Petite analyse du résultat du premier tour des élections municipales 2014 en « Terres de France »

Comme d'habitude, j’ai plaisir à me « prendre la tête » dans une analyse du premier tour des élections municipales du 23 mars 2014. Je pense que, tous autant que nous sommes, nous adorons faire cela. Pour ma part, j'y prenais un plaisir particulier. Maintenant à la retraite, je peux m'y complaire et vous promets de nouveau quelques lignes au lendemain du second tour. Il ne s'agit pas dans ce qui suit de faire un copier/coller des analyses qui sont faites sur le plan national, mais de regarder à quelles réflexions elles peuvent conduire sur le plan local.

Premier tour des municipales de 2014

Enfin, cet article pouvant être lu par des personnes qui n'habitent pas dans le territoire de la communauté d'agglomération « Terres de France », je rappellerais qu'il comprend les communes de Tremblay-en-France, Villepinte et Sevran et résumerais un état des lieux des forces en présence.

Pour mémoire, à Tremblay-en-France, François Asensi (69 ans) maire depuis 1991, briguait son 5ème mandat. Il est aussi député de cette 11ème circonscription depuis 1981 (9 fois réélu) ! Incontournable dans le territoire, il est un acteur politique important : « il fait et il défait ». Ni le FN ni l'UMP n'avaient trouvé les forces pour constituer une liste et mettre en péril l'équilibre républicain local. Téméraire, mais courageux, un ancien maire-adjoint (Frank Misson) s'essayait une fois encore au nom du PS. Enfin, un candidat de l'UDI (Emmanuel Naud) avait pour volonté de rassembler les voix de droite.


À Villepinte, la maire sortante Nelly Roland Iriberry, mise en place par François Asensi en 2008, retournait à la bataille pour sa réélection. Elle trouvait à sa gauche Arnaud Keraudren, un de ses adjoints, qui conduisait une large liste de rassemblement (FdG et EELV) composée de nombreux élus de la municipalité sortante. En 2014, c'est lui le candidat désigné par François Asensi pour gagner Villepinte, la maire sortante ayant cessé de plaire. Le PS, pour sa part, avait constitué une liste autour d'une jeune conseillère municipale Melissa Youssouf qui dans cette ambiance délétère avait certainement pour mission de rappeler l'existence du parti gouvernemental. À droite, il y avait moins d'affects en jeu. Martine Valleton (qui était maire avant 2008) voulait reconquérir son siège en face d’une gauche éparpillée. Un candidat UDI était aussi au départ, mais il avait pour unique rôle de ratisser large pour la droite. J'ai eu l'occasion dans un précédent article de dire tout le mal que je pensais du programme écologique indigent de la candidate UMP !


À Sevran, Stéphane Gatignon, alors assistant parlementaire de François Asensi (et avec son soutien), gagnait contre le RPR la Ville en 2001 (il avait alors 31 ans). Des psychanalystes devront un jour nous expliquer pourquoi en 2009, ce fils, « bon soldat », quitte le parti du « Père » et rejoint EELV. Devenu conseiller régional il briguait un troisième mandat. À sa gauche Clémentine Autain (députée suppléante de François Asensi), porte-parole d'Ensemble (mon groupuscule politique préféré) partait au nom du FdG à la conquête de la mairie. Philippe Geffroy et Mohammed Chirani (Divers droite) avançaient masqués pour porter les valeurs de droite.


