L'eau et les changements climatiques (suite).

Dans un précédent article (ICI) j'avais évoqué le travail de diffusion en France qu'avait fait Daniel Hofnung de l'ouvrage intitulé : « Water for the recovery of the climate, a new water paradigm ». Michal Kravcík, l'auteur, montrait pour la première fois l’influence de l’eau sur le climat. Il est vrai que pour l'instant les acteurs du changement climatique incriminent souvent exclusivement les émissions de gaz à effet de serre. Et pour ce qui est de l'eau, on aborde ce sujet sous le seul angle des conséquences dudit changement. Il convient maintenant de changer notre vision des choses. Nombreux sont les scientifiques qui pensent que la mauvaise gestion de l'eau, sa surconsommation et son détournement, participent au dérèglement climatique.

Le parc des expositions de Villepinte, un étalage de hangars de d'enrobé

Maude Barlow nous a donné lors de son intervention de septembre 2013 au « Sommet féministe international du climat et de la terre » qui s'est tenu à New York de nombreux éléments de réflexion sur lesquels il me semble important de revenir. Elle défend l'idée que nous avons largement perdu notre rapport naturel à l'eau. Au lieu de la voir comme l'élément essentiel de vie, nous ne la considérons que comme une ressource nous procurant confort, plaisir et profits. Nous la polluons, nous surexploitons à mort nos rivières, et pillons les eaux souterraines plus vite que la nature peut les reconstituer. Des fleuves n'atteignent plus l'océan, des aquifères sont asséchés, les déserts se développent.

Quand l'eau ne peut pas retourner aux champs, aux prairies, aux zones humides et aux cours d'eau suite à l'étalement urbain, aux mauvaises pratiques agricoles, au surpâturage et à la suppression des capacités de rétention d'eau des sols, la quantité réelle d'eau dans le cycle hydrologique local diminue, conduisant à la désertification des terres autrefois vertes. Quand on retire l'eau du sol, le sol se réchauffe et échauffe l'air à proximité.

Je prendrai ci-dessous quelques exemples locaux pour illustrer les pratiques auxquelles nous devons mettre fin.

La première de ces pratiques est le déplacement de l'eau de l'endroit où elle participait à des écosystèmes sains, qui contribuaient à leur tour à des cycles hydrologiques normaux. Ainsi la construction de nos villes et leur aménagement ont eu pour conséquences la canalisation, l'enterrement et le détournement de nos rivières et ruisseaux. En Seine-Saint-Denis par exemple on en dénombrait un grand nombre, au final tous affluents de la Seine ou de la Marne. Quelques noms : le Sausset (8 km), la Morée (12 km), la Vieille Mer (6 km) et le Rouillon (6 km), le ru d’Arras (7 km), le Moleret (4 km), la Molette (10 km), le ru de Montfort (8 km), le ru de Nesle, le ru des Grammonts, le ru de la Malnoue, etc. De tout cela, seule une partie du Sausset reste à ciel ouvert à Tremblay-en-France sur quelques kilomètres. Au titre de sa gestion, elle est considérée comme faisant partie du réseau d’eau pluviale de la Seine-Saint-Denis. Toutes les autres sont canalisées et, elles aussi, sont devenues des égouts d'eaux pluviales et même d'eau usées ! La présence de « l'eau dans la ville », maintenant de plus en plus souhaitée, ne l'est que pour son aspect paysage urbain, élément d’un décor architectural : montrer de l'eau, quitte à utiliser de l’eau potable pour ce faire !

L’essentiel est que cette eau n’apporte pas de désagréments aux urbains que nous sommes devenus ! Nous ne voulons pas être inondés et nous voulons nous promener en chaussures de ville, par temps d'orage, les pieds au sec. Cela se traduit par l’étanchéification des sols de nos rues et trottoirs (mais aussi de nos propriétés privées), par des tuyaux de gros diamètre pour encaisser la crête de l'orage et par de vastes bassins de stockage d'eau de nature à réguler le système et minimiser les risques d'inondation. De temps en temps, pour faire mode on va créer quelques noues, mais rien de systématique. Pourtant il faudra bien admettre qu’il nous faut maintenant changer de façon de faire.

La seconde de ces pratiques est, elle aussi, caricaturale. Permettez-moi de revenir sur deux exemples locaux pour l’illustrer. La logique du profit à court terme, de l’emmerdement minimum et d’un foncier peu onéreux les expliquant.

  1. Le parc international des expositions de Paris Nord Villepinte (voir photos) a étalé à l’horizontale ses parkings. Il est vrai que seulement 30 % de ses visiteurs s’y rendent en transport en commun en raison d’une desserte et d’une gare particulièrement inadaptée. La couche d’enrobé sur la terre à betterave à vil prix est malheureusement pour l’instant la seule réponse technique consensuelle à cette situation. Cela dit les choses évoluent et la société propriétaire a livré son dernier hall avec une toiture végétalisée et fait du lobbying sur la question de la gare.
  2. L’aéroport Paris-Charles de Gaulle, qui avec ses 60 millions de passagers par an, occupe le 7e rang au niveau mondial. En surface, avec ses 3 400 hectares, cet équipement est le plus important d’Europe. La particularité de cet aéroport est de comporter de très nombreuses surfaces imperméabilisées (pistes, voies de circulation et aires de stationnement des avions, aérogares, bâtiments techniques et autres parcs de stationnement pour les automobiles, réseau routier…). Ces surfaces représentent un tiers de la surface de l’aéroport, soit plus de 1 000 hectares. Et, malgré le foncier disponible, après un traitement plus ou moins adapté de l’eau de pluie recueillie sur ces surfaces étanches, pas d’infiltration, tout va dans la Seine ou la Marne.


Vous ai-je convaincu ?
Je dois vous avouer que pour ma part, je suis convaincu. En y réfléchissant j’ai dû tenir en son temps (j’étais alors technicien dans ce domaine de compétence) des propos que je ne tiendrais plus aujourd’hui. Mon problème, c’est qu’aujourd’hui, d’autres les tiennent toujours !

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