Le prince qui nous gouverne et la bien-pensance...

Une amie qui m’est chère m’a fait parvenir, il y a quelque temps maintenant, une image qu’un médecin de sa connaissance avait à son tour relayée. Cette photographie a manifestement circulé en boucle sur les réseaux « dits » sociaux. Comme vous le constatez sur l’illustration jointe, il s’agit d’un panneau qui devait être affiché dans un cabinet médical. Enfin j’ajoute que le contenu du message n’est pas le seul dans son genre : on a comparé par exemple le refus d’être vacciné à celui de vouloir conduire sans permis, etc. En tout cas, que cette amie soit remerciée, car me voici contraint de formuler ma réflexion sur ce type de propos d’une manière plus élaborée que je ne l’ai déjà fait « à chaud » dans un courriel.

Avant de commencer, je tiens à dire que, si je suis POUR la vaccination (j’ai fait le parcours complet), je suis résolument contre (mais vent debout) l’imposition d’un passe sanitaire pour tous les actes de la vie courante mis en place par le « prince qui nous gouverne ». De plus il me semble que nous devons être le seul pays à utiliser cette procédure, car — entre vous et moi — il y avait mille façons de faire pour convaincre de la nécessité de le faire. Mais ce n’est pas la solution choisie, l’autoritarisme ayant été préféré à la discussion, pourrir le quotidien des personnes, plutôt que de se donner les moyens d’agir différemment.

Dans cette affaire (comme dans bien d’autres d’ailleurs), le mode de gouvernance « verticale » de ce Président, sa manière de décider de tout dans le secret des cabinets de conseillers (dont la composition est secrète), son refus de tout dialogue démocratique (avec les élus, les autres partis, les partenaires sociaux, etc.) ont été des éléments moteurs dans cette nouvelle fracture sociale en France. Elle est de nature à éveiller le doute. Si on ajoute à cela l’attitude ambiguë de ce pouvoir tout au long de la pandémie, ses hésitations (compréhensibles au début), ses mensonges, ses fautes, rien n’est rassurant. D’autant que, simultanément, se met en œuvre cette politique néolibérale qui continue de réduire le rôle de l’État, de dégrader le système de santé publique dont nous avions raison d’être fiers, d’enrichir une minorité et de jeter dans la misère le plus grand nombre.

Ce préalable énoncé, que m’évoque cette image (au-delà du premier sentiment de colère) ?

Tout d’abord que la comparaison entre le fait d’allumer les phares de sa voiture quand on circule la nuit (ou de refuser de le faire) avec la décision de se faire vacciner (ou de ne pas le faire) fait preuve d’un rare mépris. C’est, à mon sens, la conséquence de cette fracture sociale qui s’est instaurée, induite par la politique menée. On a eu une situation analogue avec le mouvement des « gilets jaunes », même condescendance et morgue. Tout ce qui est à l’écart de la pensée dominante est une hérésie.

Pour ma part, je ne suis absolument pas convaincu que de « ridiculiser » les personnes qui refusent la vaccination (en gros, publiquement les prendre pour des crétins), comme le font les auteurs de ce texte, soit une solution pour les faire changer d’avis. Entre autres parce que c’est mettre dans une même « boite » des gens qui ont des motifs bien différents. On mélange ainsi des « complotistes primaires » avec des personnels de santé (qui le font certainement pour des raisons que j’ignore), et des individus qui n’osent pas, ne savent pas, qui ne peuvent pas se déplacer, etc.

Je trouve inefficace et stupide la contrainte, car c’est une solution simpliste. Pour convaincre la population de se faire vacciner, il convient de s’en donner les moyens (y compris financiers), de dialoguer, de ne pas mentir, de prendre son interlocuteur pour quelqu’un d’intelligent, de responsable, de ne pas infantiliser, etc. Je vais argumenter mon propos avec les chiffres officiels du taux de vaccination (complet avec deux doses) publiés par le quotidien le Monde et actualisés à la date du 7 octobre 2021.

