin 2015, le gouvernement devrait par arrêté fournir une nouvelle liste actualisée des substances prioritaires au sens des directives européennes. Une demi-douzaine de nouvelles molécules issues des travaux de l’INERIS devraient y être adjointes. » Quant à l’INERIS, il pense qu’il faudrait « dans un second temps, étudier les effets de ces molécules sur la faune et la flore aquatique ».

La détection de ces polluants dans l’eau de nos rivières est certainement une avancée dans la connaissance de notre environnement. Il faut maintenant en mesurer l’impact, les résultats publiés étant pour le moins inquiétants. La vraie solution serait certainement d’arrêter l’emploi de ces molécules qui ne servent bien souvent qu’au « marketing » ou au confort.

Les industriels de la cosmétique, de la plasturgie, de la pharmacie, etc. feraient bien de prendre conscience des dégâts qu’ils occasionnent à dame nature et revoir la composition de leurs produits !

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