Donneriez-vous votre langue au chat ? Eh bien, il s’agit d’un extrait du discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du Satellite n° 3 de Roissy Charles-de-Gaulle le mardi 26 juin 2007 par Président Sarkozy lui-même ! Surprenant n’est-il pas ? Il était en avance de quelque huit années sur le travail conduit et publié ce 17 juin à l occasion du salon aéronautique du Bourget par le Réseau Action Climat – France. Dommage qu'il n'ait pas mis en œuvre cette taxation du kérosène à l'époque !

Un mot sur le RAC, association 1901 qui regroupe entre autres 16 organisations nationales de défense de l’environnement, d’usagers des transports, de promotion d’alternatives énergétiques et de solidarité internationale. À noter qu'elle est la représentante française de « Climate Action Network International » (CAN-I), réseau mondial de plus de 700 ONG dans 90 pays. Son objectif est « d’inciter les gouvernements et les citoyens à prendre des mesures pour limiter l’impact des activités humaines sur le climat ».

Lorelei Limousin, responsable des politiques de transport du RAC, explique, dans leur communiqué de presse, que « le transport aérien, responsable de 5 % du réchauffement global causé par les activités humaines, doit aussi réduire ses émissions de gaz à effet de serre ». Le problème ? Si, depuis une vingtaine d’années, les organisations professionnelles de ce secteur (OACI) discutent, elles n'arrivent pas, pour autant, à un accord pour cette réduction. Si, un temps, la performance énergétique des avions a permis une certaine baisse (32 % entre 1990 et 2012), depuis quelques années les marges de progrès ont diminué (1 % par an depuis 2010). Bien évidemment, je ne reviendrai pas sur les « biocarburants » : comme pour le transport terrestre ils sont une fausse solution qui ne pourra compenser la croissance du trafic aérien.

Il est vrai que (et même si les acteurs du transport aérien le passent sous silence) la logique libérale mondialisée qui règne dans ce secteur économique conduit les entreprises à une guerre sans merci. Cela les amène à une surexploitation des matériels, une logique du prix toujours plus bas, à des réductions des services et donc de l'emploi et à la précarisation des personnels. L'article de Wikipédia sur Ryanair est à ce titre révélateur sur les pratiques de.cet « avionneur de combat » ! J’ai fait, pour illustrer ce propos, l’exercice qui consistait à comparer les coûts d’un voyage me permettant de relier Bordeaux à Bruxelles le lundi 29 juin. Les résultats sont sans appel !
– Solution la moins chère c’est un vol avec Ryanair (14h35 – 16h10) pour 38 € ;
– Solution la plus chère par Air France (14h50 – 17 h15) avec 284 € ;
– Solution par le train (IDTGV plus Thalys) (11h18 – 17h23) pour 127,0 € ;
Si les émissions de gaz à effet de serre de votre voyage sont annoncées par la SNCF (5,7 kg de CO2), elles ne le sont pas par les deux compagnies aériennes. Peu importe, on sait qu'en moyenne le train émet de 10 à 30 fois moins de gaz à effet de serre dans l’atmosphère que l'avion !

L’objectif de l'étude du RAC était d’inciter le gouvernement et les citoyens à prendre des mesures pour limiter cet impact climatique du transport aérien. Avec ses 700 millions de tonnes de CO2 émises dans le monde, il est responsable d’au moins 2 % des émissions de CO2 de la planète. Si le transport aérien était un pays, il serait le 7ème plus grand pollueur au monde. Si l’on prend en compte les autres pollutions, en plus du CO2, le transport aérien est responsable de 5 % des changements climatiques liés aux activités humaines en raison de ses émissions d’oxyde d’azote (NOx), de dioxyde de soufre (SOx) et des trainées de condensation qui réchauffent la surface de la Terre. Aujourd’hui, les vols européens représentent un tiers des émissions de CO2 mondiales dans le secteur.

En France, le trafic aérien ne cesse de progresser. Ainsi le nombre de « passagers-kilomètres-transportés » (PKT) a progressé de 159 % entre 1990 et 2012 (date de publication des derniers chiffres officiels par la DGAC). Dans la même période, les émissions de CO2 ont progressé de +62 % passant de 13,3 millions à 21,4 millions de tonnes en 2012. Même si chiffre est inférieur à la croissance du trafic, force est de constater que le transport aérien ne participe absolument pas à la baisse de nos émissions de carbone. Pire, il jouit d’une rente de situation inadmissible et de subventions faramineuses. Le montant de ces aides provient de l’exonération de taxes (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) sur le kérosène (environ 600 millions € par an) et du taux réduit de TVA sur les billets pour 600 millions également. Ces aides coûtent au moins 1,2 milliard par an au contribuable pour le seul trafic intérieur, à l’avantage des personnes issues de classes aisées. Enfin, il faut tenir compte des aides publiques directement versées entre 2000 et 2013 (plus de 10 milliards €) aux compagnies aériennes et aux aéroports, notamment pour le développement du « low-cost ». L’arrêt de ces aides conduirait à une baisse du trafic et aurait le double avantage dès 2015 d’une baisse de 4 % des émissions de CO2 et d’un gain estimé à 125 millions € pour le budget de l’État.

Je partage complètement l'avis du RAC « Le maintien des avantages fiscaux par l’État français au secteur aérien semble aujourd’hui inconcevable dans un contexte de crise, climatique, budgétaire et sociale. » Il faut immédiatement y mettre fin !

Une dernière interrogation ? Pourquoi le Bilan Carbone du territoire de notre communauté d'agglomération « Terres de France » sur lequel est située une partie de l'aéroport ne prend-il pas en compte (même partiellement)les émissions de l'aéroport CDG ? Pour ne pas faire peur ? Par ignorance ? En tout cas, pas pour dénoncer leur poids ! Pourtant, cela eût été politiquement une bonne occasion de pointer cette situation !

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