T'aimes l'atome ?

J'ai assisté ce mardi 5 mars 2013, avec quelques camarades de la FASE, à la conférence de presse donnée par le réseau « Sortir du nucléaire » à la mairie du second arrondissement de Paris. L'objectif était de présenter la manifestation nationale que le réseau organise ce samedi 9 mars sous le nom de « chaîne humaine pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire ».

Conférence de presse sortir du nucléaire

Différents points de rassemblement permettront aux participants d'organiser plusieurs chaînes humaines pour symboliquement encercler l es différents lieux de pouvoir où se prennent les décisions dans le domaine nucléaire : Areva, EDF, les ministères, l’Autorité de Sûreté du Nucléaire, etc. Plusieurs organisations (politiques ou non) chères à mon cœur soutiennent et participent officiellement à cette manifestation : ATTAC, Fédération pour une alternative sociale et écologique, France Libertés, Greenpeace, SUD Rail, Survie, Utopia, etc.

Parmi les nombreuses interventions qui ont été faites lors de cette conférence de presse, quelques unes m'ont surpris, ignorant que j'étais encore de ces choses.

Deux militantes d'associations japonaises sont intervenues pour rappeler la situation à Fuksuhima, après l'effondrement de la centrale. Par exemple, en novembre 2012, TEPCO a reconnu que 16 000 des 24 000 travailleurs du site l'ont quitté, soit qu’ils avaient atteint la dose limite autorisée, soit parce que les conditions de travail étaient trop dures. On estime à 160 000 le nombre de personnes issues des zones d’évacuation forcée qui vivent toujours un sort dramatique. La contamination durable de l’environnement et des aliments constitue le problème majeur de cette catastrophe, car la radioactivité est invisible et n’a pas d’odeur. Les examens de thyroïde effectués sur près de 100 000 mineurs dans la préfecture de Fukushima montrent déjà que 40% d’entre eux présentent une anomalie.

Un militant de SUD Rail nous a expliqué les risques encourus par les salariés de la SNCF, mais aussi par les voyageurs, avec le transport des déchets nucléaires. Dans notre secteur, on se rappelle tous le convoi passant sur le sillon de ligne B du RER à une heure de pointe. Il nous explique alors que les conteneurs transportant ces déchets dénommés « castor » doivent subir des tests de résistance à une chute de 9 m sur une surface plane, à un feu de 800°C pendant une demi-heure, et à une immersion sous 200 m d’eau pendant une heure. Que valent ces valeurs quand on sait que lors de l'accident du tunnel du Mont Blanc, la température à l'intérieur du tunnel a largement dépassé cette valeur pendant presque 8 heures d'affilée.

Le représentant de l'association Survie a, pour sa part, dénoncé le mythe de « l’indépendance énergétique » de la France au sujet du nucléaire brandi par les autorités françaises. Tout cela est donc faux. La dernière mine d’uranium française a fermé en 2001 et la totalité du combustible nécessaire aux centrales françaises est importé (Canada, Kazakhstan et Niger). Au Nord du Niger, dans la région d’Agadez, les conséquences de l'exploitation uranifère sont dramatiques : spoliation des terres autour des mines, destruction de la faune et de la flore, contamination de l'air par des poussières et des gaz radioactifs, contamination radiologique des ressources en eau, épuisement à court terme et irréversible des deux grandes nappes fossiles dans une région désertique ! Pour faire court sur ce point, l’impact sanitaire de l’exploitation sur les populations et les travailleurs des mines est tout simplement nié.

L'intervenante de Greenpeace évoque, au lendemain de Fuksuhima, la question des assurances contractées par le nucléaire civil. En France, trois niveaux d'indemnisation sont envisagés par les conventions internationales : la première tranche est payable par l'exploitant (jusqu'à 91,5 millions d'euros), la seconde par l’État où se trouve le réacteur (109,8 millions d'euros supplémentaires) et la troisième conjointement par les États ayant ratifié la convention (pour une nouvelle tranche de 143,7 millions d'euros), soit au total, 345 millions d'euros seulement ! Pour autant, selon le très officiel Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISRN), un accident « modéré » de type Three Mile Islande coûterait environ 70 milliards d'euros, et un accident grave comme Tchernobyl ou Fukushima 600 à 1 000 milliards d'euros. On voit bien l'enjeu que représente un niveau de couverture assurantiel particulièrement sous-évalué qui permet artificiellement de maintenir un prix bas pour l'énergie produite. De toute manière en cas d'accident majeur, ce sont les contribuables (ceux qui survivront?) qui seront appelés à couvrir les insuffisances du producteur.

L'énergie la moins chère et la moins polluante est celle qui ne se produit pas. La sobriété doit être le maître mot dans nos comportements. Mais les objets, les produits, les maisons qui nous sont proposés doivent utiliser les techniques les plus économes. L'évolution des comportements ne suffira pas, il faut que les entreprises et les collectivités mettent en œuvre des mesures de maîtrise de l'énergie. Les appareils en veille permanente ou le sur éclairage urbain contribuent-ils vraiment à notre confort ? Savez-vous que les panneaux publicitaires vidéo que nous trouvons maintenant presque partout consomment trois fois plus d'électricité qu'une famille.

Le plus scandaleux, et là l'opérateur historique EDF en porte l'entière responsabilité, c'est, dans les années quatre-vingt-dix, l’innommable promotion du chauffage électrique. Comment dans cette ville, Tremblay-en-France, dont le cœur est chauffé par un réseau de chaleur alimenté par la géothermie, l'opérateur public local d'aménagement a-t-il pu construire plusieurs immeubles « tout électrique » ? Je ne comprends toujours pas cette décision éminemment politique.

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Commentaires

1. Le samedi 9 mars 2013, 14:20 par Ghuvan Carlu

J'aime l'atome mais ni sa fission, ni sa fusion et, c'est sans compter que pour aimer, il faut avoir un peu d'énergie et ne pas être atone.

2. Le dimanche 10 mars 2013, 21:45 par BERNARDIN Fabien

L’article est très intéressant et j’ai vu ces propos dans le débat du lundi 4 mars sur France 3 « le monde d’après » sur l’énergie de demain. Mais nous ne parlons pas de l’énergie hydraulique en transformant les vieux moulins au bord de rivière en stations de production d’électricité alimentant une partie d’un village.

3. Le dimanche 10 mars 2013, 23:12 par René Durand

Est-ce pour ces raisons, mon cher Ghuvan Carlu, que dans ton très beau pays, au sud de Nice, il n'y a point de ces horribles installations ?
En tout cas avec le bel ensoleillement qu'il y règne, as-tu envisagé d'implanter dans ta résidence des panneaux photovoltaïques de fabrication au moins européenne ?
Cela dit il me faudra bien un jour tester en vraie grandeur les charmes de ce pays !
En fait je n'ai jamais mis les pieds dans cette Corse...
Un scandâle, NON ?
Très amicalement.
René

4. Le dimanche 10 mars 2013, 23:24 par René Durand

Cher Fabien,
Vous avez parfaitement raison.
La solution n'est pas que dans une diversification des sources d'énergie et dans leurs caractères renouvelables...
Il convient certainement de privilégier les productions de proximités, au plus près des zones d'habitations.
À part cela, comment allez-vous mon cher Fabien ?
Très amicalement
René

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