Nous sommes le 26 mars 2020 et je suis confiné depuis 9 jours...

« Le virus tue le néo-libéralisme en nous tuant. » (© Eldgar Morin)

Voici donc mon premier article rédigé en état de confinement avancé. C’est aux environs du 20 janvier que l’on va commencer à compter les premiers malades infectés par ce Covid-19. À l’heure où j’écris ces lignes, nous en serions, au niveau mondial, à 510 644 cas ayant entraîné 23 028 décès. À la même heure en France nous dénombrons 25 233 contaminés et 1 331 morts, mais rien n’est moins certain. N’espérez pas me voir rédiger sur ce blog un article médical, ou une chronique de ces longues journées de confinement. Non, je vais vous parler (malheureusement pour certains, je sais !) de politique. Pour changer !

20200326_coronavirus-1.jpg, mar. 2020

 

L’infestation semble donc (en l’état de nos connaissances) avoir commencé en Chine. Faut-il s’en étonner ? La prolifération du virus Covid-19 est probablement une conséquence, ces dernières décennies, du développement industriel hallucinant de ce pays. En 57 ans (de 1961 à 2018), le PIB a augmenté de 124 % avec des taux annuels surprenants par exemple 19,3 % en 1970. Les répercussions sur l’environnement de cet État sont majeures, même si, prenant conscience de cela la Chine a baissé ses objectifs de croissance. C’est dans cette logique productiviste et les exportations qui en résultent que prospère la pandémie. Au contraire de ce que pense TRUMP, si le virus semble bien apparaître en Chine, il n’est pas pour autant chinois. Il est « néolibéral », conséquence de ce capitalisme sans éthique, de cette quête d’un profit immédiat et maximum, etc.

À noter le propos de Rodolphe Gozlan, directeur de recherche en écologie de la conservation à l’IRDDR dans un article intitulé « Les conditions sont réunies pour qu’il y ait d’autres pandémies » publié dans La Gazette des Communes : « À l’instar du Covid-19, 70 % des infections, qui ont émergé ces quarante dernières années, ont été transmises à l’homme par des animaux. […] les conditions sont réunies pour qu’il y en ait d’autres. La faune sauvage est un réservoir de virus très important, dont la plupart sont encore inconnus. Plus on multiplie les contacts entre la population humaine et les animaux, plus on augmente le risque qu’un virus qui a muté puisse faire le saut de l’animal à l’homme et le rende malade. Or, aujourd’hui, les forêts sont traversées par des routes, on y construit des lotissements. De nouveaux espaces sont conquis en défrichant pour l’expansion de l’agriculture. Ces perturbations de l’environnement favorisent les contacts avec des animaux sauvages ».

Pour l’instant, les conséquences sanitaires de la pandémie sont encore incertaines, nos gouvernants (peut-être par stratégie, plus certainement parce qu’ils ne contrôlent pas grand-chose) annoncent des chiffres très probablement inférieurs à la réalité. Par exemple en France on ne comptabilise que les morts à l’hôpital et pas ceux advenus à domicile ou dans un EHPAD. Pour les personnes âgées qui y vivent, on commence à avouer que cela va être une vraie catastrophe. Enfin, comme on ne fait pas de test systématique on ne connaît pas toujours la véritable raison du décès, même si le médecin qui délivre le certificat s’en doute au vu des symptômes qu’avait le malade. Au plan mondial on ne sait pas trop ce qui se passe en Afrique, ou en Asie. Certain pays (je pense aux États-Unis) le retard à l’allumage de leurs dirigeants (TRUMP) peut faire envisager le pire.

Aussi curieux que cela puisse paraître, ce qui semble pour certains le plus inquiétant ce sont les conséquences économiques de cette pandémie. Comme dit l’autre « leurs profits sont plus importants que nos vies ». Le 19 février le CAC 40 retrouvait son niveau le plus élevé depuis la crise de 2008, clôturant à 6 111 points. Entre ce 19 février et le 20 mars, cet indice a chuté de plus de 2 200 points, soit un recul de 37 %, et la Bourse de Paris a enregistré parmi les pires journées de son histoire. Hervé Kempf dans « Reporterre » nous explique : « Si l’on en croit les éditorialistes économiques qui tiennent le haut du pavé médiatique, le grand péril lié à la diffusion potentiellement mondiale du coronavirus n’est pas de type sanitaire comme le pensent les personnes ordinaires qui n’ont pas été formées ni déformées par l’économie. Les malades, les morts par milliers, certes c’est fâcheux. Mais il y a bien pire : la croissance mondiale est terriblement affectée, voire infectée. L’économie tousse et le phénomène devient, lui aussi, viral. » Conséquence, le gouvernement français met en place diverses actions estimées pour l’instant à 45 milliards d’euros une « somme initiale » à laquelle s’ajoute la garantie d’État de 300 milliards pour les « nouveaux prêts apportés par les banques et le réseau bancaire ». Pour mémoire, les députés de La France Insoumise ont travaillé sur l’institution d’un plan « Urgence Hôpital » évalué à seulement 6 milliards d’euros. Mais cela peut attendre, ce n’est pas prioritaire…

Du coup, toujours avec Hervé Kempf, il faut peut-être se demander quel serait l’impact de cette pandémie « dans un monde où la finance serait sous contrôle public, où la monnaie serait un bien commun, où la majorité des productions essentielles (y compris énergétiques) serait relocalisée, ou la sobriété matérielle et énergétique supplanterait le consumérisme, et où l’on mettrait fin à la domination économique et politique des multinationales. » Pour lui donner raison, le site Boursorama nous apprend ce 26 mars que « En ce printemps 2020 marqué par les crises sanitaires et boursières, les entreprises européennes commencent à distribuer à leurs actionnaires les quelques 359 milliards d’euros de dividendes correspondant aux gains 2019. »

Espérons avec Naomi Klein : « Lorsque nous sommes mis·e·s à l’épreuve par la crise, soit nous nous replions et nous nous effondrons, soit nous grandissons, et nous trouvons des réserves de force et de compassion dont nous ne savions pas que nous étions capables. »

Chiche.

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