La planète en a rêvé, elle le fait !

Je suis souvent intervenu dans ce blog sur la nécessité de mettre en place des circuits courts pour nourrir les habitants de nos métropoles. Il faut, affirmais-je, maintenir des terres agricoles autour et à l’intérieur des zones urbaines, pour produire ce qui sera consommé dans le tissu urbain. Inutile de tout faire venir du reste de l’Europe (nos champignons de Paris viennent de Pologne, nos fraises de Belgique, nos légumes de Hollande, etc.) Ce n'est pas une réflexion d'europhobe, c'est celle de toute personne sensée qui souhaite limiter nos émissions de gaz à effet de serre.

Maintenir des terres agricoles est une chose, trouver des agriculteurs pour les exploiter en est une autre. La chose est compliquée en région Île-de-France. Tout d'abord la formation pour ce type de métier est certainement trop « discrète », bien que possible et accessible à tous. Reste la motivation pour se lancer dans ce type d’aventure. Elle ne doit certainement pas manquer pour aboutir. En effet, les obstacles à franchir sont nombreux. Il est certain que la crainte de voir ses installations agricoles se faire casser, la crainte de voir sa production volée sont des freins. Même si, là aussi, la réalité ne doit pas être confondue avec le fantasme. Plus important me semble être le manque de reconnaissance de ce genre de métier, l’absence d’image positive qui doit en arrêter beaucoup. Qu’est-ce que tu fais dans la vie : « je produis des légumes... » ; « Ah, t’es un bouseux alors ? »

Ces premières conditions, pourtant essentielles, étant supposées résolues, il convient de mettre en place des filières en amont pour que notre exploitant(e) puisse se fournir (en matériel et fourniture), mais aussi en aval pour écouler sa production... Cette chaîne, cohérente, est indispensable pour que la « mayonnaise prenne ». On peut facilement envisager que cela est plus simple en province où existent encore de nombreux marchés de producteur. Dans nos banlieues il n'y a en a presque plus. Dans mon secteur seul le marché de Villeparisis accueille encore deux (trois, m’a-t-on récemment affirmé ?) cultivateurs-producteurs (le reste des marchands de fruits et légumes étant des revendeurs de produits en provenance de Rungis). Reste toutefois la possibilité de travailler avec une association pour le maintien de l'agriculture paysanne (AMAP), existante ou à créer.

Venons-en à notre agricultrice préférée... Sachez que cette « belle personne » est de formation ingénieur forestier et a travaillé une dizaine d'années dans le domaine de la gestion forestière durable. À un moment de ma vie, j’ai eu le privilège de la recruter dans ma direction et de devenir « son chef » ! Elle a quitté la fonction publique et a souhaité se reconvertir, car dit-elle, « décidée à participer plus concrètement à la mise en œuvre d'actions relocalisées, je renoue avec les productions végétales en choisissant les cultures maraîchères, et en passant un Brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole « maraîchage biologique » en 2013 ».

Son projet est aussi le résultat de la rencontre de trois initiatives convergentes. Premièrement la mise en place d'un parc urbain, dans ses multiples dimensions, par le conseil général du Val-de-Marne, deuxièmement l'action pédagogique et productive d’une association déjà présente sur le site et enfin sa propre reconversion à la production maraîchère biologique.

Sur les parcelles que le conseil général lui loue une exploitation horticole existait. Ceci n'est pas sans intérêt, puisqu’ainsi elle hérite d'un certain nombre d'infrastructures pour travailler : serres, tunnels, réseau d'irrigation et bâtiments de remisage de matériel. Certes, ils ne sont plus en très bon état, mais leur rénovation pourra se faire progressivement. Un arrêté préfectoral fixe pour les différentes productions agricoles une « surface minimum d'installation » (SMI). Pour être assujettie au régime agricole, la surface cultivée doit être au moins égale à une demi-SMI ce qui est le cas.

