Le livret catholique délivré à mes parents en 1946

J'ai trouvé dans un tiroir d'une armoire de mon père, parmi ses vieux papiers (ceux que l'on garde précieusement parce qu'ils ont jalonné une vie), à côté d'une fausse carte d'identité qui lui avait été faite en 1943, un « livret catholique » qui a été donné à mes parents, l'année de leur mariage, en 1946.

Livret catholique de 1946

Ce livret qui contient un ensemble de principes, de maximes ou de règles de vie, tous plus réactionnaires les uns que les autres, a manifestement pour vocation de soutenir les jeunes mariés et de les accompagner dans tous les actes de leur vie. Et cela jusqu'à leur mort, puisqu’un chapitre entier est consacré à la préparation de la cérémonie de « l’extrême-onction », l'agencement de la table pour faciliter la venue du prêtre !

Comment ne pas rapprocher la lecture de ce livret des discours tenus par les intégristes catholiques qui ont manifesté (et continuent encore de le faire malgré son adoption) contre le mariage pour tous ? Le problème c'est que plus de 66 années séparent ce « livret catholique » écrit au lendemain de la Libération de la France (du nazisme et du pétainisme) de l'adoption de cette loi.

Les premières phrases de ce livret, en citant le pape Léon XIII, rappellent que « la famille est le berceau de la société civile » et que c'est dans l'enceinte du foyer « que se prépare la destinée des États ». Rien de moins ! Dans le foyer chrétien doit régner une atmosphère nettement chrétienne où se trouve « à la place d'honneur le Crucifix. » Le décor est planté ! Les époux doivent « observer les lois de Dieu et de l’Église ; sans se croire autorisés à toutes sortes de libertés dangereuses : lectures malsaines, spectacles licencieux, journaux impies, etc. »

Le but du mariage est ramené à sa plus simple expression reproductive : « Fonder la famille et élever les enfants en vue de leur destinée éternelle ». La phrase d'après précise les choses : « Tout ce qui s'oppose à la procréation des enfants est coupable. » Le rôle de la femme est ramené à un unique objet « pondre » des enfants !

Le chapitre sur l'éducation m'a laissé pantois « L'EDUCATION, dont le but n'est pas précisément d'élever la condition sociale de l'enfant, mais d'élever l'enfant lui-même et d'en faire un chrétien. » Merci, chers parents, de ne pas avoir respecté ce saint principe !

La quatrième de couverture de ce livret vaut son pesant d'or à elle toute seule. Permettez-moi de vous en citer de larges extraits !

  • « École. – Placer les enfants dans une école chrétienne, s'il s'en trouve une à leur portée ; même au prix de certains sacrifices d'intérêt ou d'amour-propre. Si l'école neutre s'impose, redoubler de vigilance pour que la foi de l'enfant ne soit pas mise en péril. »
  • « Presse. – Surveiller les manuels scolaires et les illustrés pour enfants. – Ne laisser pénétrer dans la maison aucun journal dangereux, aucune publication suspecte. – Expurger la bibliothèque familiale de tout livre impie ou licencieux. – Éloigner l'enfant de toute représentation théâtrale ou cinématographique d'une moralité douteuse ».

Il faut bien admettre que la lecture de ce genre de document me rend triste, particulièrement athée, voire antireligieux !

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