Eau et antibiotique

Un dossier très complet sur la baisse de l’efficacité des antibiotiques dans la revue « Que choisir » a attiré mon attention. Personnellement, je connaissais mal ce sujet. Sauvé d'une mort certaine quelques semaines après ma naissance grâce à la pénicilline, j'avais quelques dettes envers les antibiotiques !

Si j'en crois Wikipédia, « Un antibiotique (du grec anti : « contre », et bios : « la vie ») est une molécule naturelle ou synthétique qui détruit ou bloque la croissance des bactéries. Dans le premier cas, on parle d'antibiotique bactéricide et dans le second cas d'antibiotique bactériostatique. Un même antibiotique peut être bactériostatique à faible dose et bactéricide à dose plus élevée. »

Les antibiotiques sont véritablement et massivement utilisés après la Seconde Guerre mondiale. On considère qu'ils feront progresser l'espérance vie de plus de dix ans soit plus qu'aucun autre traitement médical. C'est donc un progrès médical certain, mais cette efficacité est rapidement à l'origine de dérives, d'usages abusifs. Très vite on va les utiliser pour des traitements préventifs, curatifs ou en compléments alimentaires dans l'alimentation animale, dans les piscicultures, en médecine vétérinaire et humaine, etc.

En 2006, on estimait à 2 000 tonnes la quantité d'antibiotiques consommée annuellement en France pour la médecine humaine et vétérinaire. Pour la seule médecine humaine notre pays est largement le pays d'Europe le plus consommateur d'antibiotiques : deux fois plus que l'Allemagne ou que l'Angleterre. Mais c'est semble-t-il dans l'élevage que l'on consomme le plus (ne dit-on pas, dans le langage courant : « des doses de cheval » ?). Dans un article publié par l'Express, un scientifique explique « On utilise des milliers de tonnes d'antibiotiques dans le monde, 80 % dans l'élevage. 30 à 40 % des antibiotiques ingérés se retrouvent intacts dans les fèces et l'urine. » Cela dit, toutes les filières d'élevage ne sont pas à classer à la même enseigne et certaines font même des efforts. C'est bien entendu dans l'élevage intensif que la consommation d'antibiotiques est majeure. Dans la revue « Que choisir », un vétérinaire spécialisé explique que dans un élevage intensif de volailles, les animaux recevaient des antibiotiques un jour sur trois.

Il faut reconnaître que le marché du médicament vétérinaire représente 2 milliards d'euros par an. La revue de l'UFC nous explique que la justice connaît une cinquantaine d'affaires par an. Une des raisons de cette surconsommation, c'est qu'en France il y a confusion entre celui qui prescrit et celui qui vend les médicaments, puisque les vétérinaires font les deux ! Chez les vétérinaires ruraux, l'activité vente peut représenter 60 % de leur chiffre d'affaires.

Le projet de « loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt », adopté par l’Assemblée nationale en première lecture a manifestement pour objectif de limiter la casse ! Dans le texte en discussion, les objectifs sont rappelés. Ils visent « à promouvoir et à pérenniser les systèmes de production agricole et les pratiques agronomiques permettant d’associer la performance économique et la performance environnementale .../... en diminuant la consommation d’énergie, d’eau, d’engrais, de produits phytopharmaceutiques et de médicaments vétérinaires, en particulier les antibiotiques ». Entre autres, un article (20 bis dans l'état d'écriture de ce projet de loi en ma possession) fixerait comme objectif la diminution de 25 % de la quantité de certaines substances antibiotiques par rapport à l’année 2013. Ce projet de loi avance d'un an l'objectif qui était fixé dans le plan ECOANTIBIO du ministère de l'Agriculture.

Ainsi donc toutes les molécules pharmaceutiques humaines et animales non utilisées par l’être vivant auxquelles elles étaient destinées se retrouvent dans le sol, les nappes phréatiques et bien souvent dans l'eau potable. Pour mesurer l’importance de ce phénomène, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a mené une campagne en 2011 et a recherché 45 substances pharmaceutiques d’origine humaine ou vétérinaire dans l’eau. Pour ce faire, 285 échantillons ont été analysés provenant des eaux d’origine souterraine et superficielle. L’eau analysée est bue par 24 % de nos compatriotes. Pour un quart d’entre eux, les analyses ont montré la présence simultanée d’au moins 4 substances. Dix-neuf des 45 substances recherchées ont été trouvées au moins une fois.

La présence de certains médicaments est plus préoccupante pour l’environnement de d’autres. Pour en revenir à nos antibiotiques, leur présence dans l’eau peut avoir plusieurs conséquences :

  • Certains de ces antibiotiques peuvent être toxiques à très faible dose pour les algues vertes et bleues.
  • Leur présence peut également rendre les bactéries antibiorésistantes, car plus les bactéries s’habituent à nos médicaments plus elles y sont résistantes. En effet les bactéries qui nous rendent malades évoluent, prennent en compte les antibiotiques mis en place pour les combattre et développent des résistances. Par exemple pour la « Streptomycine », mise la première fois sur le marché en 1943, les premiers signes de résistance sur des souches cliniques sont apparus seulement 16 ans plus tard en 1959.

Tout ceci est fort inquiétant...

Je me suis amusé, pour finir cet article, à regarder ce qu'en disait le syndicat patronal des groupes pharmaceutiques, pompeusement autoproclamé : « Les entreprises du médicament » (c'est joli non ?). Il y a effectivement une vidéo sur l'antibiorésistance qui aborde cette question, mais n'évoque ni les dérives, ni les excès dans l'utilisation des antibiotiques et ne trouve comme unique parade que la recherche et la commercialisation de nouvelles molécules, tout en rappelant qu'au final la mise au point de nouveaux antibiotiques rapporte moins que celle d'autres médicaments !

Devais-je m'attendre à autre chose ?

Les liens :

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://blog.durandandco.org/index.php?trackback/661

Fil des commentaires de ce billet