Des députés de la REM se lâchent : un début de critique de la politique migratoire de l’État vite passé aux oubliettes !

Ce qu’il y a de surprenant en « Macronie », c’est que la traditionnelle soumission des parlementaires la REM « tous derrière notre prince », s’enraye de temps en temps. Rassurons-nous vite, cela ne sera pas le cas de notre députée lotoise, cette chère Huguette Tiegna. Ainsi donc, il arrive que quelques députés se mettent à parler librement, ouvrent les yeux sur la vérité, pensent qu’il faut dire les choses et s’expriment alors à haute et intelligible voix. Ils sont alors vite recadrés et rentrent dans le rang pour les plus craintifs. Pour les plus téméraires, ils rejoignent d’autres brebis égarées dans des groupuscules satellites. Mais, au final, leurs paroles ne sont pas relayées, leurs écrits restent clandestins, etc. La réalité du pouvoir est parfois cruelle.

Pour illustrer mon propos, je vais évoquer le rapport de la « commission d’enquête parlementaire sur les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France », publié le 16 novembre dernier. Comme je le craignais, cette information n’était pas arrivée jusqu’à vous ! En fait cette commission était présidée par Sébastien Nadot, député de la Haute-Garonne. Exclu de la REM, il a rejoint divers autres groupes pour finir en 2021 membre de « Libertés et Territoires ». La rapporteure était Sonia Krimi, elle aussi députée REM du « Collectif social-démocrate » qui rassemble une vingtaine de députés se réclamant de l’aile gauche de ce parti. Elle s’était fait connaître en s’indignant ouvertement de la proposition de durcissement de la politique migratoire du gouvernement par Gérard Collomb.

Il faut reconnaître que dès son avant-propos, Sébastien Nadot, après avoir cité Molière (« C’eût été y prendre part que de ne pas s’y opposer ») démarre fort : « En matière de respect des personnes, du droit national et international et des valeurs qui fondent notre République, les engagements de la société française vis-à-vis des étrangers ne sont pas tenus. Pire parfois : ils sont bafoués, avec des conséquences dramatiques. ». La messe est dite, le reste est à l’avenant.

Je ne vais pas, ici, vous faire un résumé d’un travail parlementaire de 453 pages que vous aurez tout le loisir de lire en le téléchargeant en utilisant les liens ci-dessous. Toutes les personnes qui ont un reste d’humanité partageront les critiques qui y sont formulées.

J’aimerais toutefois rappeler la position de la CAFI (coordination des actions aux frontières intérieures) regroupant entre autres Amnesty et La Cimade : « Nos associations apprécient la tonalité générale du rapport de la Commission qui montre bien l’absolue nécessité de modifier en profondeur les politiques menées actuellement pour que soient effectivement respectés les droits fondamentaux des personnes exilées. Plusieurs recommandations sont proches des propositions de nos associations [.../...] En revanche, sur différents sujets, les recommandations doivent être complétées pour que les droits soient réellement respectés… » Dans les semaines qui suivent (2 décembre 2021), cette coordination a organisé un séminaire en présence des député·e·s membres de la commission d’enquête. Vous trouverez ci-dessous un lien pour télécharger le rapport issu de ce séminaire.

Laurent Giovannoni, responsable du département accueil et droits des étrangers au Secours catholique, considère que : « Le quinquennat de Macron, c’est une sorte de continuité dans le durcissement. On observe d’abord une plus grande brutalité dans les campements et notamment à Calais où les migrants sont harcelés au quotidien. Ensuite, il n’y a pas eu de dialogue avec les associations comme on a pu en avoir avec Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve. Et puis il y a eu un certain manque de courage. Je pense en particulier aux démarches qu’on a pu entreprendre après le confinement et restées sans réponse pour régulariser les travailleurs sans papiers qui se sont illustrés pendant le Covid. » Lise Faron, de La Cimade, fait remarquer pour sa part que « ce qui est vraiment marquant dans ce quinquennat, c’est la place prépondérante qu’ont prise les problématiques d’accès aux préfectures ». Les gens attendent aujourd’hui entre deux mois et trois ans pour réussir à déposer une demande de titre. « Cela traduit a minima un désintérêt, au pire une politique de dissuasion. »

Bon, soyons clairs. Qui, d’entre vous, aviez — avant la lecture du présent article — entendu parler de se rapport parlementaire ? Pas grand monde je pense et pourtant vous n’êtes pas nombreux à lire mon blog. Alors que dire pour le commun des mortels ?

Nous sommes pratiquement à 3 mois d’une échéance électorale majeure et bon nombre de candidats font de la surenchère quant à la politique migratoire de notre pays. Ne devrions-nous pas les inviter à lire ce rapport parlementaire, qui bien qu’insuffisant, devrait leur ouvrir les yeux ?

Les liens :

  • Le rapport de la « commission d’enquête parlementaire sur les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France ».
  • Communiqué de la CAFI (coordination des actions aux frontières intérieures : Amnesty, Cimade, Médecins sans frontières, Médecins du monde, Secours catholique) : « Après 6 mois de travaux, la CEP sur les migrations vient de rendre ses conclusions. »
  • Article du Figaro : « Migrants : “La France est dans une maltraitance d’État” (président de la commission parlementaire) ».
  • Article de Médiapart (accès réservé aux abonnés) : « Commission d’enquête sur les migrations : “La promesse républicaine n’est pas tenue” ».
  • Article de Marianne : « Commission d’enquête sur les migrations : l’aile gauche de LREM épingle le gouvernement ».
  • Rapports et Synthèses du travail fait lors du séminaire de la CAFI du 2 décembre 2021 : « Migrations, pour la protection des droits fondamentaux. »

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