L’éléphant et la colombe

Ce 12 décembre dernier, j'ai visité au musée de l’Orangerie l’exposition des œuvres de ce couple mythique que formaient Frida Kahlo et Diego Rivera, intitulée « L'Art en fusion » (elle se tient jusqu'au 13 janvier 2014). Le nom de Frida Kahlo ne m’était pas inconnu, j’avais il y a très longtemps vu un spectacle à Avignon OFF sur cette femme exceptionnelle.

Entrée de l'exposition au musée de l'Orangerie

Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón ou Frida Kahlo est née le 6 juillet 1907 au Mexique et est morte le 13 juillet 1954 dans la même ville (Coyoacán). Sa vie ne sera, par bien des aspects, qu’une longue souffrance.

À 8 ans, elle est victime d'une poliomyélite, sa jambe droite s’atrophie et son pied ne grandit plus. En plus, l’on suppose depuis qu'elle souffrait d’une malformation congénitale de la colonne vertébrale (spina-bifida). Brillante élève, elle souhaite devenir médecin, et alors qu’elle a 18 ans, le bus qui la ramène chez elle percute un tramway. Plusieurs personnes y trouvent la mort. Elle est grièvement blessée, son abdomen est traversé par une barre de fer, et elle présente de nombreuses fractures de la jambe (encore la droite), du pied, du bassin, des côtes et de la colonne vertébrale. Les conséquences de cet accident détruiront le reste de sa vie. Elle fera en tout trois fausses couches. À partir de 1943 sa santé se dégrade encore. Des douleurs permanentes l’empêchent de se déplacer. Elle doit porter un corset de fer. Elle subit une première opération de la colonne vertébrale en 1946. Ce n'est qu'au bout de la sixième intervention (sur un total de sept) qu’elle peut se remettre à peindre, tout en restant couchée. En août 1953, on lui ampute la jambe droite jusqu’au genou à cause d'une gangrène. Affaiblie par une grave pneumonie, Frida Kahlo meurt dans la nuit du 13 juillet 1954, sept jours après son quarante-septième anniversaire, officiellement d'une embolie pulmonaire, mais certains avancent l’hypothèse d’un suicide.

Il est bien évident que ces multiples traumatismes auront des conséquences sur son œuvre picturale. Son corps et les autoportraits sont au centre de ses attentions, y compris parce qu’une partie de ses peintures seront exécutées alors qu’elle est couchée, qu’elle souffre, immobilisée dans son lit.

Une autre caractéristique de la vie de Frida Kahlo sera son amour pour ce Diego Rivera (1886-1957) qu’elle rencontre en 1928 alors qu’il exécute une peinture murale dans l'auditorium de son école. Un an plus tard, elle se marie avec lui alors qu’il a 21 ans de plus qu’elle. Diego est une force de la nature, un monstre sacré doué d'une phénoménale puissance de travail, un coureur de jupons invétéré (il la trompe constamment y compris avec sa sœur). Il faudra attendre décembre 1938, pour que les époux divorcent. En 1940, Frida est à San Francisco, Diego Rivera également. Il propose à Frida de l’épouser de nouveau ce qui se fera le 8 décembre 1940.

Politiquement Frida Kahlo est une femme engagée. C’est en 1928 qu’elle adhère au parti communiste mexicain. Elle semble particulièrement s’impliquer dans les luttes pour la libération de la femme. En 1937, le Mexique accorde l'asile politique à Léon Trotsky. Lui et sa femme sont accueillis par Frida Kahlo et son mari. Elle lui dédicacera une de ses œuvres. Son engagement ira jusqu’au bout ! À la veille de sa mort, en 1954, elle participe encore, en fauteuil roulant, à une manifestation contre l’intervention de la CIA dans un coup d’État militaire au Guatemala.

Revenons, pour terminer, à l’exposition du musée de l’Orangerie.

Si j’ai rapidement été fasciné par le travail de Frida Kahlo, je n’ai pas été particulièrement intéressé par les grandes fresques murales de Diego Rivera. Il faut admettre que la confrontation des deux œuvres ne m’a pas paru particulièrement pertinente. Certes, ils s’aiment, certes ils vivent ensemble, certes ils partagent les mêmes idéaux politiques, mais ils n’ont manifestement pas le même univers artistique.

Diego est la robustesse, Frida est la fragilité, « l'éléphant et la colombe »...

Alors, pourquoi rapprocher ces deux œuvres ? Où est la fusion ?

Je me le demande encore...

Commentaires

1. Le jeudi 26 décembre 2013, 09:21 par René Durand

Permettez-moi de vous signaler le très bel article sur le même sujet intitulé "Frida Kahlo : Narcisse blessé" de mon ami Guy Chassigneux...

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