Voilà donc ce que les Français pourraient chanter s’ils avaient la tête à ça... Mais ce n’est pas le cas. Ils auraient pourtant raison d’être inquiets au vu du rapport sur « l'état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2013 » présenté le 15 avril dernier par Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Effectivement, pas de quoi pavoiser, l’état général de notre parc nucléaire n’est pas formidable et ne s’est pas fondamentalement amélioré depuis le précédent rapport !

Ainsi l’Autorité a, dans l'année étudiée et pour toutes activités nucléaires confondues, compté 127 « anomalies » et 3 « incidents ». Par exemple sur le site de retraitement de La Hague, AREVA est pointé quant à son retard pour traiter et reconditionner « des déchets anciens stockés en vrac », et ce malgré de nombreux rappels à l'ordre. Autre exemple celui de la société FBFC (Franco-Belge de fabrication du combustible) filiale d'AREVA qui à Romans-sur-Isère (Drôme) est accusée de « non-respect des règles d'exploitation » et d’« un manque de rigueur », ce qui lui vaut d'être placée en « contrôle renforcé » !

Pour ce qui est des 58 réacteurs nucléaires exploités par EDF, l'autorité de sûreté décerne « un carton jaune » à plusieurs centrales. Trois : Bugey (Ain), Chinon (Indre-et-Loire) et Civaux (Vienne) sont « en retrait dans le domaine de la sûreté ». Trois sont accusées d’avoir un impact sur l'environnement : Belleville-sur-Loire (Cher), Chinon (Indre-et-Loire) et Chooz (Ardenne). Enfin l’autorité s'inquiète des doses de radioactivité reçues par les personnels, de l'augmentation de 1,8 % de « la dosimétrie collective par réacteur » imputable semble-t-il à l'allongement des arrêts de réacteur pour les travaux de maintenance « plus important que prévu ».

Autre inquiétude de l’Autorité, la prolongation de la durée de vie des centrales au-delà des quarante ans souhaités par l’exploitant. D'ores et déjà, indique M. Chevet, le réacteur 1 de Tricastin (Drôme), dont la cuve présente « des défauts connus », et ceux de Belleville-sur-Loire, dont les enceintes ont « des taux de fuite importants », risquent d'avoir des difficultés à passer le cap.

Un mois plutôt, le 18 mars vers 5 heures du matin, 60 militants de 14 nationalités ont déjà attiré notre attention sur cette situation, en occupant Fessenheim, la plus vieille centrale française ! Outre le souhait de rappeler l'impérieuse nécessité d'une vraie transition énergétique pour la France, il dénonçait le risque que fait courir le nucléaire français à l'Europe entière. Ils rappelaient aussi la promesse de campagne faite par président Hollande de fermer Fessenheim d'ici la fin 2016 et plus globalement, celle de réduire à 50 % en 2025 la part du nucléaire dans l'électricité. Nos valeureux militants ont pu déployer, sans grosses difficultés, sur le couvercle de la cuve du réacteur n° 1, une banderole de 400 m2 « Stop risking Europe ». Trente-quatre de ces « dangereux terroristes » ont immédiatement été interpellés !

Le journal Le Monde, dans un article du même jour, explique que « l'âge n'est pas la seule raison pour laquelle les deux réacteurs d'une puissance de 900 mégawatts chacun, installés en bordure du Grand Canal d'Alsace, font l'objet d'attaques de la part des ONG et des écologistes. Le site est en effet exposé aux risques sismiques et d'inondation. D'une part, elle a été conçue pour résister à un séisme de 6,7 sur l'échelle de Richter …/... et en raison de son implantation 9 mètres au-dessous du Grand Canal, la centrale est exposée au risque d'inondation en cas de rupture de la digue. »

Le lendemain (19 mars) Laurent Raynaud, délégué CGT à la centrale nucléaire de Fessenheim, dénonçait sur « France Bleu » cette action de Greenpeace : « vu les méthodes employées, cette organisation flirte avec le terrorisme ». « Il n'y a pas de problème de sécurité », ajoute-t-il, « le problème, c'est qu'un parti gouvernemental cautionne cette action ».

Un mois plus tard, le vendredi 18 avril au soir, trois jours après la publication du rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire, Fessenheim était arrêté, après des incidents rendant inutilisables ses deux réacteurs. En effet vers 22 h 40 « un arrêt automatique du réacteur n° 2 a été déclenché à la suite de la fermeture intempestive d'une soupape qui règle l'arrivée de la vapeur sur le groupe turbo-alternateur », a indiqué un porte-parole d'EDF Fessenheim. Tout va bien expliquera ce cadre, « Il n'y a aucune conséquence pour la sûreté des installations et pour l'environnement », cet arrêt automatique étant semblable à celui d'un « disjoncteur », et n'étant pas lié à l'âge avancé de cet équipement ! Il faut noter que cet incident intervenait alors que le réacteur numéro 1 se trouvait lui aussi arrêté depuis le 9 avril, en raison d'une fuite sur la tuyauterie d'alimentation en eau.

Tout va bien vous dis-je, rien de dangereux ! La preuve, ce réacteur numéro 2 sera remis en service le dimanche !

Alors qu’EDF a pour projet de gaspiller 100 milliards d'euros dans un programme de rafistolage de ses vieux réacteurs, il me semble indispensable de programmer une sortie du nucléaire, dans le cadre d’un débat démocratique, tant pour des questions de sûreté que de gestion des déchets.

Je laisserais volontiers le PCF continuer à promouvoir les bienfaits du nucléaire et de nos centrales d’un autre âge. Je n’aurais qu’une dernière question à poser à ce parti : Mais comment peut-on parler d’énergie non fossile et d’indépendance énergétique avec le nucléaire alors qu’on pille notre uranium au Niger dans une logique post-coloniale ?

La sécurité de nos centrales nucléaires : c´est plus qu’embêtant ! C’est pour quand le prochain accident ?