Comment ne pas donner raison aux Brésiliens qui, constatant que l’État va consacrer, tout compris, presque 11 milliards d'euros à l'organisation de ce mondial 2014, décident de manifester leur colère dans la rue ?

Selon Le Monde, l'objectif de départ du président Lula était de faire ce Mondial en s'appuyant sur « la participation massive de l'initiative privée et la transparence des dépenses publiques ». Tout faux ! « D'un budget initial de 8,23 milliards d'euros pour la construction de stades, de mobiliers urbains, la rénovation des ports et des aéroports, nous en sommes aujourd'hui à 9,7 milliards d'euros, d'après les déclarations du secrétaire d’État au ministère des Sports. » Cela semble la dépense la plus importante pour les derniers mondiaux : trois fois les budgets engagés par l'Allemagne en 2006 et par le Japon en 2002. Et que dire de l'Afrique du Sud, qui a dépensé quatre fois moins que le Brésil, soit 2,43 milliards d'euros ?

Toujours selon Le Monde, Rivaldo, champion du monde 2002, a estimé que c'était « une honte de dépenser tant d'argent pour cette Coupe du monde et laisser les hôpitaux et les écoles dans des conditions précaires ».

Pendant ce temps, la Fédération internationale de football (FIFA) tient un discours scandaleux. Joseph Blatter, son président, dans une interview à un journal de Sao Paulo, se moquant des manifestations, explique que : « Le football est plus fort que l'insatisfaction des gens » et que « Cela va se calmer ». Le français Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, encore plus méprisant, pense que les Brésiliens, plutôt que de manifester, devaient se mettre « un coup de pied aux fesses » s'ils voulaient être prêts à temps !

Tout a été fait par la Fédération pour faire le plus possible d'argent : exonération d'impôt et retrait de la loi interdisant l'alcool dans les stades pour satisfaire un sponsor brasseur (Budweiser). Il est vrai qu'elle annonce un bénéfice de quelques milliards de dollars libres d'impôts grâce à ce Mondial 2014 (pour mémoire il était de 1,1 milliard de dollars au mondial 2010 en Afrique du Sud). Le principal moteur de ce football-là, c'est manifestement l'argent !

Pour ce qui est du transfert des joueurs, c'est l'arrêt « Bosman » qui a bouleversé le football mondial en 1995 en permettant la libre circulation des footballeurs en Europe.

Ces derniers temps, tous les jours, les citoyens découvrent de nouveaux transferts aux sommes astronomiques. Tout cela a des relents d'esclavagisme qui font ressembler le joueur à une marchandise. On se doute que cela fait l'objet de commissions bien sûr, mais aussi de rétrocommissions. Les procès pour transferts illégaux de l'Olympique de Marseille (OM) en 2006 et du Paris-Saint-Germain (PSG) en 2012 sont là pour en témoigner.

Le 16 juillet 2013, Edinson Cavani rentre au Paris Saint-Germain (propriété à 100 % du Qatar Investment Authority) en échange de 63 millions d'euros. Le contrat est de 5 ans et le salaire annuel de 10 millions d'euros. C'est à ce jour le plus gros transfert de l’année pour la Ligue 1 et le sixième de l'histoire du football. Le 31 mai de la même année, l'AS Monaco (propriété à 66,67 % du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev) achetait 60 millions d'euros le joueur colombien Radamel Falcao pour cinq saisons, avec un salaire annuel de 12 millions net. Le record mondial reste l’achat de Cristiano Ronaldo à Manchester United par le Real Madrid qui avait dépensé 93 millions d'euros en 2009.

Pour donner un ordre de grandeur, durant la seule saison 2010-2011 3 milliards d'euros ont été dépensés contre 400 000 euros en 1995. Le Monde rappelle toutefois que « L'indemnité de transfert qui fait tant fantasmer n'est pas ancrée dans une réalité scientifique forcément compréhensible. Elle varie selon l'âge du joueur, ses qualités, et est censée réparer le préjudice subi par le club vendeur, en raison de la rupture anticipée du contrat du joueur. Dans le même temps, 28 % des indemnités de transfert et des salaires sortent du circuit pour être reversées à des intermédiaires, dont les agents sportifs, montrés du doigt. »

En cette période de crise, afficher autant de fric, avec autant d’impertinence, est proprement scandaleux !