Je m'intéresse dans cet article à ce qui a fait une partie des titres de l'actualité de ce dimanche soir : la participation des Français à ce scrutin. Si, au niveau national, l'abstention atteint des niveaux dits « records » avec 38,6 % (contre 33,46 % en 2008), la situation ici (dans les quartiers de nos villes de banlieue) est encore plus catastrophique. À Tremblay-en-France, le plus mauvais score du territoire, on atteint 55 % par manque d'enjeu. Plus intéressant est le nombre de suffrages exprimés. Là aussi, les votes « blancs ou nuls » prennent une vraie dimension. Toujours à Tremblay-en-France, où l’on pulvérise les records, on ne compte pas moins de 672 votes « blancs ou nuls » contre 358 en 2008. À Sevran, par contre, la situation est inverse puisque le nombre de bulletins de ce type passe de 1 123 en 2008 (il n'y avait que 3 candidats) à seulement 424 en 2014 avec une offre diversifiée et 7 candidats ! À Villepinte, où le nombre de bulletins « blancs ou nuls » est le plus faible, il faut certainement chercher la raison de la présence de 328 de ces bulletins dans le sentiment d'une élection « faite à l'avance » (il n'y en avait que 188 en 2008).

Ce très faible nombre de participants et de suffrages exprimés en dit, me semble-t-il, plus long sur ce que pensent nos concitoyens des élections en général et de ces municipales en particulier. Cela devrait inquiéter les élus. Prenons l’exemple de Tremblay-en-France où le maire sortant a été TRÈS bien élu, dès le premier tour. En calculant autrement, on peut dire qu'il ne l’a été que par 28,7 % des électeurs de cette ville, ce qui, admettons-le, peut sembler insuffisant !

Comment expliquer cette abstention et ce manque de citoyenneté ?

  1. Certes, cette situation était prévisible, tant la politique gouvernementale, menée depuis maintenant près de deux ans, est allée à rebours des aspirations des électeurs de la majorité qui est sortie des urnes le 6 mai 2012. Ils voulaient mettre fin à la politique libérale, mais ils conduisent la même politique libérale ! Comment croire en ces hommes politiques dits de gauche qui, dans une parfaite continuité avec celle de Sarkozy, rendent les riches de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres ?
  2. Non seulement ces électeurs ne se reconnaissent pas dans les politiques conduites, mais ils doutent en plus de l’honnêteté de leurs représentants qui perdent alors toute crédibilité. Les nombreuses affaires qui collent à certains d’entre eux y sont certainement pour quelque chose. Dans le camp de l'UMP on compte toutefois (avec Sarkozy, Balkany, Dassault, etc.) plus d'affaires que dans le camp social démocrate qui collectionne aussi quelques scandales (Cahuzac, Guerini, Dalongeville, etc.) ?.
  3. Pour ma part, je pense qu’une troisième raison est à rechercher dans l'incapacité des élus (et cette incapacité se retrouve chez des élus de nombreuses sensibilités) à partager le pouvoir, forts des principes de la démocratie représentative et de leur élection au suffrage universel. Cela les amène à minimiser la demande de démocratie participative. J’avais déjà abordé cette question dans un article précédent ICI.


Dans un autre de mes articles, ICI  je relatais le débat auquel je participais, au cours duquel Michel Kokoreff (sociologue enseignant à l'université de Paris VIII) expliquait comment la crise des banlieues est avant tout de nature politique, que leurs habitants n’ont plus accès à la représentation politique, à la vie civile et collective. La participation des habitants, souvent mise en avant, prenait bien souvent la forme de consultations, éventuellement de concertations, mais assez peu de participation au sens de la mobilisation. « Pour qu’il y ait réellement participation, il faudrait que les élus acceptent le conflit, la confrontation politique. Or, les modes de gestion clientélaires locaux interdisent ce genre de pratiques. »

Il me semble que des efforts gigantesques doivent être entrepris dans ce domaine. Réintroduire une vie politique et démocratique dans les quartiers voila un objectif politique qui me plaît bien. Personnellement, je n'ai pas obligatoirement de solution toute faite, mais je pense qu'il faut casser les pratiques de « cooptation des amis », permettre l'émergence de nouveaux acteurs politiques, faciliter le travail avec le monde associatif, etc.

Redonnons vite de la valeur à la « politique » !

Les liens :

Commentaires

1. Le jeudi 27 mars 2014, 13:07 par Guy Chassigneux

Les abstentionnistes qui veulent parait-il plus de gauche, renforcent la droite dans une société qui penche furieusement de ce côté là;

Et je parle depuis Grenoble qui se veut encore un modèle cette fois ce sera sur le mode baroque-bancroche.