  1. Il aurait certainement fallu mettre en place un parcours de vaccination au plus près des gens, dans les quartiers populaires au pied des immeubles. Les résultats sont là pour prouver que cela n’a pas été une priorité et que l’on a préféré, en Seine-Saint-Denis par exemple, le « vaccinodrome » du grand stade aux solutions de proximité. Conséquence : un taux de vaccination bas (57,8 %) par rapport à la moyenne nationale (73,14 %) ou plus de Paris intra-muros (77 %). Cela dit j’enfonce une porte ouverte, les pauvres, Macron s’en fout.
  2. On aurait pu avoir là encore une démarche analogue pour atteindre les personnes les plus fragiles. Par exemple la tranche d’âge des plus de 80 ans est vaccinée à 84 % alors que celle en dessous de 70 à 79 ans (plus mobile) l’est à 96 %. Dans mon secteur, dans le Lot il faut faire au moins 20 km pour trouver un centre.

Pour finir, le discours « en dehors de la vaccination point de salut » laisse sous-entendre que cela va ralentir la circulation du virus. Ce qui est partiellement faux. Si VOUS êtes vacciné, vous aurez un peu moins de chance d’être contaminé et si malgré tout vous l’êtes, la maladie sera moins violente. Mais cela ne vous empêche aucunement d’infecter les autres. Les experts ne s’y trompent pas, le conseil scientifique lui-même a affirmé « l’efficacité limitée du passe sanitaire comme mesure de protection ». Il ne pouvait à lui seul être le garant d’une absence de contamination et cela pouvait même induire chez les gens l’illusion d’être parfaitement à l’abri. Si j’en crois un article du Monde du 20 août 2021 : « L’exemple islandais montre que la vaccination n’empêche pas complètement la circulation du virus, en particulier avec le variant delta. Selon une étude américaine récente sur l’efficacité des vaccins à ARN messager contre le variant delta, le vaccin de Pfizer ne réduit que de 42 % la contamination, celui de Moderna de 76 %. En revanche, les protections contre les formes graves restent importantes : le vaccin de Pfizer offrant une protection de 75 % contre l’hospitalisation et de 81 % pour celui de Moderna. »

Enfin, comment accuser les « antivax » d’être égoïstes (« 5 — si les autres ne peuvent pas me voir, c’est leur problème »), alors que ceux qui utilisent le plus cet argument n’évoquent JAMAIS la question de la levée des brevets des vaccins et de leur mise dans le domaine public ? Dans un discours, Macron l’avait promis, dans la réalité il a voté contre. La conséquence est dramatique pour les États les plus pauvres. Par exemple en Afrique, au Burkina Faso, le taux de vaccination est de 0,78 % et au Mali (où pourtant nous intervenons militairement !) il est de 1,15 % ! Mais si les habitants les plus démunis de cette planète ne sont pas vaccinés, ce n’est pas grave ! L’essentiel n’est-il pas d’obliger la minorité des pays riches de se faire vacciner ? Dommage, on aurait dû interdire le franchissement de nos frontières au virus ? Mais que fait Frontex ?

Pour terminer, l’obligation vaccinale pour les personnels de santé (mais curieusement pas pour la police) semble placer les services publics de santé en grand danger. J’ai cru comprendre qu’en moyenne 92 % des agents avaient reçu une injection et 86,6 % deux. Ceux qui refusent sont mis à pied et donc n’allaient plus pouvoir travailler (et je ne traiterais pas de l’aspect droit du travail, qui une fois de plus est écorné). Si je me souviens bien, il y a quelques mois encore, on obligeait les soignants, même atteints de la Covid, d’aller bosser… Je me trompe ?

Pour finir, je ferais assez mien le propos de ce médecin généraliste qui exerce depuis 35 ans et qui ne voulant pas se faire vacciner ne peut plus exercer. Ce qui a été déterminant pour lui c’est, non pas de la colère, mais beaucoup de lassitude. « Je suis tout simplement fatigué et épuisé. Je n’arrive plus à subir ces contradictions, ce brouhaha médiatique, ces informations qui nous éloignent de la réalité, soupire-t-il. On veut que l’on soit pour ceci ou pour cela, que l’on ait un avis tranché. Mais en vrai, ce n’est pas possible, la vie en société, c’est aussi d’être ni pour ni contre. »

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