À sa frontière l’Europe construit un « mur » pour se protéger des migrants.

Le présent article a été rédigé AVANT les mesures de confinement décidées en raison de la pandémie du coronavirus. La situation actuelle (au moment où je mets en ligne cet article) est manifestement différente, les frontières — y compris entre États — s’étant fermées.

Les pays de l’Union européenne forment un espace de libre circulation : « l’espace Schengen ». Cette Europe, que l’Histoire a longtemps fait passer pour une terre d’accueil, est loin de l’être aujourd’hui. Les limites de cet espace sont particulièrement étanches et il n’y a pas de vagues déferlantes d’étrangers dans nos territoires comme on nous le raconte.

l-europe-et-les-migrants_20200310.jpg, mar. 2020
Refugees crossing the Mediterranean sea on a boat, heading from Turkish coast to the northeastern Greek island of Lesbos, 29 January 2016.

 

Les chiffres sont là pour le prouver. En 2016 par exemple, elle ne laisse pénétrer que 4,3 millions d’immigrants, alors que 3 millions d’émigrants la quittent. Sur ces 4,3 millions d’entrants, seulement 2 millions viennent d’États extérieurs à l’Union, ce qui représente 0,4 % de la population totale. Manifestement on n’est pas face à un envahissement.

Dans une logique pour le moins kafkaïenne, l’Europe a adopté en 2013 le règlement dit « Dublin III ». Ce règlement établit que, sauf critères familiaux, le pays qui doit instruire la demande d’asile d’un migrant est le premier qui l’a contrôlé : il est alors nécessaire qu’il y soit transféré, car seules les autorités de ce pays sont habilitées à le faire. Sont partenaires dans la la mise en œuvre de « Dublin III » les 27 plus la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein. En attendant de savoir quel pays va, au final, traiter leurs dossiers, les demandeurs d’asile « dublinés » ne peuvent ni travailler ni s’intégrer et donc doivent être pris en charge par le pays dans lequel ils résident. Une procédure stupide et onéreuse : ces transferts inutiles coûtent près de 15,5 millions par année aux différents États de l’espace Dublin. Plus graves, un grand nombre d’entre eux ne sont même pas exécutés (en 2017, on estime que seulement 14 % des personnes concernées ont réellement été transférées). Selon les experts, ce sont quelque 186 millions d’euros qui sont ici gaspillés chaque année.

En 2015, année dite de la « crise migratoire », l’Union ne souhaite manifestement pas afficher publiquement ni ses divergences ni sa politique de fermeture de ses frontières. Elle a trouvé plus simple « d’exporter » la question dans divers pays limitrophes en leur sous-traitant la gestion de camps de réfugiés [hotspots] où ils sont retenus. Pour ce faire, elle a signé 19 accords de coopération avec ces pays à qui elle a promis des aides au développement.

Le résultat de cette politique est catastrophique et nous en découvrons régulièrement les conséquences. Hier, on s’aperçoit que les camps libyens sont administrés par des milices et qu’il s’y faisait un trafic d’esclaves massif et violent. Aujourd’hui, le gouvernement turc, qui bloque plus de 3 millions de migrants passés par la Syrie, exige de l’UE une révision des conditions politiques, humanitaires et financières de cette rétention et menace encore plus l’UE « d’ouvrir les vannes ».

Ces derniers jours, les droits les plus élémentaires des réfugiés, principalement des Syriens fuyant la guerre et leurs situations en Turquie, qui cherchent à entrer dans le territoire européen via la Grèce sont bafoués. Dans un communiqué le réseau Migreurop explique que « les agents grecs ont déployé un niveau de violence inédit, rejoints par une partie de la population. En mer, les garde-côtes coupent la route aux bateaux des migrants et réfugiés, tirant en l’air et blessant certains passagers. Un enfant s’est noyé durant la traversée. […] Cette politique grecque de fermeture des frontières est soutenue par l’UE. Charles Michel, président du Conseil européen, a ainsi encensé les efforts des Grecs pour “protéger les frontières de l’Europe” ».

Dernier fleuron du dispositif européen, l’agence de garde-frontières et de garde-côtes communément dénommé « Frontex ». Elle est chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen. Ses missions sont diverses : coordination et coopération entre les États membres, formation des gardes-frontières nationaux, etc. Dans la réalité la politique répressive qui s’est mise en place coûte manifestement « un pognon de dingue » et croit vertigineusement :
    • 2005 : 6,2 millions d’euros.
    • 2010 : 88 millions d’euros.
    • 2016 : 250 millions d’euros.
    • 2019 : 333 millions d’euros.
À noter que plusieurs médias européens [« The Guardian », « ARD » et « Correctiv »] leur ont reproché de couvrir des actes commis par des gardes-frontières bulgares, hongrois et grecs.

Est-ce qu’elle vous satisfait cette Europe ?

Les liens :

  • Site officiel de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes.
  • L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes sur Wikipédia.
  • Le règlement dit « Dublin III » sur Wikipédia.
  • Le communiqué de Migreurop : « une coalition contre les violences aux frontières » sur le site du gisti.

Crédit photo : Mstyslav Chernov/Unframe — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
 

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