Nous sommes le 30 mars 2020 et je suis toujours confiné depuis 13 jours…

Le chirurgien Jacques Tenon écrivait en 1788 : « Les hôpitaux sont en quelque sorte la mesure de la civilisation d’un peuple ». En 2020 on le dit autrement comme le fait Jean-Dominique Michel, Anthropologue de la santé à l’occasion de la pandémie : « Les statistiques montrent que les pays les plus touchés sont ceux qui ont réduit massivement les capacités des services de soins intensifs. ». Dans ce qui suit, je ne vais pas critiquer que de la Macronie (qui doit toutefois porter une partie du fardeau), mais de tous les gouvernements (droite et PS) qui ont « cassé » l’hôpital public tout au long des dernières années.

20200329_coronavirus-2.png, mar. 2020

Il y a presque un an, un nombre important des urgences des hôpitaux de France entrait en grève. En juin, 3 mois plus tard, Agnès Buzyn (celle qui n’est plus ministre) n’en démord pas : s’il y a malaise, cela ne vient pas d’un manque de moyens. Comme réponse elle apporte sa propre loi, « Ma Santé 2022 ». Le 11 juin, sur une radio commerciale, elle rejette la demande de prime exceptionnelle de 300 euros pour le personnel et affirme que « les problèmes ne vont pas se régler parce que je paye davantage ». Plus tard diverses interventions des forces de répression vont essayer de remettre tous ces manants au travail. En vain, mais je vais y revenir…

Il faut remonter en 1983 (gouvernement socialiste) pour comprendre le mécanisme de cette lente dégradation de notre système de santé. Au début il ne s’agit que « de quantifier et de standardiser l’activité et les ressources des établissements de santé » et de mieux contrôler les coûts. Quelques années plus tard, Alain Juppé, Premier ministre de Jacques Chirac (1995-1997) met en place, le fameux ONDAM (Objectif national des dépenses d’assurance maladie). Le but est d’annuellement s’engager sur un plafond à ne pas dépasser, quels que soient les besoins de la population. En 2007, second mandat Chirac, Jean-François Mattéi instaure dans son « plan hôpital 2 007 » la tarification à l’acte (T2A). Dès lors, leurs budgets seront fonction du nombre d’actes qui y sont réalisés, chaque acte ayant une tarification particulière. Roselyne Bachelot, ministre de la Santé de Sarkozy en 2009, fait adopter une loi par lequel le pouvoir, au sein d’un hôpital, est transféré dans son intégralité au directeur (généralement des énarques) et plus aux médecins. En 2016, sous la présidence Hollande, Marisol Tourraine fait voter une loi favorisant la création de groupements hospitaliers de territoire permettant d’en réduire le nombre et par voie de conséquence des lits.

Un slogan du mouvement « La France Inoumise » dans une publication Facebook, nous apprenait qu’en 15 ans, « 69 000 lits d’hospitalisation » ont été « supprimés ». Tout le monde hurlait à la FakeNews, mais après vérification dans les rapports officiels, cela se révélait exact. Actuellement il n’en reste plus que 404 000. Certes les modes d’hospitalisation évoluent et c’est tant mieux, mais quand même. À noter que ce chiffre intègre le fait qu’en 20 ans, la moitié des maternités a disparu. La réalité est donc la suivante : alors que la population de notre pays augmentait de 8,2 %, le nombre de lits baissait de 14,6 % !

On est en 2010 et Sarkozy va s’engager encore plus résolument dans une politique d’austérité pour le système de santé. Comme tout cela n’est pas assez rapide, on décide autoritairement de limiter la croissance de cet ONDAM qui ne cessait malgré tout de grossir d’année en année. Pour ce faire, on fait au plus simple et on s’attaque au secteur public (que l’État contrôle) plutôt qu’au privé ou à la médecine de ville. Avec ces diminutions de crédit, le système va essayer tant bien que mal (avec des « bouts de ficelles ») de rendre le service et s’adapter à cette misère. Mais le piège va vite se refermer : les dysfonctionnements que connaît l’hôpital public ? C’est juste une question d’organisation. Manifestement ils sont rétifs aux réformes ces soignants !

Sous pression, la cocotte-minute finit par exploser. Tout commence l’année dernière par cette grève des urgences, mouvement qui s’étend très rapidement à l’ensemble des hôpitaux du pays. Dans une tribune publiée dans « Le Monde » du 13 novembre, 70 directeurs médicaux des départements médico-universitaires alertent sur le triste état du système. Ils expliquent comment « L’hôpital public s’écroule ». « Des centaines de lits d’hospitalisation de médecine et de chirurgie, des dizaines de salles d’opération à l’hôpital public fermées, et chaque semaine des unités de soin ferment. Les conséquences : des conditions d’accès aux soins dégradées, la qualité et la sécurité des soins sérieusement menacées. »
Les revendications sont simples :

  1. Réviser à la hausse le fameux ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance-maladie), revaloriser l’ensemble des salaires des personnels.
  2. Refondre complètement le mode de financement et la place du secteur public dans notre système de santé.
  3. Retrouver les effectifs au complet pour permettre la réouverture des unités d’hospitalisation, des salles d’opération et consolider la sécurité, la qualité des soins et la formation professionnelle.

Là-dessus, la pandémie du Covid-19 arrive, c’est une catastrophe annoncée et l’hôpital public est exsangue.

Dans son intervention télévisée du 12 mars, le président Macron nous a donné le sentiment — une fois la pandémie terminée — de vouloir changer la politique de santé de la France : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Et de conclure : « La santé n’a pas de prix. » Va-t-on le croire ?

« Ce serait terriblement triste s’il ne sort pas de cette mégacrise une pensée politique indiquant la nouvelle Voie. » (© Edgar Morin)

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