Malbouffe : et si les consommateurs étaient complices ?

À la télévision, à longueur des « tunnels publicitaires » les grandes surfaces se font la guerre sur le thème des prix bas ! C'est à celle qui offrira le prix le moins cher et qui vous « remboursera la différence si vous trouvez moins cher ailleurs et qui, comble de la supercherie, propose des sites de comparaison de prix pour vous convaincre qu'elle est la moins chère !

Rayon de grande surface

L'humble client (humble parce que je ne parle pas de celui qui a les moyens d'une autre politique d'achat) tombe trop facilement dans le piège et va de Lidl en Leader-Price s’approvisionner.

Le mirage du prix le plus bas, le mythe du « moins cher ». On commence maintenant à en convenir, ces logiques (issues du libéralisme à outrance) sont à long terme mortelles, pour nous et notre économie.

Dépenser moins pour sa nourriture et celle de ses enfants est une pratique largement adoptée par nos concitoyens. Elle lui permet du coup de dépenser plus dans d'autres secteurs. Je vous propose de regarder cela dans le détail.

Si nous en croyons l'INSEE, et cela depuis cinquante ans, les Français ont globalement toujours consommé un peu plus chaque année. Si bien qu’à ce jour, le volume annuel de consommation par personne est trois fois supérieur à ce qu'il était en 1960.

Sauf que cette augmentation cache d'importantes inégalités dans l'évolution de ses composantes. Ainsi l'alimentation qui représentait 38 % de la dépense des ménages, n'en représente plus que 25 %. En plus cette baisse ne concerne que les dépenses de produits alimentaires à domicile. Par exemple les dépenses en restauration augmentent et passent de 5 à 6 %. En plus, si j'en crois le travail des statisticiens, cette baisse se fait alors que les volumes achetés croissent (chaque fois un peu moins en raison de la saturation de la demande) et que les prix unitaires augmentent (pour certaines denrées) moins que l'inflation.

Cette baisse, comme celle à un degré moindre de l'habillement (de 14 % dans les années 60 contre 9 % en 2007), est compensée par une augmentation d'autres postes.

  1. La part consacrée au secteur « communication, loisirs et culture » passe ainsi de 10 % en 1960 à 16 % en 2007. C'est certainement une des conséquences des achats en informatique, téléphone portable, télévision, musique et films.
  2. La part consacrée au « logement » passe de 16 % en 1960 à 19 % en 2007. Cela s'explique par une augmentation du prix des loyers plus forte que l’inflation (certainement une des conséquences de la spéculation immobilière) et de l'augmentation des charges (eau, gaz, électricité…).
  3. Arrêtons-nous enfin sur les déplacements, dont la dépense passe de 11 % en 1960 à 18 % en 2007. Sur ce point, ce n'est pas l'augmentation des transports publics qui en est la cause, mais bien les dépenses liées à l'achat des automobiles, à leur entretien (carburant entre autres) et à leur réparation.

Certes les chiffres de l'INSEE évoqués ci-dessus sont des moyennes et une analyse plus fine, par tranches de revenu, serait à faire.

Toutefois, ils nous montrent que les « prix bas » de l'agroalimentaire, avec son corollaire la « malbouffe », obtenus par une hyper-industrialisation de ce secteur et la recherche du profit maximum, ont permis aux Français d'augmenter leurs dépenses en « communication, loisirs et culture » et en « voitures particulières ».

Grossièrement : « mon iPhone et ma BMW contre un plat de lasagnes à la viande de cheval » !

Pour le client, cette recherche systématique du prix le plus bas n'est pas inéluctable. Mettre en place des circuits courts et mieux se nourrir, ce n'est pas cher si l'on veut bien sacrifier un certain nombre des autres dépenses du ménage.

Et si j'enlevais le point d'interrogation à la fin du titre de cet article ?

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