À la fin des années 80, le village comptait 600 habitants. C’est l’ancien maire qui a commencé avec la construction de 200 logements tout au sud du village, au plus loin des pistes, hors zone C (la zone D n’existait pas encore). Il promettait que le village ne dépasserait jamais 1 000 habitants.

Mais c’est bien connu, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ! Aujourd’hui, en moins de 30 ans, nous avons dépassé les 2 300 habitants et de nouveaux logements continuent à se construire. Ainsi la population du village a augmenté de 400 %, un record pour un quartier de Tremblay-en-France et la Seine-Saint-Denis ! Et cette augmentation se fait dans une des zones du département les plus bruyantes en raison de la proximité de l’aéroport. Pour donner un ordre de grandeur, la piste la plus proche se trouve à environ 1 500 mètres de mon domicile (j’habite le Vieux-Pays).

Avant de développer, permettez-moi de revenir sur les règles de construction aux abords des aéroports. Un plan d'exposition au bruit (PEB) les fixe dans le cadre d’un zonage. Pour faire simple, 4 zones sont délimitées en allant de la zone A où tout est interdit, à la zone D où l’urbanisation est autorisée sous réserves. Dans la zone C qui couvre une partie importante du Vieux-Pays, les constructions sont autorisées « dès lors qu’elles n’accroissent pas la capacité d’accueil de ce secteur. » Pour ce qui est de la zone D, il n’y a pas restriction sinon que les constructions neuves doivent faire l’objet d’une isolation acoustique de 30 dB.

Si la plupart de ces logements ont été construits hors zone C, dernièrement, avec la complicité des services de l’État, 124 logements ont été construits en pleine zone de bruit (en face du cimetière communal). L’astuce consiste à justifier du fait que ces logements sont indissociablement liés à l’activité aéroportuaire. Les jeunes fonctionnaires des douanes et de la police, travaillant déjà sous le bruit des réacteurs, pourront ainsi y dormir. Ils ne soupçonnent certainement pas encore les conséquences futures sur leur santé des nuisances subies. Mais dans la réalité nous sommes loin de la justification. Il semblerait bien que l’attribution de ces logements ne soit pas liée aux emplois de l’aéroport, aux difficultés pour trouver un logement ou au rapprochement domicile travail des jeunes employés de l’aéroport.

Cette politique d’urbanisation intensive était justifiée par une double argumentation :

  1. Construire des logements. C’est une bonne raison, mais pourquoi dans un quartier bruyant, non couvert par des transports en commun ? Nous pouvons construire des logements dans d’autres quartiers, sans grignoter le bois du Centre-Ville, mais en densifiant le tissu pavillonnaire aux abords des gares.
  2. Donner un poids suffisant à ce quartier pour que des commerces et des services de proximité puissent s’installer ! Sur ce point, on peut dire que la politique suivie a été un échec. L’épicerie déjà présente est devenue l’ombre d’elle même, la boucherie a laissé la place à un coiffeur, quelques restaurants d’affaires supplémentaires se sont installés, le médecin présent un temps est vite reparti, mais victoire s’il en fût, un bureau de tabac est arrivé !

Enfin comment oublier que les habitants de ce quartier ne sont pas soumis qu’aux seules nuisances sonores. Il ne serait pas juste de prendre en compte le seul bruit, comme nuisance ayant un impact sur la santé de ces habitants. Il est indispensable d’aborder la question de la pollution de l’air dans ce secteur. Toutes les mesures produites par AIRPARIF montrent les conséquences particulièrement importantes de l’activité aéroportuaire sur la qualité de l’air. Et là aussi, il ne faut pas seulement prendre en compte les pollutions générées par les aéronefs, mais aussi celles liées au trafic routier engendré par l’activité sur la plate-forme (un trafic de 200 000 véhicules par jour selon ADP, autant que le trafic de la A1).

Le développement à marche forcée du Vieux-Pays est une erreur, en termes d’étalement urbain et de grignotage des terres agricoles. Les émissions de gaz à effet de serre générés par les déplacements en véhicules individuels, impossibles à contenir dans ce tissu périurbain malgré le développement des transports en commun, sont très importantes et devraient convaincre d’arrêter l’urbanisation.

Mais comme je l’ai déjà dit dans un précédent article, il suffit  de ne pas évaluer les émissions de gaz à effet de serre liés à l’activité aéroportuaire (comme l’a fait la communauté d'agglomération « Terres de France ») pour supprimer le problème !