Le film de Tarantino pourrait certainement être vu comme un simple western d'action (génial remake du Django de 1966 de Sergio Corbucci) mais il traite plus fondamentalement de la renaissance d'un homme, de sa « libération », de l'acquisition d'une reconnaissance sociale. Cela est une suite logique de sa réelle libération puisque Django est un homme libre, car racheté par le docteur King Schultz, ancien arracheur de dents, reconverti en chasseur de primes. Pour se libérer complètement, le héros va devoir se venger, d'une manière assez sanglante certes, pour totalement régler avec ses bourreaux des comptes qui ne l'ont jamais été.

Pour le film de Spielberg qui est censé se dérouler 6 ans après, il s'agit pour l'auteur de montrer comment, sur le plan politique, les États-Unis mettent fin à l'esclavage par le vote du treizième amendement. Le personnage central et héros de l'histoire, le Président Abraham Lincoln va repousser la reddition des armées sudistes pour permettre à la Chambre des représentants de ratifier son treizième amendement.

Il manque quelques voix au Président pour faire adopter son texte, et il autorise son secrétaire d’État à recourir à la subornation et au chantage pour faire basculer les derniers indécis. Du coup le spectateur mesure mieux la complexité des choix que doit faire ce président. D'une part l'enjeu majeur de l'abolition de l'esclavage qui ne sera jamais adopté si la guerre finit avant le vote. D'autre part la guerre à laquelle il faut rapidement mettre fin. Enfin, cette utilisation, pour le moins surprenante pour moi français un peu idéaliste du 21e siècle, de la corruption de certains députés. De la manière dont il montre les choses, il me semble que Spielberg a, lui aussi, été gêné par cette dimension peu ragoûtante de ce type de pratique.

La question reste donc posée : « La fin justifie-t-elle tous les moyens ? »

La sortie presque simultanée des deux films reste posée. Je serais assez d'accord avec le journal Libération qui écrit : « Quant à la coïncidence qui veut que Spielberg et Tarantino sortent, l’un et l’autre et presque en même temps, un film centré sur la question de l’esclavage, il est difficile de ne pas y voir un symptôme embarrassant de l’Amérique contemporaine. »

En tout cas, allez les voir, tous les deux...