Qu’ils soient membres du FdG ou de l’UMP, tous les élus du SIAEP de Tremblay / Claye-Souilly sont d’accord pour une gestion privée du service de l’eau !

Je sais, les lecteurs de mon blog seront choqués en découvrant le titre de ce billet ! Il n’a rien compris ! Comment est-ce possible que des élus du Front-de-Gauche puissent, en parfait accord avec la droite, commettre ce choix ? Comme vous cher lecteur, je suis révolté par cette décision prise dans la plus grande discrétion ce jeudi 9 octobre dernier (il faut l’admettre dans un premier temps j’étais plutôt déprimé). Notez, lecteur habitant de ce territoire, que si vous n’êtes pas au courant de ces décisions concernant la gestion de cette eau que vous payez, vous êtes en droit de vous demander pourquoi l’on a voulu être si discret sur ce point.

Dans un premier temps, je vais revenir un peu en arrière. La délégation de service public du syndicat intercommunal d’alimentation en eau potable (SIAEP) de Tremblay-en-France / Claye-Souilly (Villepinte, Tremblay-en-France, Mitry-Mory, Claye-Souilly, Compans, Annet-sur-Marne, Fresne-sur-Marne et Jablines) se termine en 2016. L’actuel affermage de 12 ans faisait suite à une concession de 30 années. Ainsi, depuis 1974, Veolia est l’unique délégataire de ce service !

Juste avant les élections municipales, l’association à laquelle j’appartiens (la Coordination Eau Île-de-France) s’était adressée à tous les candidats, en attirant leur attention sur le fait que le syndicat (SIAEP TC), s’orientait très certainement « vers la délégation de service public sous la forme juridique d’un affermage », crainte fondée sur un texte technique, qui laissait clairement entendre cette intention. Certes, les choses pouvaient encore changer, les élections n’avaient pas eu lieu et la nouvelle direction politique du syndicat n’était donc pas en place. En tout cas, la coordination, engagée en faveur de l’eau bien commun et du droit humain à l’eau, rappelait alors qu’elle estimait que la gestion de ce service devait être publique (et non privée) et se faire sous le contrôle citoyen des usagers. Même si à l’époque j’avais pu intervenir dans le meeting de 2 candidats (FdG à Tremblay et UMP à Villepinte), manifestement, notre propos n’avait pas été entendu.

La nouvelle équipe issue des élections a donc repris le dossier provisoirement mis de côté et a avancé dans la procédure à marche forcée et dans la plus grande discrétion. Ainsi le jeudi 25 septembre dernier la réunion de la commission consultative des services publics locaux (CCSPL) avait à débattre sur le futur mode de gestion du syndicat. Le rapport présenté concluait (comment s’en étonner) à une délégation de service public sous la forme juridique d’un affermage, jugée plus intéressante que la gestion publique. Le seul représentant de la société civile présent(non élu et représentant ATTAC) s’est bien entendu exprimé contre ce projet et pour la gestion publique. Il était le seul.

La dernière phase de la procédure était donc cette réunion du comité syndical qui se tenait le 9 octobre en vue d'entériner la décision de continuer dans la gestion privée de ce service public. Ayant eu connaissance de cette réunion décisive le lundi (pour le jeudi) quelques amis et votre serviteur ont essayé de mobiliser un maximum de militants pour, peut-être pas infléchir, mais au moins montrer notre désapprobation de cette mascarade de démocratie. Au total nous étions 10 personnes dans le public : trois militants du MNLE, une élue de la majorité de Tremblay-en-France, un élu de l’opposition de Claye-Soully, un ancien maire adjoint de Villepinte, trois militants d’Ensemble! et votre serviteur. En tout cas, c’était la première fois dans la vie de ce syndicat qu’il y avait du public dans la salle de réunion d’un comité syndical !

Quand la séance commence, il me semble bien (mais je ne peux l’affirmé n’ayant pas été assez attentif sur les pouvoirs donnés) que la gauche était exceptionnellement majoritaire (rappelons que la majorité est théoriquement à droite avec un président de gauche). En tout cas, dans les présents, on compte 5 élus de gauche (FdG et PS) et 4 de droite (UMP et divers). Après avoir traité quelques questions d’intendance, le choix du futur mode de gestion est introduit par le Président (FdG). Grande surprise de ma part, celui-ci tenant un discours parfaitement conforme au propos traditionnellement tenu par la Coordination Eau Île-de-France. Il affirme que l’eau est un bien commun, qu’il ne peut y avoir marchandisation, qu’il est pour un grand service public de l’eau, etc. sauf que pour ce qui est du syndicat qu’il préside, c’est trop compliqué ! En parfaite contradiction avec les propos très politiques de son introduction, il conclut en proposant à l’assemblée délibérante de retenir la privatisation du service ! Ben voyons !

Le Maire de Compans (FdG), délégué de sa commune sera le seul à critique franchement cette position. Il en profite pour allumer le bureau d’études Merlin retenu par le syndicat pour rédiger le rapport technique et financier préparatoire à la décision. D’après lui, le cabinet Merlin semble avoir un passé chargé, tant est importante sa propension à être présent dans les opérations de privatisation du service (Carignon à Grenoble entre autres). Bon début, mais il conclut son propos en disant qu’il s’abstiendra ! Dommage ! Intervention tout aussi gênée du représentant de Mitry-Mory (FdG) qui n’apprécie pas ce choix, mais votera en accord avec la décision du président, en insistant, comme vague excuse, sur la spécificité locale. Dans la lignée du propos du président, un second représentant de Tremblay-en-France (FdG) tiendra un propos enflammé sur les enjeux que représente l’eau, bien commun et conclura, lui aussi, par une pirouette à la privatisation du service. Le représentant de la ville de Claye-Souilly (UMP) est clair, la gestion privée va permettre de redresser la situation (tiens le service était-il mal géré par Veolia ?) et faire les investissements nécessaires. Quant aux deux représentants de Villepinte, arrivés en retard, après avoir admis que ces questions sont nouvelles pour eux et qu’ils n’y connaissent rien, ils sont d’accord avec la proposition d’une délégation de service public.

La messe était dite : une abstention et tous les autres votes pour, cela s’appelle (désolé pour le maire de Compans) une unanimité ! En complète contradiction avec ce que disent leurs organisations politiques, les élus Front-de-Gauche se sont donc prononcés POUR la gestion privée et le seul à avoir été critique s’est ABSTENU ! Pourquoi aucun d’entre eux (comme de toute manière ils sont MINORITAIRES et que la décision se prendra quoi qu’il arrive sans eux), n’ont-ils été -avec du panache- contre cette privatisation ? Pourquoi ont- ils porté cette politique libérale de privatisation du service de l’eau, qu’eux même déclarent « bien commun ».

Sans prendre en compte les étiquettes politiques, il faut admettre que le choix d’une gestion privée n’a rien de naturel. Des élus de tous bords la remettent aujourd’hui en cause au nom d’une saine gestion des finances publiques, à l’instar par exemple du maire de Nice !

Enfin, il me semblait que ce renouvellement devait être l’occasion d’un vrai débat démocratique largement ouvert aux citoyens et à leurs associations. Comment, quand on est démocrate, ne pas impliquer plus largement les usagers du service et limiter leur participation à cette mascarade de démocratie participative que sont les réunions de la commission consultative des services publics locaux, minimum légal prévu par la loi ?

Pour conclure mon propos, j’aimerais bien comprendre ce que cache cette compromission qui va placer Veolia pour 12 ans encore (jusqu’en 2028) comme gestionnaire de l’eau dans ce territoire. Quelqu’un a des idées ?

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