Il semble bien qu’une des devises de notre République soit l’égalité !

Nous l’avons tous appris à l’école, la devise de la République française c’est « Liberté, égalité, fraternité ». Aujourd’hui j’ai envie de me pencher sur l’égalité et son contraire « l’inégalité ». L’actualité m’y invite que ce soit à travers la question des retraites, des profits de nos entreprises, de la pauvreté en France, etc. Les experts l’affirment, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

Pour l’Observatoire des inégalités, on peut parler d’inégalités « quand une personne ou un groupe détient des ressources, exerce des pratiques ou a accès à des biens et services socialement hiérarchisés », sous-entendu « et qu’une partie des autres ne détient pas ». En fait, on n’est plus dans une inégalité naturelle (il y a des petits, des grands, de gros, des maigres, des blonds et des bruns, etc.), mais dans une inégalité sociale, politique et économique, construite et assumée.

Le pape François dans son encyclique « Laudato Si » exprime la même idée : « Mais les énormes inégalités qui existent entre nous devraient nous exaspérer particulièrement, parce que nous continuons à tolérer que les uns se considèrent plus dignes que les autres. Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète. Nous continuons à admettre en pratique que les uns se sentent plus humains que les autres, comme s’ils étaient nés avec de plus grands droits. »

Selon Roger Martelli (historien et codirecteur de la rédaction du magazine Regards), la question de l’égalité « irrigue le conflit de la droite et de la gauche ». « La droite croit que l’inégalité est naturelle et qu’elle est positive, puisqu’elle attise la compétition et la créativité ; la gauche croit que seule l’égalité est source de l’équilibre social. L’égalité ne se pense sans doute plus dans les mêmes termes que dans les siècles passés, mais elle reste au cœur des dilemmes de notre temps. » L’idéologie « néolibérale » qui irrigue notre société, fondamentalement de droite, admet que l’inégalité est motrice. Ainsi c’est Macron qui loue les « premiers de cordées », symboles de la réussite et tacle les chômeurs qui refusent plusieurs offres d’emploi. « Il faut qu’on s’assure qu’il cherche, et que ce n’est pas un multirécidiviste du refus ».

Pour illustrer cette affirmation comme quoi « les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres » permettez-moi d’utiliser le travail d’analyse de cet « Observatoire des Inégalités » qui régulièrement en mesure les effets.

  • En termes de revenus, les 10 % des ménages les plus favorisés récupèrent 23,8 % de la totalité [des revenus] (chiffres Insee, 2016).
  • Si on regarde le patrimoine, les écarts sont bien plus élevés. Le 1 % le plus fortuné de notre pays possède 17 % de l’ensemble et les 10 % les plus riches, presque la moitié.
  • L’accumulation engendre une reproduction de ces inégalités de génération en génération. Par exemple, en bas de l’échelle, cinq millions de pauvres vivent avec moins de 855 euros pour une personne seule (Insee, 2016).

Ce creusement des inégalités n’est pas sans conséquence sur la vie quotidienne des gens.

  • Ainsi en matière d’éducation les chiffres 2017 du ministère de l’Éducation nationale, montrent la réalité. En CE2, les élèves les moins favorisés obtiennent une note moyenne de 57 sur 100 en français et 58 en mathématiques, pendant que le quart le plus favorisé atteint 87 et 85 respectivement.
  • En matière de travail, la situation est tout autant terrifiante : l’Observatoire décompte plus de huit millions de personnes en situation de mal-emploi. Cette forme d’insécurité sociale touche un actif sur quatre.
  • En termes d’espérance de vie : chez les hommes, 13 années séparent celle des 5 % les plus pauvres (71,7 ans) des 5 % les plus riches (84,4 ans).
  • En matière de qualité de vie, le rapport du médiateur national de l’énergie nous apprend qu’en 2018, le nombre d’interventions pour impayés d’électricité ou de gaz chez les particuliers s’est accru de 4,2 % par rapport à 2017.
  • Ce dernier rapport estime que 6,7 millions de personnes sont touchées par la précarité énergétique (ménages qui consacrent plus de 8 % de leur revenu à leur facture énergétique).
  • Etc.

Parallèlement, le journal Le Monde du 9 janvier dans un article intitulé « Les dividendes du CAC 40 ont fortement augmenté en 2019 » nous montre comment ces sociétés prélèvent et distribuent de plus en plus de dividendes. « Les entreprises du CAC 40 ont versé 49,2 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires en 2019, soit 15 % de plus qu’en 2018. À ce montant s’ajoutent 11 milliards d’euros sous forme de rachats d’actions, indique la dernière étude annuelle de la lettre spécialisée Vernimmen.net (numéro 175, janvier 2020) ». J’aime à rappeler que cette somme est presque équivalente (et même supérieure si on ajoute les 11 milliards d’actions) au budget que l’État consacre à l’enseignement scolaire qui lui était en 2019 de 51,1 milliards. Enfin l’article se termine en constatant que si on ne sait rien de « l’évolution des salaires moyens des employés, notamment de ceux qui travaillent en France », on connaît par contre « la rémunération moyenne des dirigeants des 40 plus grosses sociétés cotées. Elle a augmenté de 12 % en 2018 pour atteindre 5,77 millions d’euros ». « Ce niveau de revenu correspond à 277 SMIC ou à 152 fois le salaire brut moyen des Français ».

Dans une chronique intitulée « Après le déni climatique, le déni inégalitaire » publiée dans Le Monde, Thomas Piketty nous explique que « pour bâtir de nouvelles normes de justice acceptables par le plus grand nombre, il est indispensable de pouvoir mesurer les efforts demandés aux différents groupes sociaux ». Et de développer : « En négligeant les enjeux sociaux, les partis écologiques risquent au contraire de se recroqueviller sur un électorat favorisé et de permettre le maintien au pouvoir des conservateurs et des nationalistes. Les défis climatiques et inégalitaires ne pourront être résolus qu’ensemble. Raison de plus pour combattre les deux dénis climatiques et inégalitaires d’une même voix. »

Pour ma part je partage l’idée qu’il ne peut y avoir de justice climatique sans justice sociale et à l’inverse pas de justice sociale sans transition écologique.

Les liens :

Commentaires

1. Le dimanche 19 avril 2020, 14:16 par sloth hiking team t shirt

When I originally commented I clicked the "Notify me when new comments are added" checkbox and now
each time a comment is added I get four emails with the same comment.
Is there any way you can remove people from that service?
Thanks!

2. Le mardi 21 avril 2020, 22:48 par sloth hiking team

I am sure this post has touched all the internet viewers, its really really pleasant article on building up new
webpage.

3. Le samedi 2 mai 2020, 05:16 par lavoisier

Hello Tһere. I found үour blog using msn. This is a reаlly ѡell written article.
I'll make sure to bookmark it and return to гead more
of your useful information. Thanks for the post.
I will definitely comeback.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://blog.durandandco.org/index.php?trackback/530

Fil des commentaires de ce billet