Une surenchère dans l'agriculture : passé les bornes, il n'y a plus de limites !

Vous aviez aimé la ferme des 1 000 vaches ? Vous aimerez celle des 2 000 animaux ! L'agriculture productiviste française n'a pas dit son dernier mot et reste capable de grande folie. Pourquoi être raisonnable ? La Chambre d'Agriculture de l'Indre n'est-elle pas le maître d’œuvre de ce projet un peu fou et parfois imprécis ? En tout cas nous voilà donc face à un nouveau GPII (grand projet imposé et inutile), à une nouvelle ZAD (zone à défendre) !

2000-animaux-a-monts_20150126.jpg

La ferme dont nous parlons est exploitée sous forme d'un GAEC « de la Tardivière » par nos « gentils » frères, tous trois agriculteurs, qui souhaitent accroître leur exploitation. Le tableau ci-dessous donne une idée de l'importance de ce projet.

Actuel

Projeté

Vaches laitières

200

420

Chèvres

910

910

Chevrettes

350

350

Taurillons

50

210

Génisses

?

140

Total

1510 (?)

2030

J'aimerais sommairement en faire le tour et vous dire que cette « belle » exploitation rejettera quelque 3 300 tonnes de fumier et 10 600 m3 de lisier. Pour éliminer tout cela, nos agriculteurs ont besoin de les épandre sur 900 hectares de champs et de prés (un peu plus que la superficie de la ville de Sevran !). Ces terrains sont situés sur sept communes, dont la plus éloignée est à 20 km, en zone humide qui plus est. Pour abreuver leurs 2 000 herbivores, les propriétaires vont créer un nouveau forage d'alimentation en eau (mais on ne dit pas comment) et abandonner le forage existant (là non plus on n'explique pas comment). Pour conclure cette courte présentation, je précise qu'ils se proposent de créer UN seul et unique emploi !

Le commissaire-enquêteur émet un avis favorable à ce projet, refusant de s'exprimer « pour ou contre l'industrialisation de l'agriculture .../... et le mode d'élevage retenu ». Il considère en effet que ces aspects « relèvent plutôt d'un débat de société portant à la fois sur l'économie, le mode de vie et le type de société », et ça, ce n'est pas son problème d'enquêteur !

Dès que ce délirant projet a été déposé, les langues se sont déliées et les oppositions se sont construites. La commune de Monts, en particulier, a émis un avis défavorable. Aux associations locales se sont jointes diverses organisations politiques et syndicales (Sud, la Confédération Paysanne, etc.).
Sur son site internet, la Confédération Paysanne nous explique les raisons de ce projet : « Avec la fin des quotas laitiers en avril prochain, combien de fermes usines vont pousser dans nos campagnes ? » Ce projet est « représentatif de la course qui s'engage vers l'industrialisation de l'agriculture. » Les trois frères associés dans ce GAEC se considèrent comme « les sauveurs de la déprise laitière en Touraine ». L'arrêt des quotas leur donne des ailes...

Hervé Bedouet et Frédéric Gervais, éleveurs laitiers en Indre-et-Loire, expliquent dans le journal Politis : « Ici, comme dans la Somme, la question est simple : peut-on accepter la disparition de quatre exploitations de cinquante vaches laitières au profit d'un tel projet ? Et ici comme dans la Somme, les citoyens présents à la manifestation de Monts (qu'ils soient paysans ou non), ont répondu haut et fort : pour des territoires vivants, pour l'emploi, pour l'environnement, pour la qualité de l'alimentation, il vaut mieux des paysans nombreux et bien répartis plutôt que quelques fermes usines ! »

En 2012, la France comptait 3,6 millions de vaches laitières dans 69 862 exploitations, pour une production moyenne annuelle de près de 350 000 litres chacune. Ce sont essentiellement des fermes familiales avec des troupeaux de 52 vaches en moyenne, mais leur nombre baisse régulièrement depuis une dizaine d'années. En parallèle, le nombre de litres produit par vache ne cesse d'augmenter : 6 800 litres de lait par vache et par an en 2012 contre 5 700 en 2000. Actuellement, la France produit de l'ordre de 24 milliards de litres dont seulement 1,9 % est issu de l’agriculture biologique. Sur 10 litres collectés en France, 4 sont exportés (pas seulement sous forme de lait).

Les liens :

  • L'ensemble du dossier sur le site de la préfecture d'Indre-et-Loire

Commentaires

1. Le jeudi 29 janvier 2015, 21:44 par Web

On est bien loin de l'agriculture durable (on dit maintenant agro-écologique) qui met en avant économie, social et ... environnement.
De plus imagine-t-on dans des projets comme celui là la question de la transmissibilté des exploitations qui se posera inévitablement un jour ?
Cela dit je côtoie pas mal d'agriculteurs plutôt attachés à des modèles raisonnables. Par exemple, 80 d'entre eux sont venus récemment écouter certains de leurs collègues qui, même s'ils ne sont pas tous en bio, réfléchissent (et agissent) autour de l'herbe, de l'autonomie, de respect du sol, etc. C'est ça aussi l'agriculture d'aujourd'hui.

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