Son projet consiste à réaliser une production maraîchère diversifiée, telle qu'elle peut se concevoir dans ce contexte pédo-climatique. En première approche elle pense produire une sélection de 37 légumes : ail, aubergine, bette à carde, betterave, brocoli, carotte, céleri-branche et céleri-rave, chicorée, chou de Bruxelles, choux cabus, rouge, -fleur, -rave et de Milan, concombre, courgette, échalote, épinard, fenouil, fève, haricot, laitue, mâche, melon, navet, oignons blanc et jaune, persil, poireau, pois, poivron, pomme de terre, potiron, radis rose et noir et tomate. Dans un premier temps, sa production sera plafonnée à une trentaine de paniers hebdomadaires à distribuer sur 50 semaines. L'objectif est de monter à terme à une cinquantaine de paniers hebdomadaires. Elle souhaiterait ainsi atteindre un chiffre d'affaires de l’ordre de 25 000 € en 2015, qui devrait se stabiliser autour de 40 000 € à partir de 2017.

Son projet se situant résolument dans une logique de relocalisation des productions alimentaires, elle va se diriger vers un mode de commercialisation le plus direct possible, pour créer un lien avec des personnes qui pourront connaître l'origine des légumes qu'ils vont consommer. Elle privilégie donc la possibilité d'approvisionner une Association pour le maintien de l'agriculture paysanne (AMAP) du sud parisien. Elle envisage éventuellement de proposer ses produits sur les marchés du secteur.

Comment conclure cet article ? Encourager cette courageuse femme ? Lui réaffirmer que grâce à des initiatives comme la sienne on peut espérer sauver la planète ? Parfois, quand je suis pessimiste, je me dis qu’il y a quelque chose à voir avec « Sisyphe » dans ce projet. Alors je me mets en colère et « pars en guerre » contre ces grands projets inutiles qui peuplent les délires productivistes les plus fous...

Bravo, ma belle, continue, c'est toi qui as raison !

Commentaires

1. Le vendredi 30 mai 2014, 13:50 par Guy Chassigneux

Je pense qu'il peut exister des sources de revenu et aussi des dimensions pédagogiques très riches à travailler avec des écoles à proximité.

Nous avions participé à l' une des premières fermes pédagogiques du bassin grenoblois avec une soeur Trillat à Seyssinet, puis sur des petits bouts de terre à proximité de l'école: jardin avec radis, et salades (qu'une vioque avait vandalisé), bonne occasion pour échanger, réinventer des kolkhoses...

2. Le samedi 31 mai 2014, 22:53 par Roger Valade

Je ne crois pas que le principal avantage de l'agriculture urbaine soit de raccourcir les circuits de distribution.

D'abord ça ne serait que marginal. Ensuite la spécialisation des régions ne date pas d'hier et suit les progrès, disons les évolutions, des transports. Ainsi c'est au 19ème siècle que les régions françaises ont pu se spécialiser grâce au chemin de fer. Sinon on continuerait à ne manger des pêches de Montreuil ou des asperges d'Argenteuil, mais qui et à quel prix, et les oranges seraient un cadeau de Noël somptueux. Les rois de France avaient, au Moyen Âge, du vin de Coulommiers à leur table, c'était paraît-il une piquette épouvantable.
Bref je trouve cet appel à la proximité, outre irréaliste, régressif.

Par contre je pense que le concept d'agriculture urbaine a surtout un intérêt urbanistique voire éducatif comme le suggère Chassigneux, en aérant les villes, obligeant à repenser l'espace et à densifier, et en y accentuant la diversité biologique (le miel des villes est plutôt plus "sain" que celui des campagnes où l'agriculture intensive règne et les ruches de ville ne se portent pas trop mal, merci pour elles.

Je me souviens que, lors de la campagne municipale 2008, époque où Villepinte Verte avait encore une fonction pour quelques-uns, l'association avait fait comme proposition de transformer les 14 ha de La Pépinière en zone d'agriculture urbaine (sans se prononcer sur le mode de gestion, AMAP ou autre). Je crois qu'on a prêché dans le vide vue la suite en cours de mandat.

Comme quoi nul n'est prophète etc.

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