Bienvenue dans le monde merveilleux de la finance : BlackRock.

Ces derniers temps, j’ai découvert (vous aussi peut-être ?) l’existence d’une entreprise multinationale majeure que je ne connaissais pas. Le quotidien Le Monde utilise la formule : « En quelques semaines, BlackRock est passé de l’ombre à la lumière crue, celle des accusations et de la polémique ». Aujourd’hui les « gens d’en bas » entraperçoivent ses immenses pouvoirs et, en conséquence, ses capacités de nuisance. Le 10 février, des militants ont pénétré dans les bureaux parisiens de cette société et ont sali les murs en y inscrivant quelques vérités que ces derniers ont manifestement eu du mal à entendre. Intéressons-nous donc à BlackRock.

20200217_blackrock.jpg, fév. 2020

 

Si j’en crois le site Wikipédia : « BlackRock est une société multinationale spécialisée dans la gestion d’actifs, dont le siège social est situé à New York. Fondée en 1988, elle est devenue le plus important gestionnaire d’actifs au monde, avec près de 6 960 milliards USD fin septembre 2019. Les principaux clients de l’entreprise sont des investisseurs institutionnels. La société emploie 14 500 personnes et possède 70 bureaux à travers 30 pays pour une clientèle répartie dans plus de 100 pays. » Effectivement « c’est du lourd ».

Le site Statista.com met « les points sur le i ». « Quelle est vraiment la puissance de ce géant de la finance ? Avec 7 429 milliards de dollars d’actifs en gestion fin 2019, la valeur des investissements gérés par BlackRock dépasse de loin le PIB de nombreux pays développés, dont celui de la France (2 762 milliards de dollars). La société devance également haut la main ses principaux concurrents sur le marché : Vanguard Group et State Street Corporation, qui géraient respectivement 4 257 et 2 197 milliards de dollars d’actifs en juin 2019. » Vous avez bien noté, ces gens-là s’occupent d’une fortune représentant 2,7 fois le PIB de notre pays ou 22 fois son budget (338 milliards d’euros en 2019). Pour ce qui est de son activité en France, il gère 27,4 milliards d’euros, possède « des participations importantes dans les entreprises du CAC 40 : entre 4 % et 5 % du capital d’Air Liquide et de Bouygues, 3,7 % de Publicis ou encore 1,8 % de Safran ». Enfin notre « gestionnaire d’actifs » se porte bien puisque l’année dernière il a « enregistré un chiffre d’affaires de 14,5 milliards de dollars et un bénéfice de 4,5 milliards de dollars, en hausse respective de 2,4 % et 4,2 % par rapport à 2018. »

Quelle influence, un tel mastodonte, joue-t-il dans la vie politique de nos pays ? Maxime Combes d’Attac dans un article du 13 janvier dans le journal « Basta ! » nous donne quelques éléments. En termes de lobbying, « les dépenses de BlackRock à Bruxelles représentaient en 2018 entre 1,2 et 1,5 million d’euros. Pendant les cinq dernières années, les représentants de BlackRock ont décroché plus d’une trentaine de rendez-vous avec des commissaires européens ou leurs équipes. » Par exemple « l’ancien ministre britannique (conservateur) des Finances, George Osborne a ainsi rejoint BlackRock en 2017. Au cours de ses deux dernières années au gouvernement, jusqu’en 2016, le ministre était chargé de mener une réforme des retraites. Il est désormais rémunéré plus de 700 000 euros par an par le gestionnaire d’actifs. Rupert Harrison, son ancien chef de cabinet, a lui aussi été débauché par BlackRock, dès 2015. »

La branche française de BlackRock est dirigée par Jean-François Cirelli. Ancien élève de l’ENA (promotion 83/84) il fut proche conseiller de Jacques Chirac à l’Élysée (1995-2002), directeur adjoint de cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin de (2002-2004). En 2004 il change d’orientation et « pantoufle » dans le privé. Comme président-directeur général de Gaz de France de 2004 à 2008, il a réalisé, aux côtés de Gérard Mestrallet, la fusion des entreprises Gaz de France et Suez pour créer le groupe GDF SUEZ. Depuis le 4 janvier 2016, il est président de la société BlackRock France. Ce pur produit de l’oligarchie au pouvoir est nommé chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur en 2006. En pleine réforme des retraites, la « Macronie » le fait officier le 1er janvier 2020. Un simple hasard, affirmeront-ils !

En fait, très vite, les syndicats, la gauche et une partie de la droite vont accuser BlackRock d’être le « cheval de Troie de la capitalisation » dans le projet gouvernemental. Pour ma part, je ne suis pas persuadé que l’objectif premier soit de mettre en œuvre un tel système. Il me semble qu’il s’agit plus de casser, de dégrader suffisamment l’actuel (hérité du Conseil National de la Résistance et porté par le communiste Ambroise Croizat), pour que tout naturellement, une alternative par capitalisation le remplace. Oui, je partage donc l’avis de la députée Danièle Obono qui affirme que « cette réforme encourage la capitalisation ». Et c’est dans cette logique que BlackRock, tapi dans l’ombre attend sa proie. Sauf que, les plus pauvres d’entre nous ont une vie professionnelle chaotique, enchaînant, sur fond de précarité, petits boulots et longues périodes de chômage et ne peuvent épargner.

Pour conclure, permettez-moi cette citation de notre « Flambi » national ! Il est vrai que le propos de ce candidat avait de la gueule ! « Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des États. ».

Impressionnant de lucidité cet homme, non ? « Attention, les méchants marchés : zallez voir ce que vous zallez voir ! » Ils n’ont rien vu, puisque ce président-là était déjà leur « chose ». Bienvenue dans le monde merveilleux de la finance…

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