À la veille de la COP21, le lobby automobile obtient de l’Europe un assouplissement des limites de pollution des véhicules diesel.

Dans un premier temps, c’est le scandale Volkswagen qui éclate. Ce géant de l’industrie automobile trichait, par l’utilisation d’un logiciel caché, sur la réalité des émissions de gaz polluants de plus de 11 millions de ses véhicules. Ce scandale a permis de lever le voile sur des pratiques qui ne concernaient pas seulement le géant de l’automobile allemande, mais la majorité des fabricants européens. Ainsi, une fois encore, les conséquences sanitaires et environnementales de cette politique du « tout voiture » et des moteurs diesels en particulier ont été mises au grand jour.

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Conséquences sanitaires, car ce sont pour nous des mois de vie perdue, des incapacités, et pour notre système de santé des coûts faramineux. L’euro-député vert Yannick Jadot, dans un article sur Médiapart, estime à près de 100 000 le nombre de décès prématurés causés par le diesel en Europe. Mais aussi conséquences environnementales et climatiques désastreuses : le transport automobile ne vient-il pas en tête des émetteurs de gaz à effet de serre dans le secteur des transports, avec au total 15 % à lui seul des émissions de l’Union européenne.

Tout cela étant sur la place publique, on pouvait espérer que pour un temps le lobby automobile ferait profil bas, pas de quoi pavoiser en effet ! Que nenni !

Pour mémoire, la norme Euro-6, mise en œuvre par la commission européenne avait limité à 80 mg/km les rejets de NOx (oxydes d’azote) pour les véhicules diesel lors des tests en laboratoire (il n'est que de 45 mg/km aux États-Unis !). Apprenant que les constructeurs automobiles trichaient, l’Union européenne souhaitait revoir ces limites tout en imposant des mesures, non plus en laboratoire, mais en condition de conduite réelle. Une commission représentant les 28 États s’est réunie et le 28 octobre dernier le résultat est tombé.

D’une part, l’Union européenne ne mettra en œuvre les tests en « situation réelle » qu’au 1er janvier 2017. D’autre part, à cette date, les automobiles ne devront pas lors de ces tests rejeter plus de 2,1 fois le plafond autorisé en Europe de 80 mg/km de Nox, soit 168 mg/km (11O % d’augmentation) ! Au-delà de 2020, les constructeurs seront encore autorisés à dépasser cette limite de 50 %, soit 120 mg/km.

Beau cadeau de nos politiques (dans ce cas, ce sont bien les États qui ont pris la décision et pas un groupe de technocrates) au lobby de l’automobile. Le chantage à l’emploi a dû fonctionner à fond pour un secteur industriel en crise qui, ces dernières années, a bénéficié en Europe de plusieurs dizaines de milliards d’euros d’aides publiques (4 milliards d’euros de prêts bonifiés pour Volkswagen ces 10 dernières années).

Comment les gouvernements européens, et la France en particulier, peuvent-ils encore à quelques semaines de la COP21, participer à de telles mascarades et mettre en œuvre des politiques laxistes et, par certains côtés, criminelles ?

En tout cas, les Français, eux, sont sans illusion sur la réalité de l’influence du lobby automobile sur les politiques européennes ! Un sondage de l’institut ODOXA, pour le journal Le Parisien, publié ce 1er novembre est à ce titre intéressant (même si par certains aspects il est déprimant !). À la question : « L’Union européenne vient d’annoncer que les seuils d’émission de gaz polluants des moteurs diesel allaient être assouplis lors des tests des véhicules. Vous, personnellement, pensez-vous plutôt que... » 76 % des personnes interrogées, parfaitement lucides et sans illusions, pensent que « L’Union européenne a cédé au lobby des constructeurs automobiles »

À noter encore le réalisme de nos concitoyens sur le caractère nocif des moteurs diesel. Dans le même sondage ODOXA cité ci-dessus, 61 % des personnes interrogées sont d’accord avec l’idée qu’ils sont « polluants » et même 56 % qu’ils sont « dangereux pour la santé ». C’est manifestement le seul aspect de son prix particulièrement avantageux qui permet au diesel de survivre.

Le laxisme, le productivisme et la logique du marché ne peuvent servir de solutions. Ils sont même à la source de nos problèmes. D’autres politiques, cohérentes et créatrices d’emplois, basées sur un large éventail de mesures pourraient changer la donne : arrêt de la motorisation diesel et forte taxation de ce carburant, déploiement d’une offre fine et cohérente de transports en commun, auto-partage, mise en œuvre sur le marché de voitures à très basse consommation, utilisation d’autres sources d’énergie (électricité, carburants alternatifs, etc. ?), mise en place d’aides pour les pratiques vertueuses, mais taxation lourde des pratiques sortant des logiques de sobriété, etc.

Encore une fois, cette Europe libérale aux bottes du capitalisme a montré sa vraie nature : laxisme et recherche du profit pour les plus riches. Quand les citoyens reprendront-ils la main ?

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