Construit à 20 kilomètres de Paris, en dehors de la limite nord de l’agglomération parisienne, l’aéroport a progressivement été rattrapé par le développement urbain. Ce sont surtout les communes situées à l’ouest ou au sud de la plate-forme qui, historiquement, ont été le lieu de construction d’une série de grands ensembles issus de la politique urbaine en Île-de-France des années soixante. Aujourd’hui, les populations véritablement « assignées à résidence » de ces quartiers sont parmi des plus pauvres de la région. Certes, l’habitat individuel représente encore près de 50 % de l’ensemble du parc de logements, mais mute rapidement en se paupérisant, crise du logement oblige.

Effectivement, la population qui habite ce territoire est relativement pauvre. Le taux de chômage y est très important et touche particulièrement les plus jeunes. On s’accorde à dire qu’il y a environ 88 000 chômeurs autour du pôle de CDG. Le nombre d’emplois sur la plate-forme est à peu près équivalent (85 000). Si le rapprochement entre ces deux chiffres n’a guère de sens en termes économiques, il conforte l’image que l’aéroport est un îlot de prospérité dans un territoire confronté à un grave problème d’insertion économique d’une partie significative de sa population active. La faible employabilité d’une partie des actifs en est souvent la cause, l’importance et même la croissance de « l’offre » ne rencontrant pas suffisamment la « demande ».

De plus, les nombreuses nuisances subies par les riverains ne se résument pas aux seules nuisances sonores aéroportuaires. De par son activité multiple, la plate-forme aéroportuaire en génère un certain nombre d’autres, tout aussi importantes.

Le bruit d’un aéroport est au centre d’une relation conflictuelle où différents acteurs ont des intérêts contradictoires. De manière caricaturale, le bruit est, pour les compagnies aériennes, une conséquence inévitable de l’activité aéroportuaire, pour l’État, une servitude et pour les riverains, un dommage qui nécessite réparation. L’OMS estime que, pour éviter des effets négatifs sur le sommeil, le « bruit de fond » à l’intérieur d’une habitation ne doit pas excéder 30 décibels, et les crêtes, 45 décibels. La situation réelle est tout autre et bien souvent les mesures montrent des niveaux sonores bien supérieurs aux valeurs calculées par les modèles mathématiques du PGS ou du PEB.

La pollution de l’air est importante et Airparif (en dehors des points de mesure traditionnels) fait régulièrement des campagnes de mesures plus spécifiques autour des aéroports (Le Bourget et Roissy). Les résultats montrent que les niveaux de dioxyde d’azote (NO2) révélés sont particulièrement élevés. Des niveaux de fond de ce polluant sont supérieurs de 20 % à ceux observés au cœur de l’agglomération parisienne. Cette mauvaise qualité de l’air est due à la fois aux avions et au trafic routier engendré. On estime qu’environ 200 000 véhicules circulent chaque jour dans la zone de proximité de la plate-forme. Pour fixer les idées et à titre de comparaison, le trafic de l’autoroute A1, au niveau de l’autoroute A104, dans les deux sens et sur 24 heures est de cet ordre de grandeur.

La qualité de l’eau y est médiocre, voire mauvaise. Si l’aéroport a sa part de responsabilité, l’activité agricole qui l’entoure y contribue également ! Le taux de nitrates et de pesticides dans l’eau puisée dans les forages du nord Seine-et-Marne (destinée à la consommation humaine) est important. La seule autre ressource est donc l’usine d’Annet-sur-Marne, propriété privée de Veolia. Cette usine puise l’eau brute de la Marne, mais en aval des rejets d’eau pluviale de l’aéroport qui arrivent des pistes. L’hiver, ces eaux sont chargées de produits glycolés utilisés pour le dégivrage et le déverglaçage des pistes et des ailes des aéronefs ! Ces produits se retrouvent alors dans l’eau du robinet distribuée aux riverains consommateurs !

Une plate-forme aéroportuaire, comme CDG, nécessite dans son environnement un certain nombre d’équipements lourds, porteurs de risques et particulièrement nuisants. Une première énorme centrale thermofrigo électrique (installation classée), située à l’intérieur de la plate-forme a été complétée par un équipement de moindre importance situé plus à l’est. Au sud, sur Tremblay-en-France, un poste de transformation électrique d’une emprise de 20 hectares a pour vocation l’alimentation électrique du pôle économique ainsi constitué. Le stockage du kérosène nécessaire au trafic aérien, au nord sur le territoire d’Epiais-lès-Louvres.

La stigmatisation des abords aéroportuaires comme lieux rassemblant des nuisances, la relative disponibilité foncière à faible coût (en particulier en Seine-et-Marne), ont amené un certain nombre d’acteurs à proposer des équipements particulièrement nuisants dans ce territoire. Il peut s’agir, bien entendu, d’équipements dont l’utilité sociale ou publique ne pourrait être contestée, mais dont la concentration en un seul lieu pose problème. Pendant longtemps a prévalu l’idée ou l’argument simpliste « qu’un équipement nuisant de plus était sans conséquence » ! C’est en particulier le cas du circuit Carole dont l’implantation, bien que provisoire, dure encore. La nuisance acoustique qu’il génère est très importante dépassant largement les limites réglementairement permises.

Enfin comment passer sous silence l’importance des installations particulièrement polluantes du nord Seine-et-Marne ? Quelques exemples : la zone de Mitry-Compans qui concentre le plus grand nombre d’installations classées d’Île-de-France, la décharge de Claye-Souilly une des plus importantes de France, etc.

Cette inquiétude a, semble-t-il, traversé l’esprit des services de l’État puisque :

  • d’une part, les services du préfet de Seine-et-Marne lancent un diagnostic environnemental partagé sur le Territoire du Nord-ouest de ce département, entre Mitry-Mory et Ozoir-la-Ferrière ;
  • d’autre part le 21 janvier dernier, le bureau de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale a décidé la création d’une mission d’information sur l’ensemble des nuisances aéroportuaires. Deux rapporteurs ont été désignés pour conduire ce travail : messieurs Jacques-Alain Bénisti, député du Val-de-Marne et Christophe Bouillon, député de Seine-Maritime.


Non, tout va bien madame la marquise, rien qui puisse vous inquiéter. Les affaires vont bien et les riches s’enrichissent !