Du cheval dans votre assiette, malhonnêteté et mal-bouffe ou le bien-fondé des circuits courts !

L'actualité de l'affaire des lasagnes FINDUS (et de la présence de viande de cheval à la place de la viande de bœuf dans celles-ci) me permet d'aborder, sous un autre angle, l'importance de mettre rapidement en œuvre des « circuits courts » pour la nourriture des hommes.

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Le libéralisme effréné, la métropolisation de nos modes d'habitat et la recherche de profit ont favorisé la mise en place d'une industrie agroalimentaire qui n'est plus contrôlée, l’appât du gain faisant le reste. La logique du prix le plus bas pour le consommateur et de la marge la plus haute pour tous les acteurs de la chaîne est en effet la seule règle. En plus, dans notre cas la fraude semble un élément moteur.

Pour l'instant on nous dit qu'il n'y a pas de problèmes de santé publique. Peut-être, toutefois selon The Guardian, qui cite le ministre de l'environnement britannique, les premiers tests effectués sur la viande de cheval incriminée montrent des taux de phénylbutazone qui pourraient se révéler dangereux pour la santé humaine.

Je me permets de vous proposer ci-dessous une liste des acteurs que j'ai pu reconstituer à partir de la presse du jour. Comme vous le constaterez, nous sommes loin de la production de qualité et de proximité.

Commençons par le commencement : le groupe FINDUS qui vend aussi les plats incriminés est une entreprise suédoise spécialisée dans les surgelés, qui s'est développée à partir des années 1960. La marque FINDUS apparaît en 1962 en France dans le cadre d'un partenariat avec le Groupe NESTLÉ. L'entreprise appartient à NESTLÉ jusqu'en 1999, date de la cession au fonds suédois EQT. Revendue en 2006 au fonds d'investissement anglais CAPVEST, elle appartient aujourd'hui au fonds anglais LION CAPITAL.

La filiale française de FINDUS emploie aujourd’hui près de 200 personnes dans son usine de Boulogne-sur-Mer. FINDUS France a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 210 millions d’euros en 2011. En 2012, elle annonçait une croissance de 11 % de sa production.

Cette société représente 80 % de l’offre française dans le domaine du poisson surgelé, et connaît une forte croissance dans le domaine des plats cuisinés. La marque, avec 8,6 % de parts de marché en valeur, est leader, devant NESTLÉ (5,6 %), MCCAIN (5,3 %) et CHARAL (5,1 %).

Se disant soucieuse de la qualité de ses produits, elle pratique régulièrement des tests ADN sur ce qu'elle vend et découvre donc la présence de viande de cheval, à la place de viande de bœuf dans ses lasagnes.

Le groupe COMIGEL, pour sa part, qui fabrique les plats incriminés est l’un des poids lourds européens du plat cuisiné surgelé. C’est au Grand-Duché du Luxembourg que le groupe COMIGEL voit le jour en 1972. En 1976, il déménage à Metz où il implante durablement son siège social.

Le métier de COMIGEL n’est pas de fabriquer des produits surgelés sous sa marque, mais d'assurer l’approvisionnement de la grande distribution (CORA ou AUCHAN pour la France), sous marque de distributeur (MDD), mais également les géants de la congélation comme FINDUS, PICARD ou THIRIET.

Son usine luxembourgeoise qui a fabriqué les plats incriminés (filiale locale au nom de TAVOLA) est une énorme unité de production de 12 000 m² à Capellen, redimensionnée en 2011 pour 10 M€, elle emploie près de 200 salariés et peut ainsi produire quelque 17 000 tonnes de surgelés qui sont ensuite envoyés dans une quinzaine de pays. Pour accompagner son expansion, COMIGEL a racheté, en 2010, la société ATLANTIQUE ALIMENTAIRE (240 salariés) spécialisée dans les produits à base de pâte (quiches, pizzas, tartes). Le groupe appartient, depuis 2007, à un fonds d’investissement orienté vers les activités agroalimentaires, CEREA CAPITAL.

