Avant toute chose, il faut bien dire que ce film sorti le 19 novembre 1980 a été un des plus importants échecs commerciaux du monde du cinéma. Il provoqua entre autres la fin d’United Artists. Le budget de départ semble explosé par Cimino et la dépense finale se situe autour de 44 millions de dollars. Le film est, à sa sortie, éreinté par la critique cinématographique américaine et ne restera sur les affiches qu’une semaine. Lors de sa sortie en France, la critique est partagée, mais le mal est fait. Le film ne rapporte que 3,5 millions ! Ce film a pour conséquence que Michael Cimino passe très rapidement du statut de jeune prodige à celui de cinéaste maudit. Il ne retrouvera jamais une telle liberté artistique et financière et devra attendre plusieurs longues années avant retrouver la confiance des producteurs.

Il existera plusieurs versions de ce film. Le premier montage, présenté à « United Artists », faisait 5 heures 25. À sa sortie il dure 219 minutes (3 heures 39). Au bout d’une semaine d’exploitation, à la demande du studio, Cimino remonte lui-même son film dans une version plus courte de 2 heures 29. Lors de la « Mostra de Venise 2012 », Cimino présente la version de 3 heures 36 restaurée et remastérisée que j'ai vue ce 9 novembre et qui devient donc la version officielle.

En fait, ce film politique met à nu un aspect trop souvent caché de la politique américaine. Après le génocide des Amérindiens, l’esclavage des noirs, il est question ici de la capacité d’insertion des immigrés, en particulier européens de l’est (russes, polonais, etc.) dans le profond Ouest américain. Le beau mythe du « melting-pot » américain en prend un coup sur la tête. Il faut peut être voir dans cette approche LA raison des critiques assassines lors de sa sortie !

Ce film raconte dans trois périodes, de 1870 à 1903, la vie de James Averill (réarrangée car la réalité est différente) notamment sa participation à la « guerre » du comté de Johnson qui, en 1890, dressa les nouveaux pauvres immigrants (bien souvent catholiques et « basanés » !) arrivés au Wyoming contre les riches propriétaires de bétail (blancs et protestants) qui élevaient d’immenses troupeaux sur les terres publiques de l’État.

  • Le prologue nous montre la cérémonie de fin d’études à Harvard de James Averill (interprété par Kris Kristofferson) promis à un bel avenir.
  • Le corps du film se passe 20 ans plus tard (1890) dans le comté de Johnson, dont James Averill est le shérif. Le comté est confronté à l’arrivée de ces pauvres immigrés qui ont acheté des lopins de terre, sans qu’ils soient encore (pour des raisons de blocage administratif) en possession des titres de propriété. Ces parcelles sont autant de surfaces autrefois publiques sur lesquelles les vaches des riches propriétaires ne pourront plus pâturer. Les éleveurs accusent ces étrangers d’être des voleurs de bétail et des anarchistes. Ils dressent une « liste noire » de 150 noms et recrutent une milice de mercenaires pour les éliminer. James Averill après avoir démissionné de son poste de shérif, se range du côté des pauvres immigrés. Parmi les protagonistes on retrouve Ella Watson, la jolie tenancière du bordel local (interprétée par Isabelle Huppert).
  • L’épilogue se passe en 1903 et nous permet de retrouver James Averill (seul survivant de la bataille finale), élégant, mais vieilli, sur son yacht, au large de Newport.


Il faut bien dire que je ne me suis pas ennuyé une seconde au cours des 3 heures 36 que dure le film. Je ne m’appesantirai pas sur ses qualités esthétiques qui me semblent parfaites, mais j’évoquerai son aspect politique. Comment, pendant toute la projection, ne pas penser à la situation actuelle des nouveaux arrivants dans notre pays et de l’accueil que nous leur faisons. Toutes proportions gardées bien entendu. Nous ne sommes pas en 1880, mais en 2013, nous ne sommes pas dans le Wyoming, mais en France, ils ne viennent pas d’Europe de l’est, mais d’Afrique ou d’Asie ou encore d’ailleurs.

J’imagine assez bien ce que pourrait être la réaction des habitants de la Villa Montmorency à Paris, si un car de travailleurs immigrés débarquait dans leur ghetto de riches ! La violence, la brutalité que ces gens-là pourraient mettre en œuvre pour réagir (ou mettre fin) à cette « invasion » serait, je pense, tout aussi importante (même si elle prenait d’autres formes que le recrutement de mercenaires évidemment) que ce fut le cas pour les riches fermiers du Wyoming.

En tout cas si le film de Michael Cimino « La porte du Paradis » passe dans une salle à côté de chez vous, courez-y !

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