Le lac de Paladru, long de 5,3 km, large de 650 m et d’une profondeur moyenne de 25 m, est situé dans le département de l’Isère à 492 m d'altitude. Il est bordé par cinq communes : Charavines (à la pointe sud), Le Pin (où votre serviteur a ses racines profondes, un de mes très lointains ancêtres ayant même été maire de cette commune), Paladru (qui lui a donné son nom pour en avoir la plus grande part, à la pointe nord), Montferrat et Bilieu. Si l’on en croit Wikipédia : « Le lac est le produit du surcreusement par le glacier du Rhône sur un dépôt miocène à dominance calcaire du Bas-Dauphiné. Lors du retrait au moment du réchauffement Miocien, il y a 12 000 ans, le barrage morainique du Guillermet a formé le lac ». Il se jette dans la Fure qui à son tour se jette dans l’Isère.

Bien que repéré depuis 1903, le projet de création d’un site touristique dans les années 1970 va provoquer à partir de 1972 les fouilles lacustres du site de Colletière à Charavines. Il faut dire que ces fouilles se sont faites sous l’eau, le niveau du lac étant bien plus élevé (4 à 5 mètres) aujourd’hui qu’en 1006. Conduites par une multitude de scientifiques sous l’autorité de Michel Colardelle et Éric Verdel, elles se sont prolongées jusqu’en 2007.

En 1006, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants s’installent sur les vastes berges du lac, à Colletière (commune de Charavines) la sécheresse ayant fait baisser son niveau. Ils ignorent alors que les conditions météorologiques ne vont pas durer, car vers 1040 le retour des pluies va les contraindre à quitter les lieux. Le niveau du lac en montant inonde leurs habitats. Ils quittent les lieux après avoir partiellement démonté leurs constructions. Ne restent alors sous l’eau que les fondations et les traces de leur passage.

Les historiens pensent que ces « chevaliers paysans », s’ils s’installent là, ne le font pas de leur propre initiative. Ils pourraient avoir été envoyés dans le secteur du lac de Paladru à la demande de l’archevêque de Vienne, pour occuper le terrain à la frontière avec l’évêché de Grenoble et le comté de Savoie en formation. En tout cas ils doivent être autonomes et assurer leur nourriture. En plus de celui de Colletière, il semblerait que 2 autres sites, au bord du lac, aient fait l’objet d’une implantation de ces chevaliers paysans : « Ars » sur la commune du Pin et « Les grands roseaux » sur la commune de Paladru.

La plage de craie où nos « chevaliers paysans » s’installent est une avancée sur le lac qui les protège d’une attaque sur 3 côtés. Leur installation se fait à même le sol, leur habitat n’est pas sur pilotis. Toutefois la ferme étant fortifiée, nos habitants ont besoin de beaucoup de bois et donc abattent de nombreux arbres (plus de 800 ?) aux abords du lac qu’ils amènent par flottaison. Une fois construit l’ensemble devait être impressionnant (voir l’image de la maquette en illustration). Au total trois grands bâtiments : le bâtiment principal servant à l’habitation (plutôt seigneuriale) fait 14 mètres de haut avec un (peut-être 2) étage, auquel est accolée l’écurie qui héberge des chevaux (d’une race du type Mérens) les deux autres bâtiments abritent soit des étables soit de l’habitat pour les domestiques. Le tout est entouré d’une enceinte fortifiée en bois de 4 m de haut suivant un quadrilatère de 50 m de long et 25 m de large.

Au total, les archéologues pensent que vivaient à Colletière de l’ordre de 3 familles avec la domesticité soit 60 à 80 personnes. Ils devaient cultiver 60 à 120 hectares et assurer un minimum d’artisanat (bois, tissage, travail de la peau et métallurgie). La nourriture est abondante et la viande est fournie essentiellement par des porcs. Les chevaliers doivent pouvoir se défendre militairement, et ils sont équipés pour monter à cheval et se battre.

Alors que sont devenus nos « chevaliers paysans » ? Il faut bien admettre que dès 1020, 1025 le niveau de l’eau commence à monter et entre 1038 et 1040 le site est abandonné. Les objets, les outils sont emportés et même une partie de l’enceinte et des charpentes sont démontées. Où sont-ils partis ? Peut-être pas très loin puisque c’est à cette époque que sont construites autour du lac les mottes castrales, châteaux primitifs. Il est donc envisageable qu’une partie des habitants se soit installée dans la motte castrale dite du « Châtelard » à Chirens, le reste pouvant s’être installé dans le secteur et fondant le village de Charavines.

Et si au bout du compte j’étais un lointain descendant d’un « chevalier paysan » ?