L'entreprise SPANGHERO (nom officiel : « À la table de SPANGHERO ») a dans cette affaire uniquement acheté puis immédiatement revendu la viande incriminée à COMIGEL. Elle n'a, en aucune façon, participé à la transformation de la viande. Cette entreprise française de conserverie et d'élaboration de produits alimentaires à base de viande (steaks hachés, saucisses, brochettes, rôtis, cassoulets, confits, plats cuisinés), est basée à Castelnaudary dans l'Aude.

Créée en 1970 sous le nom de SPANGHERO SA par Claude et Laurent SPANGHERO (personnalités du rugby) elle est aujourd'hui détenue à 90% par la coopérative basque LUR BERRI.

Son chiffre d'affaires s'élève à 52 millions d'euros, elle traite de l'ordre de 7 700 tonnes de viande tranchée, steaks hachés et produits brochettes.

Cet intermédiaire, SPANGHERO, a acheté la viande surgelée auprès d'un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s'étant fourni auprès d'un abattoir et d'un atelier de découpe situés en Roumanie. Barthélémy Aguerre, le président de SPANGHERO, considère que la responsabilité de la fraude vient de Roumanie et qu'il a bien acheté de la viande de bœuf.

Les Roumains, eux, accusent SPANGHERO : « J'ai du mal à croire qu'un abattoir roumain ait pu livrer du cheval sous l'étiquette de bœuf », en raison des contrôles qui se font systématiquement dans les abattoirs, a déclaré le président des syndicats de l'industrie alimentaire (FSIA), Dragos Frumosu. Il sous-entendent même que si SPANGHERO « n'a pas protesté lors de la réception, c'est que soit il était complice avec le producteur roumain, soit il a changé l'étiquette après ».

L'association ROMALIMENTA (par la voie de son président) qui regroupe les patrons roumains de l'alimentaire souligne que la viande devait porter une étiquette précisant l'abattoir et le pays d'origine « L'importateur français doit montrer les documents, s'il n'en a pas, cela pourrait indiquer qu'il l'a achetée sur le marché noir ou qu'il veut cacher quelque chose ». Enfin, il rappelle que la viande ne pouvait pas être livrée hachée cela étant interdit par la législation et que donc on pouvait voir qu'il ne s'agissait pas de bœuf.

Le journal Le Monde rappelle que « La Roumanie compte environ 630 000 chevaux utilisés principalement pour le trait et dont la viande est peu consommée. Si la consommation de cheval n'est pas taboue, les Roumains sont réticents à en manger. »

La Roumanie ne semble pas produire de grandes quantités de chevaux, mais ni le ministère de l'Agriculture ni l'Office national des statistiques ne donnent de chiffres.

Quant aux abattoirs autorisés à traiter de la viande de cheval, ils affirment ne se livrer que très rarement à l'abattage de ces animaux, faute de clients. « Seuls les vieux chevaux et ceux gravement accidentés sont abattus », a déclaré à l'AFP le président de l'association des éleveurs privés de chevaux Lipizzan, Tiberiu Hermenean.

François Hollande, pour sa part, veut des sanctions. Il a estimé ce lundi que « des sanctions devront être prononcées ». « Il y a eu des manquements, visiblement, des profits, des comportements inadmissibles. ». Face à l'émoi, au lieu d'en appeler à une autre logique de production, il a simplement invité les consommateurs à acheter français !

Interrogé par une radio, José Bové, évoque des « systèmes mafieux ». « Dans cette affaire les intermédiaires savaient parfaitement comment se faire de l'argent en raison de l'effondrement du cours de la viande de cheval en Roumanie, vendue à moins d'un euro le kgJosé Bové milite, lui aussi, pour « raccourcir la chaîne alimentaire entre le producteur et le consommateur » tout en fustigeant « la fermeture des abattoirs en France qui favorise ces systèmes mafieux ».

Un dernier point : vous trouverez ICI sur le site du Monde une précieuse infographie résumant bien cette affaire.

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