Métropole parisienne : le bonheur est-il dans la ville ?

J'ai assisté, en ce vendredi pluvieux du 1er février, au forum (les organisateurs l'ont au cours des débats préféré au terme de colloque présent dans le flyer) organisé par le groupe thématique « Ville – Habitat – Solidarités territoriales » du Front de Gaucheavec comme sujet la métropolisation et en particulier le cas de la métropole francilienne.

Tribune du forum sur la métropolisation du 1er février 2013

La péniche « Petit bain » ancrée le long de la Seine en face de la BNF accueillait les nombreux participants, dont quelques personnalités intéressantes comme Clémentine Autain, Patrick Braouezec, Jacqueline Rouillon-Dambreville, Éric Coquerel, Paul Chemetov, Christian Devillers, Pierre Laurent, Alain Lipietz, Pierre Mansat, Gabriel Massou, Gus Massiah, etc.

Aujourd'hui le poids de l'agglomération parisienne est gigantesque dans l'économie nationale puisqu’à elle seule, elle représente un quart du PIB national.

Jusque dans les années 1980, l'aménagement de la France et celui de la région parisienne étaient régulés par l’État. C'était la grande période où le sieur Delouvrier façonnait le territoire, la période de création des villes nouvelles, du polycentrisme, etc. Cette période est aujourd'hui révolue et les logiques néolibérales ont succédé aux volontés politiques. La métropolisation débridée de la région Île-de-France se mettait en place. Il y eut consensus pour admettre que les années Sarkozy et sa politique ont encore amplifié le phénomène. Nous avions été nombreux, à l'époque, à admettre que la grande politique de Président Sarkozy sur le Grand-Paris se limitait à la création d'un grand métro, financé par les affaires immobilières susceptibles d'être réalisées aux abords des gares ainsi créées.

Alain Lipietz et de nombreux autres intervenants ont montré lors de leurs interventions les dégâts engendrés par cette logique : le passage de la métropole à la « mégapole ». Il y a toutefois en Europe deux mégapoles : Paris et Londres.

Parmi les méfaits de cette logique (et en désordre) :

  • Réduction des espaces agricoles, avec comme conséquences les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de la nourriture des lieux de production à la mégapole, mais aussi l'industrialisation de la production.
  • Pollution atmosphérique et phonique (autoroute, avions, etc.)
  • Pollution des ressources en eau avec obligation d'aller de plus en plus loin la chercher.
  • Création d'une spécification des quartiers de la mégapole. Les lieux où l'on travaille (comme l'hypercentre parisien, la Défense, la plate-forme aéroportuaire) sont distants des lieux où l'on habite (Sarcelles, Garges et Villiers-le-Bel en étant les symboles locaux).
  • Inégalité croissante entre les pauvres et les riches, les plus modestes étant rejetés de plus en plus loin du centre avec en plus un étalement urbain galopant.
  • Effet « aspirant » de la mégapole sur les personnes en recherche d'emploi sur le reste du territoire national.
  • Désindustrialisation de la mégapole (PSA Aulnay-sous-Bois dans notre territoire) au profit d'une tertiarisation de l'emploi.
  • Etc.

Même si la plupart des intervenants partageaient l'analyse du phénomène et ses dérives, on a senti certains participants être moins critiques. Il est vrai que les tenants de l'idéologie communiste traditionnelle pensant que le productivisme était LA solution pour sortir de la crise ont du mal à admettre qu'il faut sans attendre « penser global » avant « d'agir local » ! L'échange aigre-doux entre Alain Lipietz et Pierre Laurent était à ce titre intéressant. J'ai même entendu le célèbre (mais trop âgé ?) Paul Chemetov, ressortir des propos plus qu’ambigus (aucune critique, juste une caractérisation) sur le phénomène ! Il est vrai qu'en sortant, de l'autre côté de la Seine, il y avait son chef-d’œuvre d'architecture « néo-stalinienne » !

Ministère des finances : architecte Paul Chemetov

Du coup la partie du forum consacrée à la notion d'alter-métropole était particulièrement pauvre. Pour le moins quelques pistes étaient abordées :

  • La nécessité d'une politique d’État, volontaire et ambitieuse, mettant en œuvre une véritable planification urbaine.
  • Le maintien de services publics forts en mesure d'atténuer les inégalités.
  • Mettre en place des démarches de résistance citoyenne contre le grignotage foncier sur les terres agricoles lié à des projets stupides ou à l’étalement urbain. Localement, nous avons loupé la bataille contre Aérolians et Aéroville, il nous faut aujourd'hui combattre le projet dit du triangle de Gonesse !
  • Travailler sur la démocratie. La démocratie représentative a trouvé ses limites (un intervenant en parlant des maires a parlé de « pouvoir royal » !). L'attitude des maires négociant chacun dans leur coin (certains ont parlé « d'aller à la soupe ») leurs CDT (contrat de développement territorial) avec Christian Blanc et Sarkozy sans organiser pour autant de débats sur le sujet. Pour autant les expériences de démocratie participative montrent qu'il reste à inventer en la matière.
  • La mise en œuvre d'un 3éme volet aux lois de décentralisation a inquiété plus d'un intervenant. Comment interpréter la mise en œuvre de métropoles européennes voulue par le gouvernement socialiste ? L'interview de Gérard Colomb dans le journal l'Humanité du 1er février est à ce jour éloquente.
  • Etc.

En tout cas le débat sur la question n'est pas clos et il me semble indispensable d'y revenir.

La discussion continue ailleurs

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