Fête du Chapîteau Bleu et le régime de l'intermittence

Le 13, mais surtout les 14 et 15 juin dernier se tenait à Tremblay-en-France la maintenant traditionnelle « Fête du Chapîteau Bleu ». L’idée de départ était de faire « rentrer les arts du cirque à Tremblay-en-France » et je dois admettre qu’au bout de la neuvième édition le pari est gagné ! Les artistes du cirque sont venus et sont même restés ! Et c’est très bien comme cela. Au moins un week-end où le « hand-ball » n’est pas au centre de tout et reste à sa place !

La compagnie « Inextremiste » dans son spectacle « Extension »

Ce week-end de spectacle vivant était aussi un moment propice pour reparler du régime chômage des intermittents du spectacle. Notez qu’il s’agit d’un régime et certainement pas d’un statut comme trop souvent on l’entend dire. Les artistes présents n'ont jamais perdu l'occasion de s'exprimer sur ces questions éminemment politiques que sont la politique culturelle en France et l'austérité mise en œuvre par le Medef et son gouvernement.



On évalue à 670 000 le nombre des emplois dans le champ culturel qui ne relèvent pas du régime des intermittents (et donc des annexes 8 et 10), mais du régime général. Pour autant, ces emplois ne pourraient exister sans les 110 000 intermittents. Ces derniers ne sont pas des privilégiés, ce régime spécifique n'est qu'une compensation à la précarité de leur emploi. Quand on est spectateur de la Fête du Chapîteau Bleu, l’on se rend mieux compte de l’importance de ce régime pour la survie des petites compagnies qui nous présentaient leurs spectacles.

Le discours qui transforme les intermittents en boucs émissaires du déficit de l'UNEDIC est scandaleux. Sachant que nos 110 000 intermittents représentent 3,5 % des bénéficiaires des allocations chômage et ne participent que pour 3,4 % aux dépenses de l’UNEDIC. Dès lors, je ne vois pas comment ils pourraient être responsables de son déficit ! Comme pour la justification des politiques d’austérité, il est de bon ton de n’évoquer que les dépenses (qu’il faudrait réduire) sans interroger les recettes qui pourraient être augmentées. Qui aborde par exemple la question des contributions insuffisantes de certains employeurs (notamment dans l’audiovisuel y compris public) abusant de la liberté d’embaucher et de débaucher à volonté des intermittents, et évitant ainsi de créer des emplois moins précaires ?

En tout cas, le combat des intermittents est emblématique, car c’est celui des précaires contre un patronat arrogant. Engagé maintenant depuis plusieurs années, il recouvre un triple enjeu de civilisation : la conception du travail, la place de la culture, la définition de la démocratie.

Mais revenons à notre Fête du Chapîteau Bleu. Je voudrais juste en évoquer quelques spectacles qui m’ont intéressé.

  • La compagnie « La faux populaire le mort aux dents » présentait « Cirque Misère ». Très beau spectacle qui avait l’avantage de donner du contenu et d’aborder des questions sociétales. Ce spectacle, interdit aux tout petits, ne faisait-il pas suite au précédent dénommé « Cirque Précaire » ? Tout un programme donc. Le spectacle provoqua toutefois la colère de quelques femmes voilées qui ne supportèrent pas une scène et sortirent, toutes, avec leurs enfants!
  • « Les Butors » est le dernier spectacle du « cirque Hirsute ». Les deux compères, drôles d'oiseaux avec une parade amoureuse perchée sur une espèce d'échelle rotative ! Rigolo, sympathique et tout public !
  • La compagnie « Inextremiste » présentait pour sa part son dernier spectacle « Extension » (voir photo). Rémi Lecocq (circassien handicapé en fauteuil roulant qui conduisait sa mini-pelle) et ses deux autres compagnons (valides) présentaient un spectacle passionnant et impertinent avec comme accessoire des bouteilles de gaz et des bastaings. Je m’attendais au pire avec ces trois foldingues, mais j’avais largement sous-estimé leurs capacités d’invention (y compris la fausse chute de décors sur le public !) La totale pour un spectacle toujours élégant, qui pourtant décoiffait mais nécessitait une compréhension au « second degré » par le spectateur !
  • Le « Collectif AOC » est maintenant très connu. J’avais eu la chance de voir d'autres spectacles de cette compagnie de 6 artistes qui s’est créée à l’issue de leur scolarité au CNAC (Centre National des Arts du Cirque). « Les vadrouilles » nous emmenait en balade au cœur du Vieux-Pays en quatre lieux : trapèze dans le square devant Malraux, mât chinois devant le monument aux morts, fil de fer dans la cour de la ferme du Château et enfin trampoline devant l’église Saint-Médard (voir photo). Le point fort de ce spectacle c’était la qualité des numéros tous magnifiques, le point faible me semble le besoin qu’ils ont eu de raconter une historiette souvent stupide et inventée comme on nous l'indiquait au final, au droit de chacun de ces quatre lieux.


En tout cas une belle cuvée que cette neuvième édition de la Fête du Chapîteau Bleu.

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