Contre la montée du fascisme et de l'abstention, a-t-on tout essayé ?

Je vais le dire une dernière fois encore : le résultat électoral du Front National, au premier tour comme au second tour des élections régionales 2015, ne doit pas être une surprise. Cela s’est produit comme prévu et il faut cesser de nous en étonner, voire de nous en offusquer.C’est nous, la manière dont nous avons conduit la vie politique, ou l’avons laissé conduire (et qui fait de nous des complices ?), qui en est la cause. Pour tout vous dire, cet article je l’avais commencé au lendemain des élections européennes de 2014. Je vais essayer, après ces régionales catastrophiques, de le terminer et de le mettre en ligne.

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Ce qui n’est pas nouveau, c’est l’important nombre de voix atteint par le FN. Même s’il est le plus élevé jamais obtenu (6,8 millions au 2e tour), il reste en cohérence avec celui des présidentielles de 2012 (6,4 millions) ou des départementales de 2015 (5,14 millions). Ce qui est inquiétant, c’est le résultat d’un travail d’analyse publié dans le journal Le Monde (du 18 décembre 2015) intitulé « Reports de voix, abstention : le comportement des électeurs passé au crible ». Dans cet article, le quotidien nous apprend qu’au « total, ce serait donc 8,94 millions d’électeurs qui ont voté FN à au moins un des deux tours [...] laissant présager, s’il se confirme, un nouveau record électoral de Marine Le Pen à l’élection présidentielle. »

Ce qui n’est pas nouveau, c’est aussi le taux d’abstention important (50,09 % au 1er tour) qui est du même ordre de grandeur que celui du 1er tour des régionales 2010 (53,64 %). Le record en la matière reste le 1er tour des départementales de 2011 (55,68 %) ou les élections européennes de 2009 (59,37 %). Le même article du Monde (déjà cité) nous apprend qu’il « y a un chassé-croisé des électeurs [abstentionnistes] : certains ont voté au premier tour et pas au second et inversement. Concrètement, 14 % des inscrits n’ont participé qu’au premier tour, 22,5 % qu’au second, et 36 % ont voté aux deux. Ce qui laisse un socle stable de 27,5 % d’abstentionnistes pour les deux tours. » C’est certainement parmi ce socle que l’on va retrouver — et c’est aussi une nouveauté — le nombre important d’abstentionnistes qui assument, expliquent et revendiquent leur acte comme l’expression d’une opinion politique. Ces abstentionnistes ne sont pas de simples « pêcheurs à la ligne ».

Enfin, ce qui est nouveau également, c’est le mauvais score des candidats représentant ce que l’on appelle la « gauche de la gauche », cette gauche que l’on dit radicale. Nous pensions tous que l’échec du PS dans la politique libérale conduite, la déception de ce peuple de gauche trahi par les promesses de Hollande, allaient conduire à une prise de conscience. Nous, la « gauche extrême », porteuse d’une politique alternative, nous devions tout naturellement sortir grandis de cette situation. Ne sommes-nous pas les seuls à combattre ce système politique libéral qui en est la cause ? Et pourtant ce ne fut pas le cas ! Il est vrai que nos organisations se sont présentées en ordre dispersé, avec des regroupements particulièrement incohérents selon les régions. Une seule exception peut-être, la région Midi-Pyrénées–Languedoc-Roussillon (Occitanie ?), où l’apparente unité (Front de Gauche, EELV, etc.) a donné un début d’espoir et un pas trop mauvais résultat.

Cela m’amène à penser que ce désastre pourrait être imputé à la manière dont nous concevons la vie politique, avec ce mode de gouvernance qui ne repose que sur la démocratie représentative. Or, dans la réalité le « personnel politique », est discrédité, incapable qu’il est de redonner du sens à l’exercice « politique » dans l’acception la plus généreuse qui soit.

Les élus ont, de plus en plus, une image exécrable.

  • Tous ne sont pas financièrement corrompus, mais il faut le reconnaître, certains le sont ! Par ailleurs, leur soif de pouvoir est incommensurable. Pour gagner, tous les coups sont permis, toutes les combines sont admises, la « fin justifiant les moyens ». Ils nous expliquent que quand on veut changer la politique de son pays, il faut bien être élu et accepter de gouverner. Pour ce faire, il faut s’en donner les moyens et savoir passer des compromis. Et du compromis à la compromission, il n’y a bien souvent qu’un pas !
  • Une fois élus sur la base de toutes les promesses que vous voudrez bien entendre, ils vont entrer en action. Et là, ils sont alors confrontés à ce qu’ils appellent le « dur monde de la réalité » (mais aussi aux différents lobbies). Et cette réalité là va rapidement entrer en conflit avec leurs promesses. Commence alors la période des concessions et son corollaire le reniement. Les excuses sont habituelles : « On ne pouvait pas faire autrement » ou « c’était ça ou le chaos ! »
  • Alors comme cela, avant de se présenter, ils ne connaissaient pas la réalité du système en place ? C’est pourtant simple, cela s’appelle « oligarchie », ce qui signifie que le pouvoir est dans la main d’un « petit groupe de personnes ». Il est confisqué par une petite partie : les plus riches qui possèdent les rênes de l’économie mondiale. Comme vous le constatez, je n’ai pas utilisé le terme de « ploutocratie ». Parce que, soyons francs, nos élus sont souvent, «à l’insu de leur plein gré », en train de conduire une politique au service de cette minorité.
  • Ce système s’est emparé du pouvoir et, par bien des côtés, nous ne sommes plus dans une « vraie démocratie ». Nos représentants, pas plus à leur issue que pendant la durée de leurs mandats, ne rendent de comptes à leurs électeurs. Mais cela ne les empêche pas de les solliciter à nouveau. Nous connaissons parfaitement les deux dérives possibles : les mandats à répétition et le cumul des mandats.


Dans ce système, il me semble manquer un acteur, le « citoyen » qui devrait passer du rôle de simple « électeur » (de plus en plus abstentionniste), à celui de « citoyen ».

  • Ce citoyen, on doit bien évidemment lui demander directement son avis par des « votations » et autres référendums. Mais la consultation et le choix faits, il devra être impérieusement respecté. Il ne faut plus jamais reproduire ce qui s’est passé en 2005 avec ce référendum sur l’Europe où les institutions n’ont pas tenu compte de la décision prise.
  • Ce citoyen, quand il vit dans un pays qui n’est pas le sien, doit pouvoir donner son avis et voter, au minimum pour les scrutins territoriaux.
  • Ce citoyen doit aussi pouvoir s’organiser, se regrouper, s’exprimer, manifester son mécontentement en toute liberté. Car s’il est vraiment un citoyen, s’il a une opinion politique et qu’il sait que cette opinion sera respectée (et pas constamment bafouée), a priori il ne se comportera pas comme un « terroriste ».
  • Ce citoyen et les organisations auxquelles il a adhéré, mais aussi les élus auxquels il a demandé de le représenter, doivent, aux différents niveaux (territorial, national, international), pouvoir travailler ensemble et co-décider. À chaque échelon, il doit y avoir une double gouvernance prenant en compte le double système démocratique, représentatif et participatif.
  • Ce double système de démocratie doit pouvoir vivre et des fonds publics le permettre. Les élus et les citoyens actifs doivent être formés et pouvoir consacrer du temps à leurs missions. Cela passe par la mise en place d’un statut spécifique ainsi qu’un allègement adapté de leurs charges de travail.
  • Etc.


Bon, je rêve. Il va falloir que je potasse ce que les autres ont aussi écrit sur ces questions.

J’y retourne immédiatement.

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