Le PCF, l'UMP et les affaires de l'eau

Un récent article du journal satirique « Le Canard enchaîné » (en date du 20 mars) intitulé « La justice plonge dans les eaux usées où barbotent ensemble PC et UMP » nous rappelle l'historique des relations entre ces deux organisations dans le domaine de l'eau. Effectivement, depuis un demi-siècle, une sorte de « Yalta » a pour conséquence que ces partis se partagent en Île-de-France les grands syndicats intercommunaux.

Eau...

En fait il faut remonter à la Libération, à une période où le PCF a un poids réel dans la vie politique française. Dans ces années, de grands secteurs sont nationalisés reprenant ainsi les propos du Conseil National de la Résistance : « retour à la nation de tous les grands moyens de production monopolisés, fruits du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ». S'en suivront d'importantes nationalisations et de grandes entreprises nationales : GDF, EDF, SNCF, RATP, Charbonnages de France, Régie Renault, Air France, Banque de France, etc. Comme par miracle le secteur de l'eau échappe à cette logique vertueuse.

Plusieurs livres traitent de ce sujet et des rapports complexes entre les trois grandes entreprises de l'eau, les villes et les partis politiques. Entre autres, celui de Yvan Stefanovitch intitulé « L'empire de l'eau » publié aux éditions RAMSAY.

Aujourd'hui, après bien des péripéties, « Le Canard enchaîné » résume la situation. Les grands syndicats intercommunaux se partagent le territoire francilien et procurent toute une série d'avantages en nature (voitures de fonction, rémunérations, voyages, repas d'affaires, sponsoring, etc.) à des élus et à leurs organisations politiques.

Le SEDIF est tenu en main par l'UMP et ce cher André Santini. Son budget s’élève à environ 580 millions d’euros : il est le plus gros syndicat intercommunal de distribution d'eau en France. Il exerce son activité dans 149 communes de la région parisienne.

Le SIAAP (syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne) est un syndicat de départements (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne) qui traite les eaux usées de l'agglomération parisienne. Outre ces 4 départements, 180 communes situées dans le Val-d’Oise, l’Essonne, les Yvelines et la Seine-et-Marne sont liées au Syndicat par convention. Dirigé par Maurice Ouzoulias du PCF, ce syndicat a un budget annuel de 1,3 milliard d’euros, pour assurer l'assainissement de la métropole francilienne.

PCF et UMP semblent, si l'on en croit le Canard, partager les « bienfaits » du système en toute fraternité, avec des échanges de politesse et de « bonnes pratiques ». Mais voilà la justice souhaite mettre son nez dans les affaires de ce syndicat. Si l'on en croit le journal « Le Parisien » : « L’affaire est traitée dans la plus grande discrétion par les enquêteurs de la police judiciaire parisienne. Les locaux du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP) — qui lave notamment les eaux usées de près de 9 millions de Franciliens — ont fait l’objet d’une perquisition, le 21 février, par les policiers de la brigade de répression contre la délinquance économique (BRDE).../... Selon nos informations, les enquêteurs ont notamment récupéré une dizaine d’ordinateurs de salariés du SIAAP, ainsi que des contrats qui seraient liés à la passation de marchés publics. »

Ces affaires, qui impliquent les habituelles grandes entreprises de l'eau (VEOLIA et SUEZ) ou leurs filiales et des élus de la République, montrent l'intérêt qu'il y a de retourner RAPIDEMENT dans la gestion publique, sous contrôle des citoyens.

Cela se fait en un moment où la branche eau de Veolia Environnement compte supprimer 1 500 postes en France d'ici à la fin de 2014, soit 10 % de ses effectifs. Même si Veolia affirme vouloir « éviter tout départ contraint » et entend privilégier le non-remplacement des départs à la retraite et la mobilité interne, la crise du secteur est là. Tout cela remonte à l'ère J2M (Jean-Marie Messier maître du monde!) où l’argent de l'eau finançait les aventures américaines du patron de Véolia.

Dans son communiqué, la Coordination eau Île-de-France rappelle « [qu'] Il reste une dette qui, selon les dirigeants de l’entreprise, s’élève aujourd’hui encore à plus de 11 milliards d’euros ! Cela a conduit depuis plusieurs années à la chute du cours des actions de Veolia, dans un contexte de perte de nombreux contrats, en France comme à l’étranger, et de perte de ses marges avec des baisses de tarifs de 20 % au minimum dans les contrats renouvelés. Une crise que la multinationale veut régler à présent sur le dos des salariés. »

Si les difficultés de Veolia étaient connues, celles que connaît la SAUR (le plus petit de la bande des trois) étaient semble-t-il moins prévisibles. Au bord de la faillite (menacée de liquidation judiciaire à brève échéance), la SAUR doit d'urgence trouver un repreneur.

Dans cette situation délétère où les affaires succèdent aux affaires, à juste titre la Coordination eau Île-de-France « appelle les élus, maires et présidents d’agglomération, qui ont confié la gestion de l’eau au privé, à reprendre le contrôle de cette ressource vitale pour garantir sa qualité » et ainsi mettre un peu plus de moralité, un peu moins de profit et un peu plus de transparence dans la gestion de l'eau.

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Commentaires

1. Le mardi 26 mars 2013, 19:55 par MERVILLE

merci

2. Le mardi 26 mars 2013, 22:49 par René Durand

Permets-moi de t'affirmer que ta gentille réaction me va droit au cœur...
À mon tour de te remercier d'avoir pris le temps de visiter mon blog.
René

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