On danse sur les ponts qui ne servent à rien !

En début de cette saison, le théâtre municipal « Louis Aragon » de Tremblay-en-France (scène conventionnée pour la danse) a organisé en collaboration avec la communauté d’agglomération « Terres de France » un parcours artistique sur les ouvrages d’art méconnus de notre territoire. Quatre compagnies, qui ont été ou qui sont en résidence au théâtre Aragon, ont ainsi proposé aux spectateurs qui voulaient bien les suivre quatre courts spectacles en quatre lieux improbables...

Spectacle intitulé « Météorites » mise en scène par Nathalie Béasse sous le pont de Tremblay

Je n’ai pu voir le premier spectacle qui se déroulait sur un pont du parc National de la Poudrerie à Sevran. Par contre dès 18 h, j’ai pu assister au parcours intitulé « Figures in a landscape » chorégraphié par Alban Richard de la compagnie « Ensemble l’Abrupt » sur le pont de Savigny à Villepinte. Enfin, à 19 h, sous le pont de la route de Roissy à Tremblay était proposée une expérience artistique intitulée « Météorites » mise en scène par Nathalie Béasse. L’objectif de l’artiste était de rendre hommage au cinéaste Jean-Luc Godard qui tourna sous ce pont inachevé une séquence de Pierrot le fou. Le quatrième spectacle avait lieu le soir au théâtre lui-même.

Pour terminer rapidement sur les trois (des quatre spectacles) auxquels j’ai assisté, seul celui de la compagnie « Ensemble l’Abrupt » à Villepinte a trouvé grâce à mes yeux et cela même si le quatrième spectacle se dansait sur la musique des DOORS !

En fait, je voudrais profiter de ce billet pour parler des ponts auprès desquels se dansaient deux des spectacles. Ces deux ponts (voir les photos) n’ont, en fait, jamais servi à rien.

Ces ponts ont été construits vers 1912 pour accompagner la voie ferrée Aulnay-sous-Bois — Senlis — Rivecourt envisagée en 1901 par la « Compagnie des chemins de fer du Nord ». Cette ligne devait se débrancher du tracé Paris — Hirson (le sillon de l’actuel RER B) à la sortie d’Aulnay-sous-Bois. De là, le tracé s’incurvait en direction du Nord-Est, traversait ce qui deviendra l’aéroport Charles-de-Gaulle, puis la forêt de Chantilly, à côté de la forêt d’Ermenonville, puis après avoir desservi la gare de Senlis elle rejoignait à Rivecourt la grande ligne de Creil à Jeumont. Les objectifs de cette nouvelle ligne étaient, si l’on en croit la « Compagnie des chemins de fer du Nord » « de décharger les deux grandes artères de Rivecourt à Paris, l’une passant par Creil et Chantilly, l’autre par Ormoy-Villers, qui sont déjà encombrées, et de desservir entre ces deux lignes une vaste région agricole et forestière dont elle assurera la prospérité en facilitant l’écoulement des produits sur le marché de Paris. Elle permettra en outre l’organisation d’un service de banlieue qui ouvrira la contrée à l’expansion parisienne. »

Le pont dit de Savigny à Villepinte

Les expropriations eurent lieu, des ouvrages d’art furent réalisés dont sur Villepinte deux ponts et une gare et sur Tremblay-en-France un pont, mais la première guerre mondiale interrompit les travaux qui ne reprirent jamais. La ligne Aulnay-sous-Bois — Rivecourt ne sera jamais mise en service. À noter toutefois que les emprises foncières furent utilisées plus tard par la SNCF pour le tronçon Aulnay-sous-Bois Sevran-Beaudottes. 

Enfin, comment ignorer que « le pont qui ne sert à rien » de Tremblay-en-France (en limite de l’aéroport) sera utilisé comme un des éléments de décor dans le tournage de « Pierrot le fou » de Jean-Luc Godard ?

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