Il faut reconnaître que ce « bon » Poutine y est allé très fort dans la répression des homosexuels ! Après avoir voté une loi empêchant l’adoption d’enfants russes par des couples homosexuels étrangers, le parlement a adopté en janvier, presque à l’unanimité (à deux voix près), une nouvelle loi contre « la propagande de l’homosexualité auprès de mineurs ». Ce texte permet de poursuivre au pénal toute personne défendant publiquement les homosexuels, mais également toute personne affichant publiquement son homosexualité ou ayant un comportement pouvant être assimilé comme tel. En juin, ce brave homme a signé les décrets d’application et les militants ont appelé à boycotter les JO d’hiver. Il faut rappeler que notre démocrate a pris les devants et qu’à Sotchi toute manifestation sera interdite durant les JO.

Le mondial d’athlétisme d’août dernier a donné aux athlètes une première occasion de se prononcer sur le sujet.

  • Quelques jours avant le début des mondiaux, le coureur américain de demi-fond Nick Symmonds Win avait publié une tribune critiquant vertement cette loi homophobe et malgré sa promesse de ne pas en reparler sur le sol russe (au nom de l’apolitisme supposé du sport !) il a dédié sa médaille d’argent sur le 800 mètres à « ses amis de la communauté homosexuelle ».
  • Deux athlètes suédoises, Emma Green Tregaro et Moa Hielmer, ont fait une première action en peignant leurs ongles aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté lesbiennes, gays, bisexuels et trans (LGBT). Mais elles ont dû revoir leur copie entre qualifications et finale, afin de ne pas froisser les susceptibilités.

Les ripostes ne se sont pas fait attendre. La championne russe du saut à la perche Yelena Isinbayeva (future maire du village olympique de Sotchi) lançait un avertissement aux athlètes appelés à participer aux Jeux olympiques d’hiver, les invitant à se plier à la nouvelle loi sur la criminalisation de la « propagande homosexuelle », promulguée par Poutine. Elle déclarait lors d'une conférence de presse : « Si nous permettons à cette culture de prospérer chez nous et que tous font cela dans la rue, ça sera terrible pour notre pays. Nous nous considérons comme des gens normaux, conformes aux standards. Chez nous, les hommes vivent avec les femmes, et les femmes avec les hommes, c'est historique. En Russie, nous n'avons jamais eu ce genre de problèmes et nous n'en voulons pas à l'avenir. Sans doute sommes-nous différents des Européens et des autres peuples, mais il faut nous respecter. Après tout, quand nous nous rendons à l'étranger, nous tâchons de respecter les règles des pays hôtes ». Le lendemain, elle nuançait un peu ses propos, estimant ne pas avoir été bien comprise, l’anglais n’étant pas sa « langue maternelle ». L’Église orthodoxe russe, par la voix du service de presse du patriarcat de Moscou, Vladimir Legoïda, prenait la défense de la perchiste : « L’église considère l'homosexualité comme un péché (...) N'importe quelle personne – sportif, homme politique ou femme au foyer – croyant ou athée, a le droit d'accepter ou rejeter ce point de vue ».

Le Monde du 25 août nous rappelait que l’homophobie était une attitude largement partagée : « Selon un récent sondage de l'institut Vtsiom, 88 % des Russes soutiennent l'interdiction de la ‘propagande’ homosexuelle, et 54 % estiment qu'il faut punir l'homosexualité. Récemment, plusieurs cas de meurtre de jeunes homosexuels ont été recensés dans le pays. Le 9 mai, Vladislav Tornovoï, 23 ans, a été battu à mort par des proches auxquels il venait d'avouer son orientation sexuelle. Le 29 mai, Oleg Serdiouk, 39 ans, a été lynché de la même façon et pour les mêmes raisons. Par ailleurs, on ne compte plus les vidéos nationalistes montrant des militants tabasser de jeunes hommes soupçonnés de ‘déviance’ ».

Si l’homophobie est largement répandue dans la Russie libérale de monsieur Poutine, elle l’était aussi dans la période soviétique, les dirigeants du parti communiste, ayant défendu la même politique ! Un article du monde de juin 2001 nous rappelle la réalité. D’abord « le grand paradoxe de la révolution bolchevique : libération et oppression. Alors que, dans la Sainte Russie des tsars, les rapports entre individus de même sexe étaient punis de Sibérie, on veut croire, en 1917, à la liberté des mœurs et, sous le mot d'ordre : ‘A bas la pudeur’, se créent des soviets d'homosexuels... ». Toutefois Lénine, dès 1920, écrivait « le dérèglement de la vie sexuelle est bourgeois, c’est une manifestation de la décadence ». En tout cas, la tolérance sera de courte durée, Staline va, dès 1934, punir l'homosexualité de cinq ans de camp, peine semble-t-il renouvelable quasiment à discrétion. « Staline disparu, la sanction restera en vigueur jusqu'à la fin du régime communiste », nous rappelle cet article. Et depuis...

Je tiens à préciser qu’en France, si aujourd’hui la politique du  Parti communiste français condamne clairement l’homophobie, il n’en a pas toujours été le cas. Un excellent article du site « Les mots sont importants » nous rappelle que « Pour les dirigeants du PCF, jusqu’aux années 1970 l’homosexualité est un vice bourgeois, ‘une tradition étrangère à la classe ouvrière’ (selon une célèbre formule de la CGT), une pathologie contre nature, comme en témoigne la violente sortie de Jacques Duclos en 1971 contre les membres du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) venus l’interpeller à la Mutualité : ‘Allez vous faire soigner, bande de pédérastes, le PCF est sain !’ ». Plus loin, LMSI cite quelques extraits d’une tribune libre de Guy Poussy, membre du Comité central, de janvier 1976 : « Il y a des perversions et cela ne relève pas de la politique, ni d’ailleurs de la police, mais de la science médicale (...) ‘Jouissez sans entrave’ n’est pas un mot d’ordre révolutionnaire. Ce n’est pas un sentiment libérateur, mais la nausée que la masse des Français éprouve devant l’étalage de la perversion et l’immoralité. »

Ouf, cela a changé ! Pour tout le monde ?