Quand c'est l'hiver ici, qu'il neige, qu'il fait froid, le bon sens voudrait que nous restions au chaud sous la couette, les avions aussi ! Mais il n'est pas question de fermer notre bel aéroport quelques jours en attendant une amélioration. Les avions doivent décoller ici par tous les temps ! Pour déneiger, déverglacer, dégivrer il existe tout un panel de produits chimiques pour garantir le décollage des avions et dégager les pistes.

Ainsi à chaque décollage les compagnies aériennes payent à Aéroports de Paris une somme pour que les avions soient dégivrés, déverglacés, et les pistes déneigées. Ceci est normal, le principe joue : pollueur payeur. Mais les compagnies payent-elles assez ? La suite apportera peut-être des éléments de réponse...

Les produits utilisés et les molécules chimiques diffèrent selon que l'on souhaite éviter le gel des appareils mécaniques (antigivrage), ou enlever le verglas (déverglaçage). Plusieurs composants à base de glycol sont utilisés dans ces opérations, et notamment le propylène-glycol (massivement utilisé) et l'éthylène-glycol (sans qu'en soit connue l'importance réelle). Ces deux produits n'ont pas la même toxicité, l'éthylène glycol étant considéré comme le plus dangereux. Enfin, la composition de certains produits n'est pas divulguée au titre du « secret de fabrication ».

Ainsi, ces molécules, malgré les traitements mis en œuvre pour les éliminer, se retrouvent malgré tout en sortie de la plate-forme dans le milieu naturel. La présence d'éthylène glycol a été relevée dans la Marne, dont les affluents (Reneuse et Beuvronne) recueillent la majeure partie des rejets d'eau pluviale en provenance de la plate-forme. Ce rejet se fait juste avant la prise d'eau de l'usine de production d'eau potable située à Annet-sur-Marne. Cette usine exploitée par la Société Française de Distribution d'Eau (Veolia Eau) dessert directement une cinquantaine de communes de la région, et compte près de 500 000 habitants. Cependant, le nombre de personnes réellement desservies par cette installation est plus important puisque la SFDE exporte de l'eau vers d'autres réseaux de distribution, tels que ceux qui desservent l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle lui-même, diverses communes du Val-d'Oise ou les communes adhérentes au SEDIF.

Les analyses rendues publiques révèlent quand même une concentration d'éthylène-glycol inférieure à 0,5 mg/l, à l'exception d'un prélèvement en date du 19 mars 2009 dans lequel l'éthylène-glycol était présent à hauteur de 0,7 mg/l.

Les conditions climatiques de l'hiver 2009-2010 (les plus difficiles avec l'hiver 1978-1979, depuis la création de l'aéroport) puis de l'hiver 2010-2011, qui battra ce record, n'ont pas été sans conséquence. Pour faire face à ces situations, l'utilisation de produit a été massive et a amené ADP à solliciter des dérogations à la qualité des rejets, afin d'éviter la saturation du bassin des Renardières déversant ses eaux sur le versant Marne.

Ces situations catastrophiques ont amené les services de l'État à confirmer qu'« en février 2010 la situation des bassins était très préoccupante en termes de qualité et de quantité, avec, en période froide, des capacités de traitement très insuffisantes pour pouvoir rejeter dans la Beuvronne des effluents conformes en termes de qualité aux exigences de l'arrêté d'autorisation de 2008 ». Compte tenu des difficultés rencontrées lors de la mise en œuvre de l'arrêté du 20 novembre 2008, l'autorité préfectorale est intervenue alors en prenant un nouvel arrêté d'autorisation daté du 8 février 2012 modifiant et complétant transitoirement le dispositif antérieur, de manière à prendre en compte la réalité des rejets.

L'effet combiné de ces deux dispositifs n'est pas de nature à satisfaire les exigences de protection de l'environnement et de la santé publique fixées par les textes en vigueur et notamment par la loi sur l'eau du 30 décembre 2006 pour la préservation de la ressource en eau captée pour l'alimentation en eau potable.

Deux associations « Actions vertes » de Roissy-en-Brie et Val Maubuée (représentée par son président Jean-Claude Vaché) et la « Coordination Eau Ile-de-France » (représentée par son président Jean-Claude Oliva) ainsi que trois particuliers (messieurs Ethem Aga, Philippe Barbier et moi-même) ont engagé deux recours pour excès de pouvoir auprès du tribunal administratif à l'encontre de l'autorité administrative.

Nos exigences sont tout compte fait simples.

Il convient au final que l'eau de ruissellement chargée de glycol ne soit pas considérée comme de l'eau pluviale, mais comme une eau usée et donc, soit traitée dans une station d'épuration financée par les compagnies aériennes.

En attendant, il faut certainement :

  • Mettre en place un dispositif pour mesurer la concentration en éthylène-glycol, tant au niveau des rejets de la plate-forme qu'en amont et en aval de l'usine d'Annet-sur-Marne.
  • Enjoindre ADP de compléter ses études de biodégradabilité en abordant de façon approfondie l'impact de l'éthylène glycol sur l'environnement et la santé publique.
  • Faire réaliser par un tiers une étude indépendante sur la concentration d'éthylène-glycol dans l'eau compatible avec les exigences de santé publique et de protection de l'environnement.
  • Prendre toute autre mesure utile à l'appréciation et à la prévention du risque lié à la présence d’éthylène-glycol dans l'eau consommée par les habitants desservis en eau potable par l’usine d’Annet-sur-Marne.
  • Demander que soit réalisée une étude épidémiologique sur l’éthylène-glycol par l'Agence régionale de santé d’Île-de-France.