Il y a 30 ans, le nuage de Tchernobyl ne survolait pas la France.

Le 26 avril 1986, il y a 30 ans de cela, se produisit le plus grand accident nucléaire au monde, considéré comme le plus important jamais répertorié, le second, dans l’échelle, étant celui de Fukushima le 11 mars 2011. Le nombre de décès directement imputables à cet accident, survenu dans un État, l’Union soviétique, en pleine décrépitude, varie entre 9 000 (selon plusieurs agences de l’ONU) et 90 000 selon Greenpeace.

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Un moment de souvenir personnel avant de commencer. Dix ans avant cette catastrophe, je suis encore un « jeune » militant communiste qui prépare, avec ses camarades, le 22e congrès du Parti communiste français. À cette époque j’habite Sarcelle et participe donc à la conférence de section de cette ville. Parallèlement, ma jeune sœur est assistante sociale dans l’Isère, dans le secteur de Morestel, et prend part aux divers mouvements de lutte contre la centrale Superphénix de Creys-Malville. Ceux-ci atteindront d’ailleurs leur apogée lors du rassemblement contre ce projet le 31 juillet 1977 qui se soldera par la mort d’un des manifestants (Vital Michalon). Mobilisé dans ce combat, j’intervins à la conférence pour demander que mon parti prenne sa part dans la lutte qui se construit contre ce projet inutile. Stupide que j’étais d’ignorer le poids de la CGT d’EDF (pro-nucléaire) dans ce qui était mon parti. À la tribune une des membres du bureau de section, que je désigne par son surnom « Pâquerette », balaie d’un revers mon intervention et me recadre en affirmant que l’électricité nucléaire c’était très bien, la preuve ultime étant que l’Union soviétique avait choisi, elle aussi, cette technologie d’avenir ! Dix ans plus tard, la centrale de Tchernobyl explosait. Vingt et un ans après, le 19 juin 1997, Lionel Jospin, alors Premier ministre, annonçait l’abandon du projet Superphénix.

Revenons à la catastrophe de Tchernobyl qui semblera, si j’en crois Wikipédia, provenir du cumul de divers dysfonctionnements :
« – un réacteur mal conçu, naturellement instable dans certaines situations et sans enceinte de confinement ;
- un réacteur mal exploité, sur lequel des essais hasardeux ont été conduits ;
- un contrôle inexistant de la sûreté par les pouvoirs publics ;
- une gestion inadaptée des conséquences de l’accident.
 »

Je ne peux faire autrement, pour essayer de comprendre (mais le peut-on ?) ce que fut la souffrance des victimes de ce crime d’État, que citer largement des extraits du livre de Svetlana Alexievitch : « La Supplication ». Pour mémoire Svetlana Alexievitch est une journaliste et écrivaine biélorusse, lauréate du prix Nobel de littérature en 2015. Pour écrire cet ouvrage l’auteur a collationné pendant la dizaine d’années qui ont suivi la catastrophe, plusieurs centaines de témoignages de contemporains, de victimes de l’accident : liquidateurs, sapeurs-pompiers (comme ci-dessous), médecins, physiciens, citoyens ordinaires, etc.
« Ma copine, Tania Kibenok, arrive en courant... Son mari est dans la même chambre... Son père l’accompagne, il a sa voiture. Nous la prenons pour aller au village le plus proche, acheter du lait. À environ trois kilomètres de la ville... On achète plusieurs bocaux de trois litres remplis de lait... Six, pour en avoir assez pour tous... Mais le lait les faisait horriblement vomir. Ils perdaient sans cesse connaissance et on les plaçait sous perfusion. Les médecins répétaient qu’ils étaient empoisonnés aux gaz, personne ne parlait de radiation. Pendant ce temps, la ville se remplissait de véhicules militaires. Des barrages étaient dressés sur toutes les routes... Les trains ne marchaient plus, ni dans la région ni sur les grandes lignes... On lavait les rues avec une poudre blanche... Je m’inquiétais : comment aller acheter du lait frais au village, le lendemain ? Personne ne parlait de radiation... Seuls les militaires avaient des masques... »
Plus loin, elle a rejoint son mari (sapeur-pompier) dans un hôpital de Moscou, ou il a été transporté.
« Il changeait : chaque jour, je rencontrais un être différent... Les brûlures remontaient à la surface... Dans la bouche, sur la langue, les joues... D’abord, ce ne furent que de petits chancres, puis ils s’élargirent... La muqueuse se décollait par couches... En pellicules blanches... La couleur du visage... La couleur du corps... Bleu... Rouge... Gris-brun... Et tout cela m’appartient, et tout cela est tellement aimé ! On ne peut pas le raconter ! On ne peut pas l’écrire ! »
Quelques jours plus tard.
« Les selles vingt-cinq à trente fois par jour... Avec du sang et des mucosités... La peau des bras et des jambes se fissurait... Tout le corps se couvrait d’ampoules... Quand il remuait la tête, des touffes de cheveux restaient sur l’oreiller... Je tentais de plaisanter : “C’est pratique : plus besoin de peigne.” Bientôt, on leur rasa le crâne. Je lui coupai les cheveux moi-même. Je voulais faire tout ce qu’il fallait pour lui. »

Dans un article du Monde du 26 avril 2016 intitulé : « Trente ans après Tchernobyl, l’impossible bilan humain », le journaliste interviewe Olga Boïarska, aujourd’hui directrice d’une polyclinique du territoire et qui, en 1986, travaillait dans un institut d’endocrinologie. « Après la catastrophe, personne ne savait ce qu’il fallait faire, se souvient-elle. Ce n’est que plus tard que l’on a donné de l’iode stable aux enfants pour saturer leur thyroïde. À l’époque, les autorités ont minimisé les risques, en assurant que les petites doses de radiation n’étaient pas nocives. Le 1er mai, cinq jours après l’explosion, on a même envoyé les gens défiler à Kiev, alors que les doses étaient très importantes. Au lieu de penser à sauver la population et les enfants, qui n’ont été évacués de Kiev que le 22 mai, le régime pensait à son image. Il n’était pas question de montrer que l’Union soviétique était incapable de gérer le nucléaire. » Et le journaliste de conclure l’article : « Le véritable prix humain du drame de Tchernobyl ne sera jamais connu. Mais, longtemps encore, dans le dispensaire radiologique de la banlieue de Kiev, les enfants ukrainiens viendront faire observer leur taux de césium. »

Que dire ? Que mon ex-camarade « Pâquerette », si elle est toujours de ce monde, soit rassurée elle n’aura pas à connaître des conséquences de l’accident de Tchernobyl, puisque le nuage radioactif n’a pas franchi les frontières de notre beau pays... Quant aux centrales françaises vieillissantes, l’avenir nous éclairera.

Au fait, quand sortira-t-on du nucléaire ?

Les liens.
– L’article sur la catastrophe de Tchernobyl sur Wikipedia.
– L’article sur le livre « La Supplication » de Svetlana Alexievitch sur Wikipedia.

Commentaires

1. Le mardi 5 juillet 2016, 06:18 par uffca.ca

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