Pour ce faire, plusieurs axes de travail étaient mis en œuvre.

  • L'évaluation des progrès en matière de diminution de l'usage des pesticides
  • Le recensement et la généralisation des systèmes agricoles et des moyens connus permettant d'atteindre cet objectif.
  • L'innovation dans la conception et la mise au point de systèmes de cultures économes en pesticides
  • La formation à la réduction des pesticides.
  • Le renforcement des réseaux de surveillance.
  • La réduction dans l'usage des produits phytopharmaceutiques en zone non agricole.
  • L'organisation et la communication du suivi de ce plan tant au niveau national que territorial.

Afin de mesurer l'efficacité du plan Écophyto et les évolutions des usages des produits phytosanitaires, un indicateur de suivi de l'utilisation de ces produits, le NODU « NOmbre de Doses Unités », était mis au point. Sommairement, cet indicateur est calculé à partir des données de vente des distributeurs de ces produits et permet de déterminer le nombre moyen de traitements par hectare. Une autre action majeure d'Écophyto était la mise en place d'un réseau de fermes (DEPHY) de manière à expérimenter des techniques économes en produits. Ce réseau comprend aujourd’hui 1 900 établissements répartis sur le territoire national qui s’engagent dans des méthodes innovantes.

France Nature Environnement, dans une première contribution intermédiaire à l'élaboration de ce plan, évoquait pour sa part la nécessité de changer de paradigme : « Il faut modifier radicalement nos façons de penser la protection phytosanitaire. Or depuis 30 à 40 ans, l’appareil de formation et d’encadrement de l’agriculture est uniquement axé (on dirait aujourd’hui formaté), sur l’approche curative reposant sur les pesticides …/... La profession agricole est ainsi devenue totalement dépendante d’un univers technique univoque qui facilite et encourage la dépendance aux pesticides : recherche des rendements maximums avec utilisation de variétés productives, mais très sensibles aux ravageurs, monocultures ou rotations de plus en plus courtes, fertilisations azotées surabondantes, éradication des zones de régulation écologique... » 

En décembre 2014, vient d'être publié le rapport des données 2013, qui est important puisqu'il permet une vision à mi-parcours de l'efficacité du plan. Il faut se rendre à l'évidence les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

Certes, en 2013, les conditions climatiques n'ont pas été terribles. Le printemps, exceptionnellement humide, a favorisé la prolifération de champignons, de limaces et mauvaises herbes. Ces conditions, nous explique le ministère, ont certainement favorisé le développement des parasites et donc l'utilisation de produits phytosanitaires. Mais ces raisons semblent insuffisantes pour expliquer une augmentation de 9,2% ! En 2012, malgré une pression parasitaire tout aussi élevée, l’indicateur NODU avait baissé (– 6 %) pour la première fois depuis sa mise en place.

Plus grave, en moyenne triennale glissante, le NODU l’indicateur de suivi du plan, augmente de 5 % entre la période 2009-2010-2011 et la période 2011-2012-2013.

Au total, les résultats de ce plan Écophyto 2018 sont manifestement médiocres et contradictoires.

  • Dans les zones urbaines (jardins publics, cimetières...), l'utilisation des produits phytosanitaires a baissé de près de 8 % en 2013 et de 3,4 % depuis 2009. Il est vrai que de nombreuses collectivités locales essaient de changer leurs pratiques avec le désherbage thermique par exemple (voir la photo). Mais la pression des électeurs est forte, tant la confusion entre « mauvais entretien » et « mauvaises herbes » est répandue. Soit il faudra fournir de « l'huile de coude » pour les éradiquer, soit admettre que la présence de « mauvaises herbes » n'est pas dramatique sur un trottoir. En tout cas, les maires devront être plus fermes, surtout si la ministre Ségolène Royal interdit, comme elle envisage de le faire, l'usage des pesticides dans les jardins publics fin 2016.
  • En milieu agricole, selon les données en provenance du réseau DEPHY (fermes expérimentales), les résultats sont moins bons. Certes l'Indice de Fréquence de Traitement (IFT) moyen des systèmes de cultures engagés dans le réseau a diminué de 7 % en 2012 et de 12 % en 2013, par rapport à 2008. Certes, 70 systèmes de culture économes et performants ont été identifiés. Plus intéressant, 42 exploitations d’enseignement agricole se sont engagées dans la démarche Écophyto. Ces quelques points positifs ne doivent pas masquer l'échec de ce plan. Un seul exemple suffit. Ainsi, au cours de la campagne 2012, encore 98 % des arboriculteurs indiquent avoir traité leur verger. Parmi les cinq espèces fruitières considérées dans ce dossier (pomme, pêche, prune, abricot, cerise), la pomme est le fruit qui reçoit le plus de traitements phytosanitaires (35,1 en moyenne), la pêche (avec 19,2 traitements) arrive en deuxième position et en troisième position (en moyenne 10 traitements) l'ensemble prune, abricot et cerise.

Pour ce qui est de l'impact sur l'eau, rien de bien essentiel dans le rapport du ministère, seulement l'annonce de la construction en 2013 d'un indicateur d’évolution de la présence de ces produits et de leurs résidus dans les cours d’eau : impact des Pesticides sur les Cours d’Eau (IPCE). Sauf qu'une note du BRGM nous précise que la surveillance actuelle des pesticides dans les eaux n’a pas été conçue dans l’optique de renseigner un tel indicateur annuellement et nationalement, mais pour répondre aux exigences et aux problématiques locales. Pas très encourageant !

Je laisse le journal Le Monde nous expliquer la suite : « Les résultats sont si décevants que le Premier ministre avait confié en 2014 au député (PS, Meurthe-et-Moselle) Dominique Potier une mission de réflexion sur les moyens de “ donner un nouvel élan ” à une politique qui repose uniquement sur les exemples vertueux et le bon vouloir des exploitants agricoles. Celui-ci a remis, en novembre 2014, son rapport au gouvernement. Il ne comporte guère de mesures contraignantes lui non plus. Dans les campagnes, en particulier dans les territoires viticoles, les riverains s'inquiètent pour leur santé. »

Une fois de plus, on se rend bien compte que ce qui est en jeu dans cette affaire c'est le poids des grandes entreprises chimiques et le mode productiviste de notre agriculture. C'est aussi ce que nous dit France Nature Environnemant par la voix de Claudine Joly, en charge des pesticides : « Réduire l’usage des pesticides est possible et constituera le socle d’une agriculture davantage tournée vers l’agroécologie que vers la chimie. » Un autre système doit être mis en place, c'est urgent. Notre gouvernement sera-t-il à la hauteur j'en doute.

Les liens :