La notion de déchet est bien relative et dépend de l’angle sous lequel on l’examine. Pour moi, individu lambda, est déchet ce qui ne me sert plus, à MOI, même si éventuellement il pourrait servir à un autre ! Cette notion dépend aussi des valeurs (économique ou éthique) que la société y met un temps donné. Par exemple, dans les années 1950, les bouteilles étaient consignées, elles avaient une valeur marchande et n’étaient donc pas des déchets.

En tout cas ce déchet, bien qu’inutile et sans valeur pour moi, parce qu’il est aujourd’hui inclus dans une filière de recyclage devient une ressource, une matière première, prend une valeur économique nouvelle. En conséquence, la collectivité publique essaie de me convaincre, moi, « comsom'acteur » vertueux, de trier correctement et affirme que les plastiques que je glisse dans la poubelle qui convient, l’industrie de la plasturgie en fait des produits neufs de grande qualité. Oui, la calandre de la belle voiture de mon voisin est un produit fabriqué à partir de mon tri citoyen ! Je suis fier de cela !

Mais voilà, autant l’admettre tout de suite, je ne suis pas aussi vertueux que cela ! Ma poubelle reste ma poubelle, elle contient MES déchets, des fois elle pue ma poubelle, ce sont mes « restes », ce que j’ai éliminé ! Ces poubelles (et en plus il y en a trois !) m’encombrent, m’envahissent, elles prennent de la place ! C’est simple, je veux bien croire qu’elles constituent une mine d’or... mais je ne veux plus les voir, il faut m’en débarrasser !

Le problème c’est que ce discours n’est pas seulement le mien dans l’habitat collectif vertical. Il est partagé par presque tout l’immeuble et cela d’autant plus que dans mon immeuble il y a des rats ! Dès lors, les idées hygiénistes reprennent le dessus. Adieu le recyclage, la question des déchets se réduit à une simple question de propreté. La solution est simple je sors mes déchets (valorisables et porteurs de tant de richesses potentielles) de mon immeuble, je les éloigne et les enterre comme mon chat le fait avec ses excréments !

Pour ma part je vois dans ces pratiques une contradiction dans les objectifs politiques du départ. D’un côté, persuadés du potentiel de nos déchets, on valorise leur récupération et leur réutilisation. De l’autre, on montre que ces déchets sont sales et polluants et, au nom de la « propreté urbaine », on enfouit ces « ordures ménagères » (ce mot doit-il être gardé ?) à l’extérieur de l’immeuble dans des conteneurs enterrés.

À noter enfin la complicité objective des bailleurs sociaux, qui ne font plus aucun effort pour améliorer leur part dans la filière des collectes, et sont prêts à mettre de l’argent pour financer ces conteneurs enterrés. Tous les témoignages montrent qu’ils n’assurent plus la gestion quotidienne des déchets ménagers dans leurs immeubles. Il faut bien admettre que c’est LA cause avérée du médiocre résultat voire de l’échec des collectes sélectives dans ces collectifs. 

Les dysfonctionnements constatés sont nombreux dans les locaux poubelles des immeubles collectifs : trappes ne portant pas d’indication sur le type de déchet accepté, conteneurs pas de la bonne couleur derrière la bonne trappe, rotation des conteneurs insuffisante (ils débordent), confusion dans la présentation des conteneurs lors de leur sortie, ce qui a pour conséquence de brouiller le message final et de montrer que tout compte fait, la collecte sélective ne sert à rien ! Au nom d’un certain réalisme, nous exonérons les bailleurs de leurs responsabilités. Au lieu de les obliger à participer (avec leurs gardiens) à des actions de soutien aux collectes (ce qui aurait pour conséquences une augmentation du nombre d’emplois) on met en place une politique qui les exonère de toute intervention (et participe donc à la diminution de leurs personnels).

En laissant sortir sans autres explications les déchets ménagers des rez-de-chaussée des immeubles, nous confirmons que les déchets ménagers ne sont pas des matières premières, mais de simples « saletés » que pour des raisons d’hygiène, de salubrité il convient de sortir des immeubles, pour les enterrer dehors.

Et vous, vous trouvez de la cohérence dans tout cela ?