Le gouvernement israélien à bien mis en place, dans son pays, un régime d’apartheid.

Dans un rapport publié le 1er février dernier, l’association « Amnesty International », montre que les autorités israéliennes ont progressivement créé un système d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien. Ceci est certainement difficile à entendre pour certains d’entre nous, mais c’est pourtant la vérité. Ce rapport est accessible en deux versions et vous trouverez ci-dessous les liens pour télécharger soit la version originale de 280 pages intitulée « Israel’s apartheid against palestinians » (en anglais) soit la synthèse en français de seulement 30 pages.

Qu’est-ce que l’apartheid ? C’est un crime contre l’humanité, une grave violation des droits humains dont la définition est spécifiée par le droit international, en particulier par la résolution 3068 XXVIII de l’assemblée générale des Nations unies du 30 novembre 1973, mais aussi par le statut de Rome de 2002 instaurant la « Cour pénale internationale ». Plus précisément, un système d’apartheid est un régime institutionnalisé d’oppression et de domination mis en œuvre par un groupe racial sur un autre. Les crimes d’apartheid énumérés sont le meurtre, l’esclavage, la privation de liberté physique, la réinstallation forcée, la violence sexuelle, la persécution individuelle et collective. C’est donc une grave atteinte aux droits humains qui est interdite par le droit public international.

Les recherches et l’analyse juridique approfondies menées par Amnesty International, en concertation avec des experts externes, démontrent qu’Israël impose cela à la population palestinienne au moyen de lois, politiques et pratiques qui perpétuent un traitement discriminatoire cruel et prolongé. Ce système a pour conséquence une fragmentation géographique et politique des Palestiniens, souvent paupérisés et vivant constamment dans la peur et l’insécurité. Il s’illustre en particulier par la restriction draconienne de la liberté de circulation, la dépossession de terres et les déplacements forcés.

Le rapport établit très précisément comment les autorités israéliennes ont progressivement créé cette stratégie qui ségrègue et opprime les Palestiniens. De fait, elles les traitent comme un groupe racial inférieur, ce qui est constitutif de l’apartheid.

Évidemment on ne peut dire que l’apartheid imposé par Israël soit identique ou comparable à ce qui s’est pratiqué en Afrique du Sud. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’au regard du droit international qui en fixe maintenant la définition, les discriminations systématiques subies par les Palestiniens et Palestiniennes par l’État d’Israël relèvent de l’apartheid. Si de très nombreux éléments attestent des graves préjudices et des grandes souffrances que les politiques israéliennes conduites par le gouvernement israélien occasionnent aux Palestiniens, il faut réaffirmer que cela ne met nullement en cause ni la population israélienne ni le peuple juif.

Enfin, Amnesty en profite pour rappeler qu’elle condamne régulièrement les attaques lancées par des groupes armés palestiniens contre des civils israéliens, ce qui inclut les tirs aveugles de roquettes depuis la bande de Gaza vers Israël. Cela dit, l’immense majorité des Palestiniens résiste pacifiquement à l’occupation israélienne. Cela s’exprime par le refus des destructions et des expulsions, par une contestation quotidienne à la situation qui leur est faite, par la mise en œuvre de projets économiques ou éducatifs, etc.

Avant même qu’il ait été rendu public, l israéli’exécutifen a violemment réagi à l’existence de ce travail. Le journal « Courrier international » nous informe que pour Jérusalem, ce rapport « renforce et recycle des mensonges, des affirmations incohérentes et infondées qui proviennent d’organisations haineuses anti-israéliennes bien connues ». « En publiant ce faux rapport, Amnesty donne dans le “deux poids, deux mesures” et la diabolisation afin d’ôter à Israël toute légitimité. Ce sont exactement les ingrédients dont est fait l’antisémitisme de nos jours. »

Pour sa part — et sans trop se mouiller — dans un point de presse du 1er février 2022, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la France dit qu’il examinera attentivement ce dossier et rappelle la position de la France sur sa volonté d’œuvrer en faveur d’une « solution à deux États indépendants, démocratiques et contigus ». Manifestement, certains parlementaires sont plus brutaux dans leurs critiques. C’est le cas de Aurore Berger, députée LREM, qui au cours du 36e dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), n’aura pas de mot assez dur sur ce travail : « face à la campagne scandaleuse d’Amnesty International qui parle d’apartheid, alors qu’Israël est bien évidemment une démocratie, il est important que toutes ces associations qui, de facto, détournent leur objectif initial et qui professent la haine puissent clairement être démantelées ». Si rien n’a été tenté à ce jour contre Amnesty International, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, a fait part ce 24 février de sa volonté de dissoudre le « Collectif Palestine Vaincra » et « Comité Action Palestine » sur demande d’Emmanuel Macron.

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