Mauvaise gestion et dysfonctionnements à la SNCF

On dirait que les services, que l'on dénomme encore publics (mais qui sont bien souvent des entreprises privées dont l’État détient une partie du capital) n'ont toujours pas compris comment bien les gérer. Si cette gestion doit se faire d'une manière sobre et prudente, elle ne doit pas être synonyme d'austérité, de recherche du moindre coût ou du profit maximum.

Image du train prise par un internaute

La mise en œuvre de cette logique, trop calquée sur le modèle des entreprises privées, a plusieurs facettes et je voudrais ci-dessous mettre l'éclairage sur deux aspects en prenant comme exemple la SNCF.

Premier aspect, en 2005 le rapport Rivier dressait un bilan alarmant de l’état du réseau ferroviaire français et détaillait l’insuffisance historique des moyens alloués au renouvellement du réseau ferré français. Sept ans plus tard en 2012, le rapport de la Cour des comptes de juillet 2012, sur « L’entretien du réseau ferroviaire national » constate que rien n'a fondamentalement changé. La logique du développement du tout TGV continue à se traduire -entre autres conséquences- par l'abandon du renouvellement des équipements du réseau RER. Par exemple (et je cite) : « Les caténaires des RER B et C datent des années 1920. Les installations de signalisation du Transilien sont à l’origine des 2/3 des retards dus à des défaillances d’infrastructure. » Le rapport récent d'un parlementaire, non seulement allait dans le même sens, mais exigeait que les recettes du réseau francilien n'aillent pas alimenter les dépenses liées au développement du réseau TGV et restent affectées à l’entretien du RER !

Le deuxième aspect de cette politique est la réduction des effectifs. Si l'on en croit le journal les Échos, elle est justifiée par la nécessité de réduire les coûts, « afin d’affronter une série de vents contraires, parmi lesquels la dégradation continue de la rentabilité de l’activité TGV ». Tiens donc ! Ainsi la SNCF devrait supprimer l’an prochain 1 432 postes, soit environ 1 % des effectifs, par le biais de départs en retraite non remplacés. Fret SNCF serait encore très touché. Si l'on en croit la CGT-Cheminots, cela ferait suite aux 2 500 emplois supprimés en 2013. Au total cela représente 6 100 emplois perdus depuis 2009. Cela fait dire à la CGT que le budget 2014 est « un véritable plan d'austérité imposé aux cheminots » et que « l'emploi sera encore la variable d'ajustement ». De son côté Nathalie Bonnet, secrétaire fédérale de SUD rail explique que « Cette réforme ne concerne pas uniquement les cheminots, mais bien l’ensemble des citoyens. Aujourd’hui, le projet proposé par le ministère des transports et largement plébiscité par la direction de la SNCF ne pose absolument pas la question du transport public et propose d’accentuer la casse du service public. Le problème de la dette n’est pas réglé et le passage de deux entreprises à trois n’améliorera en rien la situation. Si la future entreprise SNCF Réseau décide de ne pas débloquer le budget pour l’entretien des voies, SNCF Mobilité aura beau dire que c’est dangereux, les voies ne seront pas entretenues, avec, évidemment, des conséquences sur la qualité de service offert aux usagers. Par ailleurs, cette réforme ne répond pas à l’enjeu de ramener les usagers de la route vers le rail. Il faut une politique globale de transport. »

Permettez-moi pour terminer, en illustration, de vous conter le déraillement ce lundi 23 décembre d'un train qui transportait des matières radioactives dans la gare de triage de Drancy (Seine-Saint-Denis).
Il faut reconnaître qu’après l’accident ferroviaire de Brétigny et de son éclisse qui n’était pas positionnée comme elle aurait dû l’être, on s’attend chaque fois au pire. Rappelons que cette gare de triage de Drancy est une des plus grandes gares de France. Dotée de 48 voies ferrées et longues de 3 km elle accueille chaque année près de 250 000 wagons de marchandises, dont 13 000 chargés de matières dangereuses (chlore gazeux, ammoniac ou déchets nucléaires). Il était environ 16 h quand les roues d'un wagon de ce convoi à destination du site d'AREVA de Valognes (non loin de l'usine de retraitement de La Hague) sortent des voies. Par chance, le train circule à faible vitesse et le wagon ne se décale que de 50 centimètres par rapport aux rails, se posant sur le ballast. L'Autorité de sûreté nucléaire a classé l'incident au niveau zéro de l'échelle INES des événements nucléaires, car « il n'y a pas d'enjeu radiologique », selon elle. Les ministères des transports et de l'environnement ont toutefois déclenché une enquête. Le 11 décembre dernier, un wagon de transport chimique vide avait déjà déraillé dans cette même gare, sans faire de victimes.

À moins d’une centaine de mètres de là circule le RER B qui transporte quotidiennement plusieurs centaines de milliers de passagers. Depuis avril 2013, un arrêté préfectoral interdit toute nouvelle construction dans un périmètre de 620 mètres autour de la gare. Dans ce même périmètre habitent plusieurs dizaines de milliers d’habitants : rien n'est fait pour les sécuriser.

Pendant ce temps-là, la SNCF continue son travail de démantèlement du service public.

Commentaires

1. Le mardi 31 décembre 2013, 09:58 par roger valade

Je crois que l'erreur de base, entretenue par une théocratie commune à la haute fonction publique et aux hautes sphères des entreprises et de la politique, à l'élite en somme, c'est de croire qu'une entreprise publique peut fonctionner selon les critères du privé. C'est cette confusion qui génère le problème, assortie comme il se doit d'une incapacité à fixer ce qui relève du public et ce qui relève du privé.
Appliqué aux transports comme à la téléphonie ou à l'électricité, bref aux réseaux, il faut distinguer ces derniers, qui relèvent du droit régalien, et ce qui passe dessus. Un peu comme les routes, quoi.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://blog.durandandco.org/index.php?trackback/684

Fil des commentaires de ce billet