Avignon IN : La imaginacion del futuro

La manière la plus folle de finir cette édition 2014 du festival IN, était certainement d'assister au dernier jour de notre séjour au spectacle de Marco Layera « La imaginacion del futuro ». En voilà un spectacle déjanté, complètement foutraque que, personnellement, j’ai bien aimé ! Il faut vous dire que j’avais déjà vu un spectacle de cette compagnie au théâtre des Abbesses : « Tratando de hacer una obra que cambie el mundo » dans lequel cinq jeunes gens, terrés dans un souterrain depuis la fin du régime de Salvador Allende et coupés de l'actualité, imaginent toutes sortes de plans pour améliorer la société.

La imaginacion del Futuro au cloître des Carmes

Dans une suite logique, « La imaginacion del futuro » part de l'hypothèse que le discours que Salvador Allende prononce le 11 septembre 1973 du palais présidentiel de la Moneda, sous les attaques des troupes de Pinochet, n'est pas transmis en direct, mais est enregistré, pour être diffusé plus tard. Effectivement, entouré de ministres et de conseillers, il va devenir possible de modifier la tonalité du propos et de sauver la situation. Il suffirait de jouer sur les objets symboliques qui l'entourent, le décor du fond, la couleur de cravate du Président, mais peut-être aussi sa tenue vestimentaire. Dans cette première étape et dans cette situation irréelle sera dénoncé le côté artificiel et manipulateur de ces pratiques.

Dans un théâtre, tout est possible, et l’on trouvera bientôt une argutie (par exemple la nécessité d’une sieste du Président) pour sortir du cadre et s’autoriser une première série de dérapages... Puis une seconde série quand les ministres vont découvrir ce qu'ils vont pouvoir tirer de l’usage d'une substance euphorisante... Et ainsi de suite. Certes, cela n'entraîne pas un développement rigoureux de l'histoire, mais ce n’est pas très grave, car cela permet au metteur en scène d’aborder nombre de sujets qui n’ont pas obligatoirement de rapports avec celui du départ.

Ainsi ils vont pouvoir nous parler d’un jeune chilien pauvre et en grande précarité et lancer une quête dans le public. Comme, de bien entendu cela ne marche pas, on dévie sur la question de l’appel à la générosité organisée pour pallier les politiques publiques inefficaces. Ils vont aussi pouvoir délirer sur la montée du FN en France et plus particulièrement le cas Marine Le Pen. Le pilonnage de Gaza par l’armée du régime de Benyamin Netanyahou ne sera pas épargné, etc.

En fait beaucoup de provocation dans cette pièce... À ce jour, deux articles seulement de critiques de théâtre sont parus, tous deux aux titres accrocheurs. Dans le journal le Monde du 19 juillet, Brigitte Salino intitule le sien : « Marco Layera déboulonne la statue de Salvador Allende ». Quant à Patrick Sourd de l'hebdomadaire « les InRockuptibles », qui manifestement n'a pas aimé, il titre avec ce jeu de mots « La imaginacion del futuro, le négationnisme servi sur le plateau ». Il commence son article avec ces mots : « Ni drôle, ni jeune, ni témoignage d’une vraie révolte, les élucubrations obscènes du Chilien Marco Layera cachent mal une perversité politique totalement contre-productive. » Comme le constate la journaliste du Monde, face à ce « spectacle inconfortable, électrisant et horripilant » le public est resté coi : « le soir de la première, vendredi 18 juillet, au Cloître des carmes à Avignon. Personne n’a bronché, pas même le monsieur devant qui une comédienne s’est mise nue, lui proposant une fellation, afin de le convaincre de donner de l’argent pour payer les études d’un adolescent pauvre exhibé sur le plateau. » Qu'elle se rassure c'était la même chose, le lendemain, à croire que ce monsieur était aussi un acteur !

Pour ma part, même avec ses scènes pour le moins agressives, j'ai bien aimé ce spectacle dérangeant, mais éminemment politique. Un reste de gauchisme non traité depuis les années soixante-huit ?


Distribution.

Acteurs :

  • Diego Acuña,
  • Benjamín Cortés,
  • Carolina de la Maza,
  • Ignacio Fuica,
  • Pedro Muñoz,
  • Carolina Palacios,
  • Rodolfo Pulgar,
  • Sebastián Squella,
  • Benjamín Westfall.


Mise en scène : Marco Layera.
Texte : La Re-sentida
Scénographie : Pablo de la Fuente
Vidéo : Karl-Heinz Sateler
Musique : Marcello Martínez
Assistanat à la mise en scène : Nicolás Herrera

Commentaires

1. Le mardi 5 août 2014, 18:48 par Detenida desparecida

Pour moi, Chilienne et (sur)vivante au Chili ultra néolibéral, ce spectacle est un amas de fascisme facile, un vomi de fils de riches, pistonnés par a Fondation FITAM (boîte de production privée au pouvoir au sein du Ministère de la Culture chilienne).

Il chie sur la Mémoire de ceux que l'on continue à nier dans ce pays fasciste et vendu au système. Si vous, les Français, êtes tombés dans le panneau, c'est que l'extrême droite chez vous est encore plus profonde de ce qu'expriment vos élections.

Bien à vous, une Chilienne anonyme et sans aucune importance.

2. Le mardi 5 août 2014, 19:03 par René Durand

Bonsoir camarade chilienne,

Tout d'abord, merci pour ce commentaire.

Oui ce spectacle est dérangeant et pour ma part je comprends que les démocrates chilien(ne)s très impliqué(e)s dans cette histoire aient été perturbés.

J'ai, en ce qui me concerne trouvé ce spectacle plus gauchiste que fasciste (genre Charlie / Hara-Kiri). Je vais me renseigner sur cette boîte de production FITAM (Fondacion Teatro A Mil) http://www.fitam.cl

Très amicalement

René Durand

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