Avancées significatives de l’action contre la pollution de la Marne par l’aéroport CDG

Je vous ai conté, il y a de cela juste un mois, dans un précédent article comment 2 associations « Actions vertes à Roissy et Val Maubuée » et la « Coordination Eau Île-de-France » ainsi que trois particuliers (dont votre serviteur) avaient engagé deux recours pour excès de pouvoir à l'encontre de l'autorité administrative.

Déverglaçage d'avion

Le 27 décembre dernier, Madame la Préfète de Seine-et-Marne a répondu (ICI) à l'avocat de la « Coordination EAU Île-de-France » et nous pouvons l'affirmer des avancées significatives ont été obtenues.

Aussi curieux que cela puisse paraître, la représentante de l'État commence par nier la présence d’éthylène glycol dans l’eau. Aéroports de Paris affirme en effet ne pas utiliser cette molécule dans les produits de dégivrage et de déverglaçage. Preuve en serait une succession de certificat sur l'honneur des entreprises et autres sous-traitants. Admettons, mais alors pourquoi :

  • La présence d’éthylène glycol a été détectée dans la Marne en 2009 et Madame la Préfète en convient.
  • Dans un interview à l'AFP en date du 24 décembre 2010 (publié entre autres dans 20 minutes), Bernard Cathelain, directeur général adjoint d'Aéroports de Paris (ADP), gestionnaire de Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly affirme que : « deux alcools, l'éthylène glycol et le propylène glycol, plus ou moins dilués avec de l'eau, peuvent être utilisés pour le dégivrage des avions. » Dans une phrase suivante il enfonce le clou : « L'éthylène glycol, fréquemment employé en tant qu'antigel dans le liquide de refroidissement des automobiles, est toxique, alors que le propylène glycol peut être utilisé par l'industrie alimentaire. »

Alors que conclure ?

  • Peut-être qu'ADP a utilisé de l’éthylène glycol en 2009 et 2010, et prenant conscience de son caractère toxique a arrêté l'hiver suivant.
  • Y a-t-il d’autres utilisateurs possibles d’éthylène glycol, en dehors d’ADP, à l’intérieur de l’aéroport ? Ou d’autres utilisateurs industriels à l’extérieur et à proximité immédiate de l’aéroport ?

Pour le reste, la réponse de Madame la Préfète comporte des éléments positifs.

Comment ne pas nous féliciter que « la Direction départementale des territoires (DDT), chargée de la police de l’eau, procédera durant la période hivernale 2012/2013 à une action globale de contrôle des rejets de la plate-forme » et en particulier concernerant le bassin des Renardières ?.

Comment ne pas être satisfait qu'une étude soit confiée à la Cellule interrégionale d’épidémiologie (CIRE) Île-de-France-Champagne-Ardenne pour répondre aux inquiétudes liées à la présence de glycol dans l’eau produite par l’usine d’Annet-sur-Marne et qui évaluera la situation et les risques sanitaires encourus par les riverains desservis en eau potable de cette usine ? Les conclusions de cette étude seront présentées au cours du premier semestre 2013.

Le refus de Madame la Préfète d’enjoindre à VEOLIA Eau de réaliser des mesures de la concentration d’éthylène glycol dans l’eau en amont et en aval de l’usine d'Annet-sur-Marne paraît d’autant plus surprenant que la représentante de l'État le justifie par des propos de scientifiques de la CIRE auxquels elle a confié une étude dont les résultats ne seront connus que dans plusieurs mois. Enfin, ultime mesure de précaution, elle « demande à l’Agence régionale de santé de prescrire un suivi analytique de ce paramètre (l’éthylène glycol) à l’usine d’Annet-sur-Marne sur une période représentative. »

Autre point positif, la représentante de l’État nous communique le résultat des analyses des glycols réalisées par ADP de 2008 à 2012. Parfait diriez-vous ! Depuis le temps qu'ils sont demandés ! Mais, sauf erreur, les analyses de janvier 2009, de janvier 2010 et de décembre 2010, soit au cœur d’hivers rigoureux, ne sont pas communiquées.

Que ce soit sous forme d’éthylène ou de propylène, l'utilisation massive de ce type de produit a des conséquences environnementales importantes. Les glycols, qu'ADP utilise de façon massive, requièrent des quantités importantes d’oxygène pour être dégradés dans l’eau. Du coup, une concentration importante de ces produits a des conséquences dramatiques sur le milieu naturel. 

Là aussi, des avancées peuvent être (ou ont été) envisagées :

  • Lors de la dernière réunion du comité de suivi « loi sur l'eau » de l'Aéroport de Paris - Charles de Gaulle en date du 19 décembre dernier (je simplifie) a été évoquée l'idée de rejeter cette eau polluée dans le réseau d'assainissement des eaux usées. Un dialogue est en cours avec le SIAPP (syndicat interdépartemental de l'agglomération parisienne) sur les conditions (y compris financières) de ces rejets.
  • Si l'on en croit le travail conduit par le « Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable » intitulé « Fonctionnement de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle lors de l’épisode neigeux des 23 et 24 décembre 2010 » des solutions permettant de limiter la consommation de glycol existent. La première est le dégivrage avec de l'eau chaude uniquement dans certaines circonstances, un tel procédé existe à Amsterdam. La seconde est le recyclage et la réutilisation des effluents des opérations de dégivrage, ce procédé est utilisé sur l'aéroport de Munich.

Quelqu'un y travaille-t-il ?

Avec la « Coordination EAU Île-de-France », il convient certainement « de se féliciter d’avoir réussi à faire bouger significativement les lignes », mais nous ne pouvons nous contenter de cela et il nous faudra rester particulièrement vigilants...

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