Centième article : Le Quantum Leap (QL) de Sinclair

C'est en janvier 1984, il y a donc juste 30 ans, qu'était mis sur le marché le nouvel ordinateur QL (Quantum Leap) de la société « SINCLAIR ». Cette entreprise anglaise, dirigée par Clive Sinclair (qui deviendra Lord Sinclair) était à l'origine du ZX81 (mon premier ordinateur) et ZX Spectrum (mon second ordinateur). Si ces deux premières machines étaient très orientées famille et jeux, le QL visait plus les professionnels, puisque commercialisé avec une suite bureautique.

QL Sinclair

En 1984, j'ai longtemps hésité entre l'achat de ce nouveau QL Sinclair et celui d'un Apple IIC, un peu plus cher. En France, les produits « SINCLAIR » étaient importés par DIRECO qui les commercialisait et tenait boutique sur les « Champs Élysées ». Au final, mon choix se porta sur le QL. Mal m'en a pris. L'échec commercial du QL (mais aussi d'autres échecs dans d'autre branches de son activité) entraîna en mai 1986 la vente de tous les produits informatiques de SINCLAIR, ainsi que de la marque à AMSTRAD. Lequel, toutes affaires cessantes, interrompit la fabrication et la commercialisation de ce QL, qui risquait de faire de l'ombre à son compatible PC 1512 ! Parallèlement l'importateur DIRECO ferma boutique. On estime à seulement 100 000 le nombre de QL qui ont été fabriqués et commercialisés dans le monde.

Comme l'Apple IIC, le QL était doté d'un microprocesseur MOTOROLA de la famille des 68000. Celui du QL était un 68008, certes avec une architecture de 32 bits, mais qui ne communiquait avec les autres périphériques que sur seulement 8 bits. Ces caractéristiques techniques en faisaient une machine moderne et relativement ouverte. Par exemple, à la fin, mon QL personnel tournait avec une mémoire vive de 640 kilo-octets, deux vrais lecteurs de disquettes (5' 1/4 et 3' 1/2) dans un boîtier bricolé maison. Le système d'exploitation de cet ordinateur, appelé « Qdos », avait été développé par Tony Tebby alors employé par « Sinclair Research ». C'est un « Operating System » bien entendu multitâches, ce qui est encore très rare. Autre atout, cette machine était commercialisée avec la suite bureautique développée en 1983 par PSION. Cette suite comprenait QUILL, un traitement de texte, ABACUS, un tableur, ARCHIVE, une base de données (intégrant un langage de programmation) et EASEL, un utilitaire de diagrammes. Cette suite sera aussi commercialisée pour PC sous le nom de XChange.

Parmi les critiques que l'on pouvait faire à cette machine, c'est la présence de deux lecteurs de « microdrives » jouant le rôle de support de stockage magnétique. Ces « microdrives » étaient de petites cassettes de bande magnétique sans fin très fragiles. La vocation professionnelle de cette machine était irrémédiablement en contradiction avec l'utilisation de ces supports trop peu fiables.

Il faut reconnaître que la décision de Clive Sinclair de vendre tous ses produits informatiques et donc l'arrêt du QL, a plongé les nouveaux propriétaires de ces machines dans un grand désarroi. Le lien entre ces propriétaires de QL (dépourvus de service après-vente pour leurs machines) se fit rapidement et quelques uns d’entre eux créèrent l'association 1901 « QL Contact France » (QLCF). Cette association regroupa rapidement quelques centaines d'usagers. À la première assemblée générale que nous tenâmes à Clichy-sous-Bois je me retrouvai secrétaire de l'association. Cette association vécut quelques années jusqu'à ce que les évolutions technologiques et l'arrivée des compatibles PC taïwanais à bas prix viennent, petit à petit, la démembrer.

Cette association avait une vraie vie et a organisé un certain nombre de rencontres nationales (dont certaines en présence de Tony Tebby) qui eurent un succès d’estime. Personnellement, je m’étais beaucoup investi dans le logiciel de base de données ARCHIVE et nous avions organisé une session de formation dans une salle du parc international des expositions de Villepinte avec un informaticien belge particulièrement doué.

Les utilisateurs de QL européens ont continué à régulièrement se rencontrer. En témoigne cette rencontre « QL 2004 » de diverses associations européennes à Eindhoven (en Hollande) le 16 octobre 2004 où étaient présents divers amis de QLCF et en particulier Jean-Louis Dianoux et Wolfgang Lenerz.

Ce QL a été pour moi un des éléments de ma « culture informatique » (« geek » diront certains). Après une longue période « tout PC » me voici en tout cas revenu vers plus de diversité, avec des ordinateurs pilotés par d'autres systèmes d'exploitation : Linux et Mac OS. En parlant de Linux, Wikipédia nous apprend que le QL Sinclair a été « le second micro-ordinateur sur lequel s'est formé Linus Torvalds, le créateur du noyau Linux ».

Alors si en plus...


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Commentaires

1. Le samedi 22 février 2014, 13:09 par Jean-Marie Guitard

Nostalgie, quand tu nous tiens...
Merci René pour ces souvenirs, je n'avais quant à moi pas succombé aux chants des sirènes du QL et était resté avec mon petit Oric avant de passer au clone IBM, un superbe TOTO PC qui fût même doté d'un énorme disque dur 5" de 10 Mo (dix mégaoctets, vous avez bien lu !)... quand même plus sérieux que les microdrives du QL :-)

2. Le dimanche 23 février 2014, 16:57 par Daniel TOUSSAINT

Nostalgie, quand tu nous tient !

J'avais un QL à la même époque que René. QLCF, regroupant un noyau d'utilisateurs francophones, a été particulièrement fédérateur, avec quelques 350 membres à son apogée.

L'association était gérée grâce à un logiciel développé par René, sous Archive (encore merci à lui) et à permis de belles rencontres.

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