2. Le jeudi 27 mars 2014, 15:22 par René Durand

Mon cher Guy,

Il est vrai que l'exemple que nous donne Grenoble est consternant. Le maintien au second tour de Jérôme Safar, au statut de dauphin désigné, est un acte politique d'une grande bêtise et le désaveu de la rue de Solférino est la moindre des choses.

L'attitude de ces petits barons locaux en dit long sur leur mégalo ! Comment veux-tu que ces « fous de pouvoir », qui n'écoutent même pas le bon sens, écoutent leurs concitoyens, leurs associations dans l'exercice de leurs mandats ?

Par contre, je pense que l’abstention du premier tour en Seine-Saint-Denis n'a pas tout à fait la même signification, de par son caractère massif et de par la population concernée, que l’abstention dans un département de province (le LOT par exemple)...

Par exemple, la mise en œuvre du droit de vote des étrangers aux élections locales (promise par le candidat Hollande) serait, me semble-t-il, un signe fort de nature à améliorer les choses...

Bien à toi

René

3. Le lundi 31 mars 2014, 13:09 par Roger Valade

Je ne suis pas du tout d'accord avec toi sur cette analyse, le manque de citoyenneté n'est pas à mon avis le problème.

Si on prend Tremblay, on ne va pas demander à François de faire des bêtises pour inciter à créer une opposition. Il n'y avait pas d'enjeu parce que l'enjeu local était inexistant, faute de candidat personnellement crédibles. Cela dit les blancs et nuls ont aussi une signification dans ce cas de figure.

Rétrospectivement, à Sevran et après le second tour, je trouve remarquable la performance de Gatignon, qui avait déjà conservé son siège de conseiller général (conquis à l'élection précédente) en 2008, je crois, en pleine période de reflux de la gauche. On peut en dire ce que l'on veut de Gatignon mais vox populi vox dei et au 2ème tour le résultat est sans appel.

Quant à Villepinte, on dira que le lien avec la population ça paye toujours, moins les campagnes électorales attrape tout (j'ai assez mal digéré la protestation d'Arnaud sur le visite du 1er ministre vietnamien, moi qui me suis réjoui de la chute de Saïgon et ai un peu manifesté pour le Vietnam).

Quant à l'abstention, c'est peut-être que, pour pas mal de ceux qui ont fait ce choix, ça leur faisait un peu mal d'aller voter à droite pour sanctionner la gauche.
Au-delà, je ne crois pas que la crise de confiance dans les représentants vienne de la malhonnêteté supposée de ceux-ci.
Le problème c'est d'abord qu'il n'y a pas, plus, vraiment de débat politique (la fameuse fin des idéologies) et que cette représentation est le fait d'une espèce de théocratie, issue des mêmes écoles et propageant le même discours technicien. On ne tombe pas amoureux d'un taux de croissance, disait quelqu'un dont j'ai oublié le nom.

Je me méfie des fausses solutions-miracles et, si je suis pour la participation des étrangers au vote, je ne crois pas par contre que ce serait une issue concernant l'abstention, sauf brièvement par effet de nouveauté. Pas plus que je ne crois à la démocratie participative, ce sont toujours un peu, beaucoup, les mêmes, avec le même profil sociologique, qui s'y attellent. (sauf que eux, avec toute leur bonne conscience, ils ne sont jamais soumis au suffrage universel) et ça ne résoudra pas la question de la représentation politique. Elle est nécessaire, comme le vote des étrangers, mais ça n'est pas l'alpha et l'omega.

4. Le lundi 31 mars 2014, 17:10 par René Durand

Merci Roger pour ce commentaire et l'intérêt que tu portes à mes articles. Mon prochain article (demain ?) proposera quelques réflexions sur le 2ème tour de ces municipales catastrophiques !

Il faut reconnaître que la « machine à faire et à défaire » a été d'une remarquable inefficacité et s'est transformée en machine à perdre...

Bien à toi

René

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