Théâtre Avignon IN : Orlando ou l’impatience, d’Olivier Py

En ce 14 juillet, j’ai assisté à l'un des trois spectacles qu’Olivier Py présentait à ce 68ème Festival qui est aussi son premier festival comme directeur. De ces trois spectacles, celui-ci était l’unique création. Il s’était gardé le nouveau lieu du Festival, la « FabricA » qui sera un lieu de développement de l’activité théâtrale implanté dans un quartier sensible de la ville.

Le plateau avant le spectacle...

Pour être clair, je n’ai vraiment pas envie de vous parler de ce spectacle verbeux et peu intéressant d’Olivier Py. Dans ce qu’il appelle une comédie autobiographique, il traite bien entendu de sa relation à la politique et à sa foi catholique. Même sa critique du ministre de la Culture (Frédéric Mitterrand ?) qui est parfois drôle m’a semblé utiliser tous les poncifs possibles. Une heure de ce type de spectacle serait supportable, mais trois heures trente c’est beaucoup trop !

Je suis parti à l’entracte.

Par contre, je vais profiter de cet article pour reproduire le texte d’un discours prononcé devant l'Assemblée Nationale par Victor Hugo en 1848, qui a été lu par les intermittents en début de spectacle.

Le seul propos politique pertinent de ce spectacle.

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Personne plus que moi Messieurs, n'est pénétré de la nécessité d'alléger le budget. J'ai déjà voté et je continuerai de voter la plupart des réductions proposées, à l'exception de celles qui me paraîtraient tarir les sources mêmes de la vie publique, et celles qui, à côté d'une amélioration financière douteuse, me présenteraient une faute politique certaine. C'est dans cette dernière catégorie que je range les réductions proposées par le comité des finances sur ce que j'appellerais le budget spécial des lettres, des sciences et des arts.

Que penseriez vous, messieurs, d'un particulier qui aurait 500 francs de revenus, qui consacrerait tous les ans à sa culture intellectuelle, pour les sciences, les lettres et les arts, une somme bien modeste : 5 francs, et qui, dans un jour de réforme, voudrait économiser sur son intelligence six sous. Voilà, Messieurs, la mesure exacte de l’économie proposée. Eh bien ! Ce que vous ne conseilleriez pas à un particulier, au dernier des habitants d'un pays civilisé, on ose le conseiller à la France.

Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand. Ce système d'économies ébranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du développement de la pensée française. Et quel moment choisit-on ? C'est ici, à mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commentant. Le moment où elles sont plus nécessaires que jamais, le moment où, loin de les restreindre, il faudrait les étendre et les élargir. Eh bien ! Quel est, en effet, j'en appelle à vos consciences, j'en appelle à vos sentiments à tous, quel est le grand péril de la situation actuelle ? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misère. L'ignorance qui nous déborde, qui nous assiège, qui nous investit de toute part. Et c'est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu'on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l'ignorance !

On pourvoit à l'éclairage des villes, on allume tous les soirs des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu'il faut allumer des flambeaux pour les esprits ?

Un mal moral, un mal moral profond nous travaille et nous tourmente. Ce mal moral, cela est étrange à dire, n'est autre chose que l'excès des tendances matérielles. Eh bien, comment combattre le développement des tendances matérielles ? Par le développement des tendances intellectuelles, il faut ôter au corps et donner à l'âme. Quand je dis il faut ôter au corps et donner à l'âme, vous ne vous méprenez pas sur mon sentiment. Vous me comprenez tous, je souhaite passionnément, comme chacun de vous, l'amélioration du sort matériel des classes souffrantes, c'est là, selon moi, le grand, l'excellent progrès auquel nous devons tous tendre de tous nos vœux comme hommes et de tous nos efforts comme législateurs. Eh bien ! la grande erreur de notre temps, a été de pencher, je dis plus, de courber l'esprit des hommes vers la recherche du bien-être matériel, et de le détourner par conséquent du bien-être intellectuel. Il importe Messieurs, de remédier au mal ; il faut redresser, pour ainsi dire, l'esprit de l'homme, il faut, et c'est là la grande mission, la mission spéciale du ministère de l'instruction publique, il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste et le vrai, le désintéressé et le grand. C'est là, et seulement là que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société. Pour arriver à ce but, Messieurs, que faudrait-il faire ? Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies. Il faudrait multiplier les maisons d'études où l'on médite, où l'on s'instruit, où l'on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot, il faudrait faire pénétrer de toute part la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd.

Ce résultat, vous l'aurez quand vous voudrez. Quand vous le voudrez, vous aurez en France un magnifique mouvement intellectuel, ce mouvement, vous l'avez déjà ; il ne s'agit pas de l'utiliser et le diriger, il ne s'agit que de bien cultiver le sol. L'époque est une époque riche et féconde ; ce ne sont pas les intelligences qui manquent, ce ne sont pas les talents, ce ne sont pas les grandes aptitudes, ce qui manque, c'est l'encouragement enthousiaste d'un grand gouvernement. Je voterais contre toutes les réductions que je viens de vous signaler, et qui amoindriraient l'éclat utile des lettres, des arts et des sciences.

Je ne dirai plus qu'un mot aux honorables auteurs du rapport. Vous êtes tombés dans une méprise regrettable ; vous avez cru faire une économie d'argent, c'est une économie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignité de la France, je la repousse pour l'honneur de la République.


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Distribution.

Avec :

  • Jean-Damien Barbin,
  • Laure Calamy,
  • Eddie Chignara,
  • Matthieu Dessertine,
  • Philippe Girard,
  • Mireille Herbstmeyer,
  • Stéphane Leach,
  • François Michonneau


Texte et mise en scène : Olivier Py

Scénographie, décor, costumes et maquillage
 : Pierre-André Weitz
Musique : Stéphane Leach
Lumière : Bertrand Killy

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