Fort de Vaujours : Le profit à tout prix !

Le productivisme, source de richesse et de profit pour un petit nombre est le maître mot de cette Europe, dont, si on en croit les sondages les Français ne veulent pas. Ce productivisme pille nos richesses naturelles, ruine notre santé, détruit nos paysages, casse, pollue. L’opposition qui grandit contre le projet de Placoplâtre de transformer le fort de Vaujours en carrière d’exploitation de gypse (à ciel ouvert) est de ces combats qu’il convient de mener contre ce capitalisme débridé.

Image de la manifestation du samedi 17 mai 2014 devant l'usine Placoplatre de Vaujours.

Le fort de Vaujours, construit à la fin du 19e siècle pour défendre Paris est ensuite devenu un centre de recherches du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et a définitivement fermé ses portes en 1997. Plusieurs mesures de radioactivité ont été mises en œuvre suite à la décision de l’État de vendre le terrain d’emprise. Ce site, lieu d’expérimentation des détonateurs des armes nucléaires françaises de 1951 à 1997, est contaminé par l’uranium, très probablement par le béryllium ainsi que par d'autres substances et matières particulièrement dangereuses dont des munitions non explosées de la Seconde Guerre mondiale. Dans un article du journal Le Monde du 14 juin 2000, un ancien ingénieur du CEA expliquait que « Nous faisions exploser des sphères d'uranium naturel dans des casemates, mais aussi à l'air libre. » Les éclats se dispersaient alors dans le fort, mais partiellement aussi à l'extérieur de l'enceinte de quelque 45 hectares : « quelques kilos d'uranium se sont ainsi retrouvés dans la nature » !

Aujourd’hui l’État, désirant faire quelques profits, a vendu le site à la société Placoplâtre filiale du groupe Saint-Gobain. Celle-ci souhaite prolonger l'extraction du gypse dans des carrières à ciel ouvert dans l’emprise de l'ancien fort, parce que tous les terrains autour ont déjà été exploités et que le sous-sol du fort en contient. Il faut reconnaître que l'extraction à ciel ouvert (et à l'explosif) est pour le moins extrêmement agressive, pour le paysage bien sûr, mais aussi pour la biodiversité. La cavité faite, le gypse exploité, dans les années qui suivent, l'entreprise va la combler avec des remblais provenant des extractions suivantes.

Rien ne doit arrêter la marche en avant de Placoplâtre (Saint-Gobain) et la fabrication de plaques de plâtre. L'usine de Vaujours n’est-elle pas la première usine de transformation de gypse d’Europe ? Pour ce faire, il suffit de nier toute trace de radioactivité sur le site ! Des mesures effectuées de nuit et en toute illégalité par des habitants montraient une radioactivité du site et sa dangerosité ! Qu’à cela ne tienne, il suffit de mettre en avant l'amateurisme de ces mesures ! Mais la réalité est têtue et les services de l’État, au travers de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ont enfin reconnu ce 15 avril 2014 que le site était toujours contaminé à l'uranium. Malgré la reconnaissance officielle de cette contamination, Placoplâtre a commencé la destruction des bâtiments du fort.

Sans protocole validé par les services de l’État, cette « discrète » démolition est réalisée depuis plusieurs semaines par des travailleurs d'une société sous-traitante filiale du groupe Colas. Le personnel de cette entreprise ne semble pas avoir d'autres consignes que de porter de simples masques anti-poussières et d'asperger d'eau les débris comme s'ils détruisaient de simples constructions ordinaires. Ceci n'est vraiment pas un « protocole » de sécurité adapté pour un site présentant de tels risques !

Samedi 17 mai, plusieurs centaines de personnes répondant à l'appel d'associations et d'organisations écologistes se sont mobilisées pour que ce chantier cesse sur-le-champ, que ce projet surréaliste aux portes de Paris soit définitivement abandonné. C'est la santé des travailleurs et des populations qui est en jeu par l'éclatement planifié de cette colline qui surplombe les villes de Vaujours, Courtry, Coubron et Villeparisis.

Et Saint-Gobain dans tout cela ? Les effectifs ouvriers et employés du groupe ont baissé, mais comment s’en étonner ? Par contre, en 2013, il a versé 684 millions d’euros à ses actionnaires contre 646 en 2011. Pour ce qui est de son Président directeur général, Pierre-André de Chalendar, il a encaissé 1,939 million d’euros de salaire annuel en 2012.

Démolissez, cassez, pillez, polluez, et plus si affinité, pourvu que les profits soient au rendez-vous !

Les liens :
Le site de Saint-Gobain.
Le site du collectif « Sauvons la Dhuis ».

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