Un mot quand même de l’histoire d’Antigone, sans pour autant entrer dans le détail. Sa vie a commencé sous de mauvais augures, puisqu'elle est la fille de l’union incestueuse d’Œdipe et de Jocaste (qui se trouve être aussi la mère d’Œdipe : pour plus amples explications voir votre psychanalyste !). De cette union naissent 4 enfants : deux garçons (Polynice et Étéocle) et deux filles (Antigone et Ismène). Lors de la guerre des « sept chefs », les deux frères (Polynice et Étéocle) ne se retrouvent pas dans le même camp et s’entre-tuent. Créon, leur oncle, qui à l’issue de cette guerre devient roi de Thèbes, décide de laisser sans sépulture la dépouille de Polynice, celui des deux frères qui n’était pas dans le bon camp et qu’il considère comme un traître (vous suivez ?). Antigone (mais pas sa sœur) n’accepte pas que son frère ne soit pas dignement enterré et entre en conflit avec Créon. Le roi essaye de la persuader de ne pas donner suite à son projet de sépulture, car il n’a pas envie de la punir de mort. Antigone, entêtée, le fait quand même. Créon décide alors de la faire emmurer dans une grotte avec le corps de son défunt frère. Comme on est dans une tragédie grecque tout cela se termine fort mal ! Le fiancé d’Antigone (Hémon, le fils de Créon), se suicide pour sa bien-aimée et plus tard la reine (la femme de Créon) se suicide elle aussi ! À la fin de l’histoire, Créon se retrouve donc seul...

Au cas où cela vous aurait échappé, nous sommes dans une tragédie, donc cela se termine mal. Comme le chante Boris Vian : « Faut que ça saigne ! ». À la fin, presque aucun des personnages n’est vivant et ceux qui survivent vont très mal !

Il semblerait que Ivo Van Hove, dans cette version d’Antigone, ait voulu mettre en avant l’idée que l’héroïne incarne celle qui, jusqu’à la mort, défend la liberté de penser et d’agir. Elle serait ainsi le symbole de toutes les résistances, dans un monde plutôt « macho », d’une grande violence (surtout pour les femmes d’ailleurs). Il est vrai que des 2 sœurs, elle seule se révolte contre l’autorité du Roi (sa sœur Ismène, soumise, l’invite d’ailleurs à ne rien faire). Dans son combat, elle ne cède pas d’un pouce, elle va jusqu’au bout, et meurt sur le cadavre de son frère. Avec « acharnement et passion », elle s’oppose à ce pouvoir, à l’ordre établi. Face à une autorité glaciale et sans âme, elle serait seule capable de faire entendre la dimension humaine, si souvent oubliée dans un monde en crise.

Pour autant cette Antigone, passe-t-elle du statut de « révoltée » contre l’ordre établi, à celui de « révolutionnaire » ? Certainement pas. On reste dans un conflit de personnes. La construction d’une dimension « politique » n’est pas évoquée, et ce n’était certainement pas le propos de Sophocle !

Que dire de la représentation. Le décor est à la fois beau, moderne, mais parfaitement « glacial » : genre mobilier de bureau du siège d’une grande entreprise internationale (manière Roche et Bobois) impersonnel, sans chaleur et sans vie. Il y a peu de couleur, tout est noir ou gris. La couleur n’est là que ponctuellement, lors de projections vidéo (beaucoup de paysages arides) ou de ce soleil qui se découpe au fond de la scène et s’obstrue à la fin de spectacle.

Les acteurs sont parfaits. La presse, unanime, encense Juliette Binoche. Pour ma part, j’ai toujours un peu de mal avec un personnage d’une vingtaine d’années interprété par une actrice de 50 ans !

Distribution :

  • En anglais surtitré en français. Traduction : Anne Carson.
  • Mise en Scène : Ivo Van Hove.
  • Décor & Lumières : Jan Versweyseld.
  • Costumes : An D‘Huys.
  • Vidéo : Tal Yarden.
  • Dramaturgie : Peter Van Kraaij.
  • Avec : Juliette Binoche, Obi Abili, Kirsty Bushell, Samuel Edward-Cook, Finbar Lynch, Patrick O’kane, Kathryn Pogson


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