Divers propos sur l'économie sociale et solidaire

Ce mardi 8 avril, j’ai participé comme président du Parc intercommunal d'équitation du Château Bleu (sous statut de SCIC) à l’assemblée générale de l’Union régionale des SCOP des régions Île-de-France, Haute-Normandie et Centre. D’assister à ce type d’assemblée est assez revigorant dans la mesure où cela vous sort de cette vision marchande de notre système économique et du système des entreprises traditionnelles avec la recherche du profit maximum comme unique moteur.

F. Fagois, directrice de l'Union régionale des SCOP d'IDF lors de l'AG du 8 avril 2014

La notion d’économie sociale et solidaire, un peu à la mode ces derniers temps, est en fait déjà ancienne. C’est en 1847, en Allemagne, que Friedrich Wilhelm Raiffeisen crée une boulangerie coopérative. Plusieurs dizaines d’années plus tard, en 1884, naît l'ancêtre de la Confédération générale des SCOP : la Chambre consultative des Associations Ouvrières de Production. C’est seulement en 1901 que la liberté d'association est reconnue, quant au statut de la coopération il n’est reconnu qu’en 1947.

Mais que désigne-t-on sous le vocable d'économie sociale et solidaire ? Si j'en crois Wikipédia, « L'économie sociale se compose des activités économiques exercées par des sociétés, principalement des coopératives et des mutuelles, ainsi que par des associations. Elle a sa propre éthique » qui comprend un certain nombre de valeurs comme « la primauté de l’homme sur le capital », mais aussi « une finalité explicite au service de la collectivité : intérêt général et utilité sociale » ainsi qu'un « ancrage territorial ou sectoriel ».

En fait l’économie sociale et solidaire se porte bien. Mieux que les entreprises privées !
Si j'en crois le Conseil National des chambres régionales de l'économie sociale (CRES) ce secteur économique représente :

  • 10,3 % de l’emploi français (9,7 % des emplois à temps plein).
  • 13,8 % de l’emploi privé.
  • 2,33 millions de salariés.
  • 57,9 milliards d’euros de rémunérations brutes.
  • 222 800 établissements employeurs.

L’économie sociale et solidaire rassemble les organisations ou entreprises sous statuts d’associations (78,2 %), de coopératives (13,2 %), de mutuelles (5,6 %) et de fondations (3,1 %)

Si l'on restreint notre point de vue, les sociétés coopératives et participatives (SCOP) et les sociétés coopératives d'intérêt collectif (SCIC) de création plus récente (juillet 2001) représentent un poids non négligeable puisqu'on compte 2 165 sociétés coopératives (2 004 SCOP et 161 SCIC). Ce qu'il y a d'intéressant c'est que les SCOP (et SCIC) :

  1. Sont souvent plus performantes économiquement que les sociétés commerciales traditionnelles et ont généralement une durée de vie plus longue.
  2. La structuration du capital les met à l’abri des prédateurs qui demandent des taux de rentabilité toujours plus élevés et à deux chiffres.
  3. Parce que le capital est majoritairement entre les mains des salariés, les SCOP ne se délocalisent pas.
  4. La forme plus démocratique du fonctionnement de l’entreprise coopérative préserve souvent de grosses erreurs et d’aventures hasardeuses.

À noter qu’en Seine-Saint-Denis, il n’y a que 39 SCOP et 3 SCIC (dont le Parc intercommunal d'équitation du Château Bleu).

Clémentine Autain (par ailleurs gérante de la SCOP qui gère les Éditions Regards) explique que « Parce que chacun compte pour un et que l’avis de tous et toutes est entendu, la SCOP est une forme d’entreprise adaptée aux temps où l’imagination et le besoin d’entreprendre doivent être au plus haut. C’est autre chose que de se sentir un pion dans l’entreprise. »

Comme l'économie sociale et solidaire a bien des vertus, il serait bien stupide de ne pas la soutenir. C'est ce que s'efforcent de faire un certain nombre d'élus, au plan national ou localement.

  • Au plan national, seuls les gouvernements dirigés par le parti socialiste l'ont intégré dans la liste des postes ministériels. C’est en particulier Guy Hascoët (secrétaire d'État à l'économie solidaire dans le gouvernement Lionel Jospin de 2 000 à 2 002) qui sera à l'origine de la création des sociétés coopératives d’intérêt collectif. Enfin Benoît Hamon (ministre délégué chargé de l’économie sociale et solidaire du gouvernement Ayrault 2) a lancé en 2013 un projet de loi sur l’économie sociale et solidaire intitulé « Entreprendre autrement pour créer des emplois dans nos territoires ». Cette loi qui prévoit, entre autres choses, des dispositifs de financement et des leviers de développement de l’économie sociale et solidaire a été approuvée en première lecture au Sénat le 24 juillet 2013 et à l’Assemblée nationale le 8 novembre 2013.
  • Sur le plan local, nos élus ne se sont pas particulièrement emparés de ce sujet. À Tremblay-en-France, la onzième adjointe (Céline Fréby d’EELV) vient de recevoir la délégation de l’économie sociale et solidaire et de l’insertion, une première. Je n’ai pas noté dans les autres villes du territoire un tel intérêt. Le conseil général de la Seine-Saint-Denis a un troisième vice-président (Jean-François Baillon d’EELV) chargé entre autres choses de l’économie sociale et solidaire.


Il serait temps que plus d’acteurs politiques portent, plus activement encore, cette approche de la vie économique pour le moins prometteuse.

Les liens :

Commentaires

1. Le dimanche 20 avril 2014, 18:08 par René Durand
Économie sociale et solidaire: le projet de loi adopté en commission à l’Assemblée...

Cliquer ICI vous conduira à un article du 17 avril 2014 de la Gazette des Communes...
2. Le lundi 21 avril 2014, 16:57 par Hybryde Fusion

Merci beaucoup pour cet artcile très intéressant.

Il m'est arrivé par le pasé de lire quelque petits articles ou de regarder quelques documentaires sur l'économie solidaire. Je me pose quand même cette question : quoi que très intéressantes humainement, ces sociétés permettent-elles maintenant de bien vivre (c'est-à-dire de dépenser (même sans excès) sans avoir besoin de systématiquement vérifier qu'on ne sera pas encore à découvert sur le compte en banque) dans une société où il faut deux salaires pour s'en sortir pour une trop grande majorité de foyers ?

3. Le lundi 21 avril 2014, 21:38 par René Durand

La question que vous vous posez : « la capacité de vivre honorablement d'une activité professionnelle » se pose malheureusement, quel que soit le mode de gestion de l'entreprise (traditionnelle ou coopérative) et même l'activité.

Ce qu'on peut se dire c'est que :

  • Dans un monde où il est de plus en plus indispensable de tisser du lien social, une activité qui permet cela a plus de chances qu'une activité qui est strictement dans le champ de la concurrence pure et parfaite.
  • La gouvernance d'une coopérative avec les autres coopérateurs peut donner bien des satisfactions qui ne sont pas que pécuniaires.

En tout cas merci pour votre commentaire.

René Durand

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